Une étude publiée dans la revue Archaeological and Anthropological Sciences apporte la preuve physique la plus solide à ce jour d’un lien entre la forteresse médiévale de Feldioara, en Roumanie, et l’Ordre Teutonique. Les datations des mortiers de construction placent l’édification des premières défenses en pierre entre 1211 et 1225 — précisément la période durant laquelle les Chevaliers Teutoniques contrôlaient la région.
Une forteresse de croisade au bord des Carpates
Feldioara — connue sous son nom allemand de Marienburg — domine un plateau surplombant la rivière Olt, face aux Carpates, dans le sud-est de la Transylvanie. Durant le Moyen Âge, ce site constituait l’une des marches orientales du royaume de Hongrie, aux confins des territoires des Coumans, peuple nomade des steppes.
Les sources historiques mentionnent le site sous le nom de Castrum Sanctae Mariae dès 1240, quand il fut cédé à l’Ordre cistercien. Sa dédicace à la Vierge Marie avait depuis longtemps alimenté les hypothèses sur une connexion avec l’Ordre Teutonique, dont la vocation religieuse était précisément placée sous le patronage marial.
Les archives confirment qu’en 1211, le roi André II de Hongrie invita les Chevaliers Teutoniques à s’établir dans la région — connue alors sous le nom de Burzenland, aujourd’hui Țara Bârsei — pour renforcer les défenses frontalières du royaume. Des fouilles avaient déjà mis au jour des murs médiévaux, une église, des tours et des artefacts militaires. Mais jusqu’à présent, les chercheurs ne disposaient d’aucune preuve directe permettant d’attribuer les structures en pierre à la période d’occupation teutonique.
La datation des mortiers comme clé de l’énigme
Pour trancher le débat, l’équipe de recherche a analysé treize échantillons de mortier de chaux prélevés sur les maçonneries les plus anciennes du site, lors des campagnes de fouilles menées entre 2013 et 2017.
Dater un mortier est un exercice délicat : le matériau durcit progressivement en absorbant le dioxyde de carbone atmosphérique, et peut être altéré par des réparations postérieures. Les chercheurs ont examiné au microscope les particules de calcite présentes dans les échantillons, combinant datation au radiocarbone et modélisation statistique. Plusieurs prélèvements effectués sur les premières murailles défensives et sur les fondations d’une tour occidentale ont livré des dates correspondant à la période teutonique — soit le début du XIIIe siècle.
La conclusion de l’étude est sans ambiguïté : les premières fortifications en pierre de Feldioara ont été érigées sous l’administration des Chevaliers Teutoniques.
Un ordre aux ambitions précoces
Ces résultats éclairent également la stratégie plus large de l’Ordre Teutonique. Fondé lors de la Troisième Croisade comme organisation hospitalière au service des pèlerins chrétiens, l’ordre était devenu au début du XIIIe siècle l’une des puissances militaires les plus influentes de l’Europe médiévale.
Mais ses relations avec la couronne hongroise se dégradèrent rapidement. Les Chevaliers Teutoniques cherchèrent à élargir leurs prérogatives au-delà de leur mandat initial et à gagner une autonomie politique croissante. Le roi André II les expulsa de Transylvanie en 1225, après seulement quatorze ans de présence dans la région.
Malgré la brièveté de cette occupation, les nouvelles preuves suggèrent que l’ordre laissa une empreinte durable sur le paysage frontalier. Feldioara représenterait l’un des premiers exemples conservés de la stratégie teutonique combinant défense des marches, implantation de peuplements fortifiés et influence politique sur les territoires tenus.
Cette même approche sera ensuite déployée à une échelle bien plus grande en Prusse et dans la région baltique, où l’ordre établira son État territorial le plus puissant — une histoire qui façonnera durablement la géopolitique de l’Europe du Nord et du Nord-Est.
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