Le vote ethnique, ce tabou anglais qui annonce l’Europe de demain

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Au retour de ma promenade sur le port, je me suis arrêté au bar des Brisants. Un petit groupe de jeunes angevines de passage, un vieux marin parlait météo avec un serveur, et dehors la lumière de mai glissait sur les coques comme une huile pâle. J’ai ouvert mon téléphone pour lire la chronique quotidienne de Richard North, sans doute un des commentateurs anglais que je lis avec le plus de fidélité, même si nous divergeons souvent dans nos conclusions. L’homme a le mérite rare de regarder les phénomènes politiques par leurs conséquences concrètes plutôt que par les abstractions morales dont raffole la presse continentale.

Cette fois, il s’intéressait aux élections locales dans le Yorkshire de l’Ouest, notamment à Bradford, et il abordait un sujet que presque toute la presse européenne évite soigneusement : la dimension ethnique du vote.

Et ce qu’il décrit est saisissant.

Bradford fut longtemps un bastion travailliste classique, une vieille cité industrielle du nord de l’Angleterre, transformée progressivement par l’immigration pakistano-kashmirie. Or les dernières élections locales ont provoqué un véritable séisme politique. Le Labour, qui dominait le conseil municipal depuis douze ans, s’est effondré. Reform UK, le parti de Nigel Farage, devient la première force politique municipale avec vingt-neuf sièges. Les conservateurs résistent mieux qu’au niveau national et obtiennent dix-huit sièges. Puis viennent les Verts et divers groupes indépendants composés presque exclusivement d’élus d’origine pakistanaise ou kashmirie.

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C’est ici que l’analyse de North devient intéressante.

Il observe que dans les quartiers dominés démographiquement par les Pakistanais musulmans, le vote ethnique est désormais presque absolu, quelles que soient les étiquettes partisanes. Dans le ward de City, explique-t-il, quatorze des dix-huit candidats étaient d’origine pakistano-kashmirie. Les douze premiers au classement final appartenaient à ce même groupe. Les candidats blancs britanniques, y compris ceux de Reform, terminèrent autour de un pour cent des suffrages. Autrement dit, ils n’existaient plus politiquement.

Même phénomène à Manningham, que les habitants surnomment ironiquement « Mecca Central ». Sur seize candidats, neuf étaient issus du même groupe ethnique et huit d’entre eux occupèrent les premières places. Les candidats britanniques autochtones disparaissaient littéralement des résultats électoraux.

Little Horton reproduit exactement le même schéma. Dix candidats pakistano-kashmiris sur dix-huit, et les cinq premiers élus issus du même milieu. Les conservateurs musulmans eux-mêmes furent sanctionnés par leur propre électorat communautaire. Les musulmans de Bradford, note North avec ironie, détestent profondément les Tories.

Et c’est ici qu’apparaît le phénomène le plus important.

Richard North observe que le vote ethnique ne concerne plus seulement les populations immigrées. Les Britanniques autochtones commencent eux aussi à voter comme un bloc défensif. Reform UK prospère précisément dans les quartiers frontières, ces zones encore majoritairement anglaises mais situées au contact direct de l’expansion démographique musulmane.

Dans le ward de Wibsey and Odsal, Reform réalise ainsi un balayage complet avec trois élus blancs britanniques d’âge mûr, remplaçant notamment des travaillistes d’origine pakistanaise. North raconte même une scène presque irréelle. Le candidat conservateur Hassan Butt transforma le parking d’un pub local en rassemblement communautaire rempli d’hommes en longues tuniques blanches, coiffés de calottes musulmanes, scandant des slogans en ourdou au rythme des tambours traditionnels dholak. Résultat : deux pour cent des voix.

Ce que décrit North est capital parce qu’il détruit d’un coup toute la fiction du multiculturalisme harmonieux britannique. Il écrit d’ailleurs cette phrase remarquable : « Il n’y a plus de politique gauche-droite à Bradford. Il y a les Britanniques blancs contre la diaspora pakistanaise. »

Et il faut avoir l’honnêteté de reconnaître que nous observons exactement les mêmes phénomènes en France.

Simplement, notre presse refuse encore de les nommer.

La France insoumise prospère dans certains quartiers selon des logiques très proches. Le vote musulman y devient progressivement un vote communautaire structuré. Les investitures, les discours sur Gaza, les ambiguïtés permanentes sur l’islamisme, les campagnes ciblées dans les banlieues ne relèvent plus du hasard. La gauche radicale française est devenue, dans plusieurs villes, la traduction électorale d’intérêts communautaires spécifiques.

Et mécaniquement, en réaction, un vote de défense identitaire apparaît chez les Français autochtones. Exactement comme en Angleterre.

La grande naïveté des élites européennes fut de croire qu’une société multiculturelle allait naturellement produire une démocratie post-ethnique où chacun voterait selon des abstractions économiques ou sociales. Or l’histoire humaine montre exactement l’inverse. Dès que plusieurs blocs civilisationnels coexistent durablement sur un même territoire, le réflexe communautaire réapparaît presque toujours.

Les Pakistanais de Bradford votent pour des Pakistanais. Les Anglais commencent à voter pour des partis perçus comme anglais. Et chacun feint ensuite de découvrir avec effroi la montée des tensions identitaires.

Le plus frappant, dans le texte de North, n’est peut-être même pas la victoire de Reform. C’est plutôt le vide politique qui apparaît derrière elle. Car Reform ne dispose pas d’une majorité suffisante pour gouverner Bradford. Les conservateurs hésitent à s’allier avec Farage. Les coalitions deviennent impossibles. Les conseils municipaux entrent dans une zone grise où plus personne ne contrôle réellement l’ensemble.

Autrement dit, la fragmentation ethnique produit mécaniquement une fragmentation institutionnelle.

L’Angleterre que décrit Richard North ressemble de plus en plus à une mosaïque de blocs démographiques négociant entre eux des équilibres précaires, très loin de l’ancien modèle national britannique.

Et je regardais le port de Lechiagat en refermant mon téléphone, avec cette pensée un peu mélancolique : les élites médiatico-politiques ont voulu que les sociétés européennes deviennent multiculturelles sans accepter que le multiculturalisme produit inévitablement des peuples parallèles. Elles découvrent maintenant que la coexistence n’abolit pas les appartenances. Elle les durcit.

Balbino Katz
Chroniqueur des vents et des marées
[email protected]

Photo d’illustration : DR

[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.

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7 réponses à “Le vote ethnique, ce tabou anglais qui annonce l’Europe de demain”

  1. sudtou37 dit :

    Bien sûr que le vote ethnique sera l’alternative paisible (si on lui laisse le temps de se mettre en place) à la guerre civile. Malheureusement, en France les partis qui doivent être considérés comme « pro-français » (ethniquement) se devisent à l’infini : RN, Zemmour, Dupont Aignan, Philippot, etc… Comment peut-on être aussi nuls politiquement quand l’ennemi (c’est à nous de le désigner) est capable de regrouper ses forces sans le moindre état d’âme ? Le sexe des anges à Constantinople.

  2. Ronan dit :

    Réponse cordiale à sudtou37 : il faudrait reconnaitre à Florian Philippot (vous savez qu’il est le Président des Patriotes) son courage de vouloir rassembler l’ensemble du camp souverainiste et il a du boulot. (à Paris, samedi lors de la manifestation pour le Frexit, je peux témoigner avec courage de ce que j’ai vécu avec des Patriotes motivés comme moi d’un espoir à 100 pour cent ; d’accord, il a les défauts de ses qualités de « propagandiste » sur You Tube » mais il n’a pas le choix ; le parti ne vit que de dons défiscalisés et on en a discuté avec d’autres avec ferveur ; dommage, vu le contexte houleux avec les antifas sur place que je n’ai pas pu lui en témoigner mais d’autres que moi l’ont fait pour moi ouf j’espère) ; nous ferons, donc, tout pour un seul candidat souverainiste à l’élection présidentielle prochaine si elle a lieu. Si on y arrive pas, ben tant pis, je continuerai mon combat autrement sans guerre civile j’espère ; surtout,l’avenir le dira.

  3. Francois Unger dit :

    La route seul est un cul de sac démocratique. Peut-on cesser de se diviser sur des broutilles idéologiques et se rassembler pour les points capitaux ? Les problèmes de perfection doctrinales, d’ego, de pureté de la ligne… on en crève. La stratégie et la démographie devraient être nos repères.

  4. Alex dit :

    Comment expliquer qu on en soit là aujourd’hui.
    6 personnes sur 10 vivent de la redistribution alors pourquoi s étonner que 86/100 des retraités ont voté macron au présidentielle dernière.
    Le suffrage universel n’est qu une somme égoïsme sur des bouts de papier pour défendre non pas le bien commun …mais seulement ce que l on croit être ses intérêts.
    La démocratie de marché doit être abolie sous peine de SCUICIDE collectif !

  5. Radar dit :

    Sauf à considérer les retraités comme une ethnie, il me semble assez hasardeux de les classer en une seule catégorie. Je ne reprendrais pas ici les propos du camp du bien, l’ensemble de la presse de gauche, incitant à voter Macron.

  6. Alex dit :

    Il y a des catégories qui ont des comportements grégaire… pas seulement des immigrés…
    la démocratie ne peut pas fonctionner car elle est est basé sur des niches économiques et socialesam à solliciter:
    Immigrés, retraites, fonctionnaires, homo. Si vous ne regardez que le facteur immigration vous ne pouvez comprendre le reste…
    On est là dans la critique générale de la république qui ne crée pas des citoyens mais des consommateurs…et que ça plaise ou non certains sont plus réceptifs que d autres.
    Même si vous supprimez le facteur immigration le problème restera.

  7. Alex dit :

    Cause pas conséquence…MERCI
    Pourquoi le suffrage universel favorise des comportements communautaires?
    Pourquoi il y aurait 2000 lobby au parlement européen ?
    Vous êtes dans une société marchande. Pour beaucoup l état vous doit tout ou plus précisément: il y aurait un naturel contrat social entre un client(électeur) et son vendeur(élu) à respecter…
    Il y a 10 ans macron s est fait élire sur la défense des retraites en 2027 Melenchon misera sur la défense des aides sociales…
    Le comportement des immigrés n est que le résultat du refus d un système censitaire nécessaire lors des élections.
    La démocratie inorganique est sans espoir.

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