Edward Luttwak : « Poutine est devenu victime de la physique quantique » — un grand stratège américain dresse le bilan du monde de 2026

Publicité

Stratège militaire mondialement reconnu, conseiller des secrétaires américains à la Défense depuis l’administration Schlesinger en 1975, Edward N. Luttwak fait partie de cette poignée d’analystes que les capitales écoutent. Né à Arad en Roumanie, élevé en Italie puis en Angleterre, diplômé de la London School of Economics et docteur de Johns Hopkins, ancien volontaire de Tsahal entre 1967 et 1972, il conseille aujourd’hui le Pentagone et n’a rien perdu de la liberté de ton qui fait sa marque. Dans un long entretien accordé au Hungarian Conservative, il livre une analyse à contre-courant de la doxa occidentale sur l’Ukraine, la Russie, la Chine, l’Iran et l’avenir de la puissance américaine. Synthèse.

Trump, un président pressé qui prend tous les risques

Luttwak décrit un Donald Trump conscient de ne pas pouvoir être réélu et qui, du coup, joue sans filet. « Il fait des choses courageuses, mais certaines échouent », observe-t-il. L’analyste cite l’échec retentissant du sommet d’Anchorage avec Vladimir Poutine : le président américain espérait une ouverture sur l’Ukraine ; il a obtenu un niet digne des plus belles heures soviétiques de Gromyko. La raison de cet échec, selon Luttwak, est simple : Trump a refusé de qualifier Poutine de criminel et lui a accordé un crédit moral que celui-ci n’avait pas mérité.

Ukraine : « Poutine, victime de la physique quantique »

C’est la formule la plus frappante de l’entretien. Luttwak rappelle un fait que les médias occidentaux ont fini par oublier : selon les prévisions de la CIA, l’invasion russe de février 2022 devait s’achever en cinq jours. Kiev devait tomber dès la première nuit, l’Ukraine entière en moins d’une semaine. Rien de tout cela ne s’est produit.

« Poutine a envahi l’Ukraine parce qu’il considérait que l’Ukraine ne devait pas être indépendante, qu’elle était la Russie depuis toujours », analyse Luttwak. Or l’histoire est exactement inverse : c’est la Russie qui est née à Kiev, dans la Rous kiévienne. Mais en échouant à conquérir Kiev en une semaine, Poutine a, paradoxalement, fait naître pour la première fois dans l’histoire une véritable nation ukrainienne pleinement constituée. D’où la métaphore : Poutine est devenu victime de la physique quantique. Comme le chat de Schrödinger, l’Ukraine n’existait vraiment que lorsqu’on est venu la chercher.

Publicité

Conséquence directe : aucun gouvernement ukrainien — Zelensky ou un autre — ne pourra accepter l’abandon de Donetsk et de Lougansk, sauf si Kiev elle-même est directement menacée. Or les Russes peinent même à conquérir l’intégralité de ces deux oblasts. « La faiblesse de l’armée russe prolonge la guerre », résume Luttwak. Et il en conclut, contre toute attente : « La Russie a déjà perdu », puisqu’elle aurait dû gagner en une semaine et n’a pas su le faire.

L’avenir radieux de l’Ukraine

Contrairement aux Cassandres qui prédisent une Ukraine ruinée et dépeuplée, Luttwak voit un avenir lumineux pour le pays. « Vous savez ce qui se passe après une guerre ? Les soldats rentrent, ils trouvent des femmes, ils font des enfants. La population augmente, et la reconstruction est rapide. C’est ce qui s’est passé en Europe. »

Sur le financement de cette reconstruction, sa réponse est désarmante de simplicité : « Le financement n’est rien. Il faut d’abord faire des enfants. Ensuite, on reconstruit. Et la reconstruction commence en ramassant des briques. Ne croyez pas que l’Europe ait été reconstruite après la guerre grâce à des financements. Elle l’a été par le travail, comme les Allemands l’ont fait. »

Sa conclusion sur l’Union européenne est cinglante : à terme, c’est l’Europe qui suppliera l’Ukraine de la rejoindre. « Parce que les Ukrainiens feront des enfants. Pas comme en Europe. Et Kiev deviendra une grande ville, pleine d’énergie et de modernité. »

OTAN : « une alliance qui a échoué »

Là encore, Luttwak ne mâche pas ses mots. L’OTAN, dit-il, a échoué structurellement. Si elle avait fonctionné, elle aurait dissuadé l’invasion russe. Elle ne l’a pas fait. Et le stratège pointe la contradiction grotesque qui mine l’organisation : « Savez-vous qu’il y a plus de soldats dans l’OTAN que dans les armées russe et chinoise réunies ? Plus de deux millions de personnes en uniforme qui prennent leur petit-déjeuner, leur déjeuner et leur dîner en uniforme. Mais si un Premier ministre européen veut envoyer 4 000 soldats en Ukraine, il perd son pouvoir au Parlement le lendemain. C’est fondé sur un mensonge : ces gens en uniforme ne sont pas des soldats. »

Chine : « plus de garçons, plus de guerre »

L’analyse de Luttwak sur la Chine est l’une des plus inattendues. Xi Jinping, en purgeant systématiquement le haut commandement militaire chinois (« il a mis le dernier des généraux en prison »), s’est retrouvé seul aux commandes — et donc seul responsable du moindre revers.

Surtout, le stratège invoque une raison démographique fondamentale, qu’il qualifie d’« ère post-héroïque ». « Toutes les guerres d’Europe étaient soutenues par les deuxièmes et troisièmes fils des familles. Si l’un mourait, tout le monde pleurait, mais la famille continuait. Quand vous n’avez plus de fils en surplus, vous n’avez plus de guerres. » La Chine, avec sa politique de l’enfant unique appliquée pendant des décennies, est dans cette situation. « Pas de garçons, pas de guerre. »

Si la Chine attaque Taïwan, prévient Luttwak, elle perdra non pas 4 mais 4 000 hommes dès le premier jour, et le régime de Xi Jinping ne survivrait pas à un tel choc. Sans compter que les sous-marins japonais — excellents et invisibles — couleront des navires chinois sans qu’on puisse savoir qui les a coulés. « Les Chinois n’ont aucune capacité de guerre. Ce n’est pas un pays neuf. Ils ont perdu toutes les guerres de l’Histoire contre des étrangers. »

Quant au commerce, Luttwak rappelle un fait historique : « Ce sont les États-Unis qui ont créé l’économie chinoise en libéralisant le commerce, sur la fausse théorie habituelle selon laquelle s’ils devenaient riches, ils deviendraient amicaux. Ils sont devenus riches et hostiles. »

Iran : le piège nucléaire d’un régime qui a fait souffrir 90 millions de personnes

Sur l’Iran, Luttwak est catégorique : tout accord nucléaire sera violé. La raison n’est pas tactique mais psychologique. « Le régime iranien a forcé 90 millions de personnes à souffrir pendant des années pour obtenir un programme nucléaire. S’ils y renoncent, ils disent à ces 90 millions de personnes que toute cette souffrance était pour rien. Ils ne peuvent plus se regarder dans la glace. »

D’où sa conclusion glaçante : « Si Trump ne négocie pas, les Israéliens négocieront avec des bombes. Et les Iraniens le savent. »

Palestine : « une invention de diplomates »

Le passage le plus polémique de l’entretien concerne le règlement israélo-palestinien. Pour Luttwak, l’État palestinien indépendant est « une invention de diplomates professionnels du processus de paix ». Sa critique du métier diplomatique est savoureuse : « Les guerres se terminent toujours quand le combat épuise les gens. Quand vous essayez de faire la paix avec des diplomates, ils lancent un processus de paix, qui est comme une femme qui devrait cuisiner une soupe de légumes pour sa famille mais qui, au lieu de cela, lit, écrit et améliore des recettes. Voilà ce que font les diplomates. »

L’Amérique en 2036 : encore dominante, mais pour une raison inattendue

À la dernière question — les États-Unis seront-ils encore la puissance dominante dans dix ans ? —, Luttwak répond oui, mais pas pour les raisons habituelles. Sa thèse est que les États-Unis ne dominent pas parce qu’ils sont en tête : ils dominent parce qu’ils sont derrière le reste du monde, qui décline plus vite qu’eux.

« Les pays leaders sont des pays comme la Corée, dont la population s’effondre. Cette idéologie a traversé toute l’Europe et atteint désormais l’Arabie saoudite et l’Iran, où les femmes ne font plus d’enfants. Il y a un déclin général. »

L’avantage américain réside, selon lui, dans la qualité de son immigration latino-américaine. « Un immigrant latino qui arrive en Amérique est différent de celui qui arrive en Europe. Il s’appelle José Martínez. Très vite, il se fait appeler Joe Martinez, puis Joe Martin. Et quand il s’appelle Joe Martin, son fils s’engage dans les Marines. Il est plus américain que quiconque. »

D’où sa critique mesurée de Trump : oui, il faut fermer la frontière, mais sélectivement. « Biden a été totalement irresponsable d’ouvrir la frontière à tout le monde, y compris aux Afghans, aux Asiatiques, aux musulmans. La fermeture est nécessaire, mais doit être sélective. Si des Mexicains arrivent, ils s’assimilent facilement. L’Amérique est un pays qui a la possibilité d’une immigration positive. L’Europe, elle, n’a qu’une immigration négative. Vous n’avez pas de Latinos. Vous n’avez pas de proto-Européens en attente. »

Un diagnostic à méditer

Que l’on partage ou non les analyses d’Edward Luttwak — certaines sont brutales, d’autres provocatrices, toutes méritent débat —, on ne peut nier que ce stratège passé par les coulisses de la guerre du Kippour, du Pentagone et de Tsahal apporte une lecture du monde libre des conformismes habituels. À l’heure où la plupart des commentateurs européens prédisent la chute imminente de Kiev et la victoire russe, où l’on annonce une Chine prête à dévorer Taïwan, où l’on rêve encore d’un règlement diplomatique au Proche-Orient, le vieux conseiller américain rappelle quelques vérités déplaisantes : les démographies décident, les peuples qui ne font plus d’enfants ne font plus la guerre, les empires qui échouent à conquérir en une semaine ne conquerront jamais, et les diplomates ne font pas la paix — ils l’enregistrent.

À méditer.

[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.

Breizh-info.com, 2026, dépêches libres de copie et de diffusion sous réserve de mention obligatoire et de lien do follow vers la source d’origine.

Publicité
Cet article vous a plu, intrigué, ou révolté ?

PARTAGEZ L'ARTICLE POUR SOUTENIR BREIZH INFO

6 réponses à “Edward Luttwak : « Poutine est devenu victime de la physique quantique » — un grand stratège américain dresse le bilan du monde de 2026”

  1. Pschitt dit :

    Je constate avec plaisir que vous parvenez enfin à publier des informations qui ne s’échinent pas à sanctifier Vladimir Poutine. Il est vrai qu’il est toujours désagréable de se trouver du côté du perdant — or quel que soit l’avenir de la guerre en Ukraine, Poutine en est d’ores et déjà le perdant moral et humain.

  2. M. A. dit :

    D’accord avec cette analyse, y compris sur Trump. Trump n’a rien dun fou illuminé, cest un homme déterminé, obnubilé par le temps qui lui reste, temps politique et temps de vie. Son courage dénote tellement dans ce monde capitonné habité d’édredons ectoplasmisques que ces derniers le taxent de folie plutôt que consentir à se lever et remuer leurs grasses et molles fesses. Ces hypocrites se jetteront avidement sur les fruits de cette ardeur restauratrice et s’en gaveront, soyez en sûrs. Il faudra aux jeunes gens déployer la même énergie que le président Trump pour ne perdre son héritage.
    Il faut casser ce cycle infernal : la droite tire les marrons du feu et la gauche se goberge. Le courage, le vrai, c’est de tenir, tenir bon jusqu’au bout.

  3. rycart dit :

    Edward N. Luttwak roule pour qui ?
    Ses avis semblent trop tranchés. Talleyrand était un fin diplomate qui a beaucoup oeuvré pour la paix et la sauvegarde de la France.
    De même, Poutine accompagné de Lavrov et d’autres, est un modéré qui aime la Russie et tente de protéger les Ukrainiens russophones.

  4. Brunrouge dit :

    Autant d’inepties partisanes non étayées, en un article, un vrai Trumpiste.

  5. Durandal dit :

    Bonjour,

    Quand je vois que cette personne a eu part aux décisions géostratégiques mondiales, je comprends mieux le pourquoi des guerres qui touchent l’occident. Ses arguments sont lunaires. Les analyses justes côtoient des logiques incohérentes (sont-ce les peuples qui décident de l’histoire ou l’histoire qui décide des peuples etc..). C’est un feu d’artifice jeté en forme de poudre aux yeux. Une vache n’y reconnaîtrait pas son veau. J’imagine qu’il est sollicité pour éprouver l’imagination de ses auditeurs.

    Cdt.

    M.D

  6. Henri dit :

    @Durandal / Entièrement d’accord. Mais j’ai tout de même apprécié l’humour (involontaire) de cet article. Ce Luttwalk me semble aussi oiseux que la regrettée Madeleine Albright ! Comme elle, c’est un importé de l’Europe de l’Est, à la russophobie obsessionnelle.

ARTICLES EN LIEN OU SIMILAIRES

Environnement, Tribune libre

Canicule : Ni climatiseur ni centrales nucléaires : l’État qui vous fait la morale et vous invite à disparaître [L’Agora]

Découvrir l'article

International

Alireza Beiranvand, le mur de Perse : du carwash et des rues de Téhéran aux exploits du Mondial 2026 avec l’Iran [Le film sur sa jeunesse]

Découvrir l'article

Football, Sport

Coupe du monde 2026 : l’Iran et son gardien héroïques face à la Belgique, l’Uruguay se saborde étrangement, l’Espagne et l’Egypte s’affirment

Découvrir l'article

International

Venue du Canada, elle combat dans l’armée ukrainienne : « Le seul moyen de sauver les Ukrainiens, c’était de rejoindre le combat »

Découvrir l'article

A La Une, International

Marek Magierowski : « La Commission européenne dispose des moyens financiers pour sanctionner les gouvernements »

Découvrir l'article

International, Santé

Giorgia Meloni a arrêté de fumer : la confidence qui a surpris les dirigeants du G7

Découvrir l'article

Football, Sport

Mondial 2026 : le Cap-Vert tient l’Espagne, la Belgique souffre, l’Iran et la Nouvelle-Zélande font le show

Découvrir l'article

Culture & Patrimoine, Histoire

Le patriote malgré lui : Carter Braxton et la Déclaration d’indépendance américaine

Découvrir l'article

International

Un officier de renseignement britannique pose la question que personne ne veut poser sur l’Ukraine

Découvrir l'article

International

Ukraine : Azov révèle comment ses drones boostés à l’IA détruisent la logistique russe à 250 kilomètres du front

Découvrir l'article

Nous utilisons des cookies pour vous garantir la meilleure expérience sur Breizh Info. Si vous continuez à utiliser le site, nous supposerons que vous êtes d'accord.