Une étude publiée le 14 mai 2026 dans le Cambridge Archaeological Journal vient remettre en cause l’un des récits dominants de la préhistoire européenne : celui d’un mégalithisme né sur les façades atlantiques et diffusé depuis les côtes vers l’intérieur des terres. Le site de Valdelasilla, fouillé à Illescas dans la province de Tolède, démontre au contraire qu’au cœur de la péninsule Ibérique, à plus de 400 kilomètres de la mer, des communautés néolithiques construisaient déjà des paysages funéraires complexes il y a plus de six millénaires.
Une nécropole organisée autour d’une tombe centrale
L’équipe dirigée par l’archéologue Rosa Barroso Bermejo a identifié 454 structures archéologiques sur le site, situé dans le bassin du Tage. Parmi elles, des silos, des trous de poteaux, des vestiges domestiques et plusieurs ensembles funéraires. Onze structures sépulcrales ont fait l’objet d’une étude approfondie. La datation au carbone 14 place le début de l’activité funéraire entre 4336 et 4062 avant notre ère, l’usage du lieu s’étant prolongé jusqu’au troisième millénaire.
Le cœur de la nécropole est constitué d’une tombe monumentale baptisée VLD-T450, implantée au point culminant du site et ceinturée d’un fossé circulaire dont l’entrée s’aligne sur la chambre funéraire. Une organisation qui, selon les chercheurs, témoigne d’une planification délibérée, d’une recherche de visibilité dans le paysage et d’une charge symbolique forte.
Du bois et de l’argile, pas seulement des pierres
L’un des apports majeurs de l’étude consiste à élargir la définition même du mégalithisme. À Valdelasilla, les bâtisseurs n’ont pas employé uniquement les grands blocs de pierre qui font la signature visuelle des dolmens bretons ou ibériques classiques. Ils ont combiné pierres de petite taille, bois, argile et terre compactée. Certaines chambres conservent les empreintes de poteaux qui soutenaient probablement des toitures ; d’autres présentent des traces de combustion, possiblement liées à des rites de clôture lorsque la sépulture était définitivement scellée.
Les auteurs soutiennent que ces architectures appartiennent pleinement à la tradition mégalithique, même si elles ne correspondent pas à l’imagerie habituelle des monuments massifs.
Quarante-six défunts, plusieurs générations
Les fouilles ont livré les restes d’au moins 46 individus : majoritairement des adultes, mais également des nourrissons et des enfants. Certaines tombes accueillaient des inhumations individuelles ou doubles, tandis que d’autres ont servi sur plusieurs générations à des sépultures collectives. La chambre centrale, en particulier, a continué de recevoir de nouveaux défunts pendant des siècles, après que les niveaux antérieurs eurent été refermés.
Le mobilier funéraire mêle outils en os, épingles à cheveux, perles de pierre, coquillages marins et parures diverses. Plusieurs ossements et sédiments portent des traces d’ocre rouge, pigment fréquemment associé aux pratiques rituelles néolithiques.
L’analyse comparative des sépultures suggère une hiérarchisation sociale ou symbolique au sein de la communauté : la tombe centrale a mobilisé bien davantage de travail collectif et concentre une proportion plus élevée d’objets précieux que les autres.
Une remise en cause du modèle « côtier »
Pendant des décennies, l’hypothèse dominante voulait que le phénomène mégalithique européen ait essaimé depuis les rivages atlantiques — Bretagne, Portugal, Galice, Irlande — vers l’intérieur. Les travaux de Valdelasilla viennent fragiliser cette lecture. Le site démontre que les populations installées en plein cœur du plateau ibérique participaient elles aussi, et précocement, à l’édification de paysages funéraires monumentaux.
Pour les auteurs, l’émergence du mégalithisme européen ne procède pas d’un foyer unique irradiant vers la périphérie, mais de plusieurs centres de développement connectés entre eux, mêlant traditions côtières et continentales. Une révision qui ouvre de nouvelles perspectives sur les contacts, les circulations d’idées et les réseaux de longue distance au Néolithique — et qui résonne particulièrement en péninsule armoricaine, où les premiers tumulus de Carnac et de Locmariaquer sont à peu près contemporains de ceux de Tolède.
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2 réponses à “Espagne : une nécropole mégalithique vieille de 6 000 ans bouscule l’histoire des premiers monuments européens”
Le site mégalithique de Saint-Just remonte à +/- 6500 ans, et il n’est pas non plus bordé par l’Atlantique. Cette querelle apparaît futile : le mégalithisme est un phénomène aussi protéiforme qu’universel. Faut-il rappeler l’admirable et énigmatique site turc de Göbekli Tepe, avec ses stèles anthropomorphes érigées entre 12000 et 10000 ans ? En fait, il est plus facile de chercher les aires cyclo-culturelles qui n’ont pas érigé des « menhirs » (et autres ensembles plus complexes), puisqu’on en trouve de la Mongolie à l’Indochine, de Madagascar à l’Ethiopie. Là où l’on en trouve pas, c’est possiblement parce que les « pierres debout » étaient en bois…
Cela devient une habitude dans la science du 21eme siècle de changer le sens des mots pour se raccrocher à un sujet porteur.
Ce coup ci, ils ont donc inventer un site mégalithique sans mégalithes.
Personnellement je trouve cela puérile car la découverte n’a pas besoin de cela pour être importante dans l’histoire du néolithique européen.