Pío Moa, l’historien qui dérange : retour sur les mythes de la guerre civile espagnole

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Figure aussi lue que combattue outre-Pyrénées, l’historien espagnol Pío Moa revient sur la portée de son ouvrage devenu célèbreLes Mythes de la guerre civile (Los Mitos de la guerra civil). Récemment traduit en français, le livre a provoqué une vive polémique, jusqu’à susciter une lettre ouverte de protestation signée par plus de cent universitaires. L’occasion, pour son auteur, de défendre une lecture des origines du conflit espagnol qui dérange autant la gauche que la droite.

Un livre paru « au bon moment »

Publié en 2003, l’ouvrage est arrivé, selon Moa, à un instant charnière : l’année précédente, la droite espagnole du Parti populaire avait accepté, par opportunisme politique, de condamner le camp nationaliste de la guerre civile. Le livre venait donc bousculer un consensus que personne n’osait remettre en cause.

Cette appréciation est partagée par l’historien américain Stanley Payne, spécialiste reconnu de l’Espagne, pour qui l’ouvrage est paru exactement au bon moment pour défier un récit dominant que nul n’osait contester, et l’a fait de front, avec une écriture solide et de nombreuses preuves. Moa estime d’ailleurs que la diffusion de son livre fut l’une des motivations des lois espagnoles de « mémoire démocratique » de 2007 et 2022, qu’il juge orwelliennes.

Une relecture assumée

Moa revendique une révision du récit dominant, au sens où la révision lui paraît nécessaire à toute démarche scientifique ou intellectuelle. Il observe qu’en Espagne comme en France, cette posture a provoqué la colère de ceux qui tenaient leur dogme pour intouchable. La parution française de l’ouvrage a ainsi déclenché la protestation académique évoquée plus haut ; lorsque Le Figaro a défendu son choix d’interviewer Moa et de publier une traduction, la vidéo est devenue virale, suscitant des comparaisons avec Éric Zemmour, autre figure jugée infréquentable par l’establishment médiatique.

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Plutôt que d’engager un débat rigoureux, les médias dominants — de gauche comme de droite — ont surtout choisi de faire comme si l’œuvre de Moa n’existait pas.

La thèse : une République détruite par deux coups d’État

Le cœur de l’argumentation de Moa vise à démonter ce qu’il considère comme le récit fondateur du socialisme espagnol : celui d’une République démocratique modèle, anéantie par les fascistes avec l’aide de Hitler et Mussolini. À ses yeux, la République a en réalité été détruite par deux coups de force.

Le premier, en octobre 1934, aurait visé à imposer une « dictature du prolétariat » par la guerre civile — il affirme s’appuyer sur des instructions explicites documentées dans les archives. Il soutient que le PSOE, présenté comme « modéré » dans le récit officiel, s’allia alors aux séparatistes catalans, et impute à ce soulèvement 1 300 morts et d’importantes destructions, surtout dans les Asturies. Le second coup serait la falsification, qu’il dit prouvée, des élections de 1936, suivie d’un régime de terreur du Front populaire culminant avec l’assassinat du chef de l’opposition conservatrice, Calvo Sotelo.

Franco et le Front populaire : une distinction sur les soutiens étrangers

Moa établit une distinction centrale entre l’appui fasciste à Franco et le soutien de Staline au Front populaire. Du côté de Franco, affirme-t-il, des fascistes étaient présents mais ne furent jamais décisifs. Il reconnaît l’aide de Hitler et Mussolini, mais souligne qu’à cette date, Hitler n’avait pas encore commis de génocide, tandis que Staline avait déjà, selon ses termes, laissé une montagne de cadavres derrière lui.

Surtout, il avance que ni Hitler ni Mussolini n’imposèrent de conditions à leur aide, alors que Staline serait devenu le véritable chef du Front populaire — d’autant plus, soutient-il, après que la République espagnole lui eut confié l’essentiel des réserves financières du pays. Il précise que ce ne sont pas les communistes mais les socialistes eux-mêmes qui auraient remis à Staline les réserves d’or espagnoles. L’actuel chef du gouvernement, Pedro Sánchez, appartient au même parti.

Une méthode fondée sur les sources de gauche

Moa explique que le principal reproche des historiens « académiques » tient à sa méthode : il cite très peu les personnalités et critiques de droite, préférant exposer ce que faisaient et disaient les acteurs de gauche de l’époque, avec les justifications qu’ils donnaient alors. Une partie de ses recherches, dit-il, repose sur plus de trois années de travail dans les archives de la Fondation Pablo Iglesias et du parti socialiste, en particulier celles de Largo Caballero — surnommé « le Lénine espagnol », et qui dispose d’un monument à Madrid, alors qu’il prônait, selon Moa, la révolution prolétarienne violente avant même 1936.

Une stratégie stalinienne à l’échelle européenne

Moa replace enfin le conflit dans la grande stratégie de Staline. Convaincu qu’une guerre entre puissances capitalistes occidentales n’était qu’une question de temps, ce dernier aurait cherché à ce qu’elle oppose le fascisme à la démocratie en Europe de l’Ouest, plutôt que l’Allemagne à l’URSS. Il voyait dans la guerre d’Espagne l’occasion d’un affrontement direct entre l’alliance franco-britannique et l’axe germano-italien. C’est, selon Moa, l’échec de cette stratégie qui poussa Staline au rapprochement avec l’Allemagne, tout en réussissant son objectif de voir la guerre éclater à l’ouest, afin de jouer le rôle d’arbitre et d’étendre la révolution sur un continent en ruines.

Au-delà du seul cas espagnol, les travaux de Moa rouvrent une bataille plus vaste : celle du contrôle du récit historique du XXe siècle. On peut y voir l’équivalent, pour notre époque, de la « querelle des historiens » qui divisa l’Allemagne dans les années 1980 sur l’interprétation comparée du nazisme et du communisme stalinien. La gauche se trouve ainsi contrainte de défendre une suprématie morale qu’elle n’avait plus eu à justifier depuis 1945, date à laquelle l’« antifascisme » s’était imposé comme une évidence indiscutable, ralliant gauche et droite. C’est précisément cette évidence que l’œuvre de Moa entreprend de fissurer — ce qui explique, sans doute, l’intensité des réactions qu’elle continue de provoquer.

Photo d’illustration : DR

[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.

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