C’est un grand classique du théâtre parisien, mais joué cette année avec une rare maladresse. Quelque 600 professionnels du cinéma français — comédiens, réalisateurs, producteurs, techniciens; beaucoup d’inconnus — ont signé dans Libération, à la veille de l’ouverture du Festival de Cannes (paradis des dealers de cocaïne et du luxe soit dit en passant), une tribune dénonçant « l’emprise grandissante » de Vincent Bolloré sur le septième art. En cause : le rachat par le groupe Canal+ de 34 % du capital d’UGC en octobre 2025, avec une montée prévue à 100 % d’ici 2028, qui ferait du milliardaire breton un acteur de poids dans la diffusion en salles, en plus de ses positions dans la production et la télévision payante.
Le collectif, baptisé « Zapper Bolloré », réunit quelques noms connus, pas forcément d’ailleurs pour la qualité de leurs apparitions cinématographiques : Juliette Binoche, Swann Arlaud, Raymond Depardon, Adèle Haenel, Arthur Harari, Vimala Pons, Jean-Pascal Zadi, ou encore Damien Bonnard. Il accuse l’homme d’affaires de mener, derrière son costume d’industriel, un « projet civilisationnel » réactionnaire d’extrême droite, à travers CNews et ses maisons d’édition Fayard et Grasset. Les signataires redoutent une « prise de contrôle fasciste sur l’imaginaire collectif » et appellent à se mobiliser contre ce qu’ils décrivent comme un péril culturel.
La réponse cinglante de Maxime Saada
Sauf que cette fois, le patron de Canal+ n’a pas joué la partition habituelle de l’industriel de droite qui encaisse en silence les anathèmes du Tout-Paris culturel et qui se flagelle. Dimanche 16 mai, en marge du Festival de Cannes, Maxime Saada, président du directoire de Canal+, a tranché : son groupe — qui demeure le premier financeur du cinéma français — ne travaillera plus avec les signataires de la tribune. Le dirigeant a justifié sa décision en évoquant une injustice vis-à-vis des équipes de Canal+, et en refusant de collaborer avec des gens qui qualifient son entreprise de « crypto-fasciste ».
Maxime Saada a également rappelé, à cette occasion, que Canal+ avait cofinancé une partie significative du cinéma français contemporain, citant par exemple L’Histoire de Souleymane — un film dont le sujet et le traitement sont aux antipodes des supposées obsessions « réactionnaires » prêtées à l’actionnaire. Il a, dans la foulée, affiché son soutien au CNC et au groupe de production Mediawan, tous deux régulièrement critiqués sur d’autres bancs politiques.
La consternation des pétitionnaires
Réaction du collectif : la stupéfaction. Les signataires, qui visiblement n’avaient pas anticipé qu’un patron puisse un jour décider de ne plus financer ceux qui le traitent publiquement de fasciste, dénoncent désormais une « menace » contre la liberté d’expression. Arthur Harari, retenu en compétition à Cannes cette année, assure de son côté n’avoir formulé qu’un « questionnement » sur la dimension politique du groupe.
Il faut dire que le procédé est bien rodé. Pendant des décennies, une partie du milieu cinématographique français a fonctionné selon un schéma simple : distribuer les brevets de bonne moralité, excommunier les artistes ne se conformant pas à la doxa progressiste, monopoliser les tribunes médiatiques et les cérémonies — qui, des Césars à Cannes, peinent depuis trente ans à produire un seul discours politiquement non aligné — et, dans le même mouvement, exiger d’être financés par ceux que l’on couvre d’injures. Le tout en bénéficiant des subventions publiques, de la taxe prélevée sur chaque ticket de cinéma au profit du CNC, et des crédits d’impôt généreusement accordés par l’État.
Le contribuable, traité de « facho », appelé à payer
Le contribuable français, qui paie sa taxe CNC à chaque place achetée — qu’il regarde un film qui lui plaise ou un manifeste idéologique qui le méprise —, n’a pas voix au chapitre. On lui demande de financer, par l’impôt direct ou indirect, un cinéma qui souvent le qualifie de « facho », de « ringard », de « beauf raciste » ou de « complice » de tous les maux contemporains. Et quand un investisseur privé décide, lui, de ne plus signer les chèques – encore que Canal + ait financé tous les films immigrationnistes français de ces dernières années, c’est dire le niveau de nazisme de ses dirigeants – c’est l’indignation générale et la rhétorique de la « menace fasciste » qui ressort des cartons.
Posons une autre question, jamais posée par les belles âmes signataires : avez-vous déjà vu Adèle Haenel, Juliette Binoche ou Raymond Depardon s’indigner publiquement du refus systématique de subventions opposé à la réalisatrice Cheyenne Carron, qui produit ses films de manière indépendante depuis des années parce que ses sujets ne cochent pas les cases idéologiques du milieu ? La réponse est connue. La liberté d’expression et la diversité de création ne s’émeuvent qu’à sens unique.
Une affaire qui en dit long
L’épisode est révélateur d’un système – mais c’est la même chose dans tous les domaines au final dans ce pays – où une minorité militante, soutenue par des journalistes complaisants et des élus de gauche prompts à monter au créneau, impose depuis des décennies son agenda culturel par une combinaison de pression morale et de lâcheté de l’adversaire politique — cette droite qui, sur la culture, a déserté le terrain depuis longtemps. Le milieu, dans son écrasante majorité, a verrouillé idéologiquement la production cinématographique française au point que la simple existence d’un actionnaire ne partageant pas ses vues passe désormais pour une atteinte à la démocratie.
Maxime Saada a fait ce que peu de patrons français osent encore faire : tirer les conséquences professionnelles d’insultes publiques. C’est sans doute pour cela que la réaction est si fébrile. L’idée qu’un financeur puisse choisir ses bénéficiaires, comme n’importe quelle entreprise privée, semble inacceptable à un milieu qui a fini par confondre subvention et droit divin, prébendes publiques et trophées personnels.
Reste à savoir si l’épisode marquera une bascule durable, ou si, comme souvent, la pression collective ramènera Canal+ à plus de mansuétude. Une chose est sûre : pour la première fois depuis longtemps, le rapport de force est inversé. Et cela seul suffit à expliquer l’ampleur de la panique.
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10 réponses à “Cinéma. UGC, Bolloré, Canal+ : la tribune des 600 et l’hypocrisie d’un milieu subventionné et imprégné de gauchisme mental”
Canal + a pourtant donné beaucoup de gages (et d’argent) au camp du bien ! Faut-il que le vent soit vraiment en train de tourner pour que Maxime Saada trouve que ça suffit ! A moins que ce coup de poing sur la table ne soit qu’un geste tactique pour éteindre la polémique, de même que les pompiers provoquent des explosions ou allument des contre-feux pour éteindre des incendies. Canal + pourrait très bien continuer à financer les « rebelles » pourvu qu’ils cessent de pétitionner, et tant qu’à faire qu’ils lui lèchent les bottes. Le monde du spectacle sait bien jouer « Embrassons-nous Folleville »…
Les gauchos caviar du cinéma français subventionné, révolutionnaires sans risques avec un stylo en guise de fusil, regagneront paisiblement leurs beaux quartiers après avoir fait un » caca nerveux » contre les producteurs qui ne financent pas les films avec l’argent du contribuable.
Il serait intéressant de connaitre le nombre d’entrées des films « révélés » par les festivals de cinéma:Cannes, Berlin , Venise ( entre autres ) , nombre qui montre bien l’adhésion ou non du spectateur.
Quoi de plus normal? Les pétitionnaires, dans le cadre de la liberté d’expression, expriment une opinion. A charge pour chaque partie d’aller au bout des conséquences des actes posés en toute liberté. Nous sommes en FRANCE.
Dis merde à Bolloré
Cet article est bien orienté (et parfois plein de mauvaise foi). Ce n’est pas parce que Bolloré est un milliardaire « breton » que l’on doit l’absoudre de toutes ses décisions. Ici il s’agit de comédiens et autres professionnels qui ne font rien d’autre qu’exprimer (peut-être maladroitement) leur angoisse face à la réalité de leur métier. Vous avez certainement lu 1984, et regardé La Servante Écarlate. Et bien en tant que citoyenne lambda, j’ai la frousse de voir que tant de journaux locaux, nationaux et de chaînes tv sont détenues par un même homme. Peu m’importe son bord politique en soi, il serait de gauche ce serait la même frousse… Il y aura moins de pluralité d’opinions, c’est tout, et cela est bien bien triste pour nos enfants et petits-enfants. Or, la liberté d’opinion, c’est la base de notre démocratie après tout, non ?
Bien dit Yvette. Ce n’est pas parce qu’on possède des dizaines de médias que l’on n’a pas un rôle culturel pluriel pour la société. Sinon on rentre dans une autocratie trop anxiogène et où la liberté d’expression est bien amoindrie.
Bravo Yann Vallerie, Breizh Info, pour votre couverture de cette affaire de la « Tribune des 600 », et la mise en avant du cas exemplaire de Cheyenne Carron, qui n’a jamais bénéficié, pendant trente ans quand même… des moindres subsides, de la moindre aide, de la « Caste ».
Cette « Caste » vociférante qui prétend maintenir son emprise sur l’esprit des « souchiens français » en voie de disparition programmée.
Il était grand temps qu’un Bolloré, un Breton rappelons-le, une « forte tête », apparaisse sur le territoire hexagonal et tente, enfin, de siffler la fin de partie… au nom du « village des quelques irréductibles » que nous sommes en train de devenir…
Il faut en finir avec le CNC assurancetourix de la « Caste » et les Delphine Ernotte de tous poils !!!
1984, on y est presque alors ? 🥺
Curieusement, les films dont les scénarios reposaient sur des berbères chrétiens qui font face à l’ islamisme n’ ont jamais été produits. Par contre beaucoup de films ont été produits pour faire la part belle à des islamo-gauchistes dont des acteurs et actrices qui militent pour un » monde arabe ».