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Quelques jours avant les élections de ce dimanche 20 septembre 2026 pour le Parlement du Mecklembourg-Poméranie occidentale, qui pourraient voir le parti nationaliste allemand Alternative pour l’Allemagne (AfD) arriver premier, devant les sociaux-démocrates du SPD, Lionel Baland s’est rendu dans cet État fédéré allemand situé dans le nord de l’Est de l’Allemagne, sur la mer Baltique. Il y a rencontré et interrogé pour Breizh-info le coprésident de l’AfD du Mecklembourg-Poméranie occidentale, député fédéral et candidat de son parti au poste de ministre-président, ainsi que candidat direct [au scrutin majoritaire, les électeurs disposant de deux voix, une au scrutin majoritaire de candidats et une au scrutin proportionnel de listes] dans la circonscription de Schwerin I face à la ministre-présidente sociale-démocrate SPD sortante Manuela Schwesig, Leif-Erik Holm. Ce dernier organisait, à Schwerin, la capitale du Mecklembourg-Poméranie occidentale, une promenade en Simson, des motos cultes fabriquées jusqu’en 2003 et qui sont devenues un symbole de l’Est de l’Allemagne.
Breizh-info : Quand et pour quelles raisons avez-vous adhéré à l’AfD ?
Leif-Erik Holm : Je suis économiste. J’ai rejoint l’Alternative pour l’Allemagne (AfD) au printemps 2013. À l’époque, le plan de sauvetage de la Grèce était au centre de toutes les attentions. Il m’avait fortement indigné. Alors que, lors de l’introduction de l’euro, et cela constituait une condition de l’adoption de ce dernier, l’affirmation que personne ne devait répondre pour les dettes des autres avait été mise en avant, cette promesse a été brisée à la première occasion et la Grèce a dû être sauvée avec l’argent du contribuable allemand. Cela était totalement aberrant. Cette situation m’a poussé à m’engager aux côtés de Bernd Lucke [un économiste, cofondateur de l’AfD]. C’est ainsi qu’est née l’AfD.
Breizh-info : Depuis cette époque, les idées de l’AfD ont-elles changé ?
Leif-Erik Holm : Les positions fondamentales du parti n’ont pas vraiment changé, contrairement à ce qui est souvent affirmé. Les thèmes sont différents, mais l’orientation reste la même. Lors de l’ouverture des frontières à l’immigration illégale de masse par la chancelière démocrate-chrétienne CDU de l’époque Angela Merkel en 2015 et l’arrivée d’un million de personnes, les réactions sont devenues plus émotionnelles, mais la direction suivie par le parti reste, selon mon point de vue, la même.
Breizh-info : Vous êtes issu de l’ancienne Allemagne de l’Est. Pourquoi y a-t-il une si grande différence entre l’Est et l’Ouest de l’Allemagne pour les patriotes et pour l’AfD ?
Leif-Erik Holm : La différence principale est que, ici à l’Est, nous percevons immédiatement le changement de climat en matière de liberté d’expression. Nous saisissons quand cette dernière n’est plus aussi libre qu’elle le devrait. C’est une situation que je connais bien pour l’avoir vécue par le passé. Nous avons grandi ici. Nous nous sommes battus pour la liberté en 1989, pour pouvoir parler librement. Puis, après les années 2000, tout cela a été réduit à néant. Une sorte de carcan idéologique s’est à nouveau installé. Nous sommes regardés de travers si nous exprimons une opinion différente. De nos jours, nous n’osons parfois plus dire ce que nous pensons ou faire ce que nous désirons, par peur de nous attirer des ennuis avec notre employeur ou de voir circuler des photos compromettantes. Ce n’est pas acceptable. Cela constitue la première raison.
L’autre est que, dans l’Ouest, le développement économique a été meilleur. C’est pourquoi les gens ne s’en prennent pas forcément aux politiques menées, même si des emplois sont perdus, notamment dans les grandes entreprises industrielles comme l’automobile, les équipementiers, la chimie, … Cependant, cette évolution entraîne le fait que la population qui vit à l’Ouest s’intéresse désormais davantage à la politique et constate que les choses vont mal. Cela contribue, dans une certaine mesure, à renforcer l’influence de l’AfD, aussi dans l’Ouest de l’Allemagne.
Breizh-info : Les électeurs de l’AfD ont-ils une Ostalgie [nostalgie de l’Allemagne de l’Est de la République démocratique allemande de l’époque du communisme] ?
Leif-Erik Holm : Oui. Bien sûr. D’une certaine manière, tout le monde regrette l’époque de sa jeunesse. Cela est normal. Nos motos Simson véhiculent une certaine nostalgie, le souvenir d’une jeunesse vécue, une belle jeunesse, finalement. Même si nous étions en République démocratique allemande, nous avions une belle vie. Nous avons fait de notre mieux avec les moyens du bord. C’est donc un mélange de nostalgie et de tradition que les jeunes perpétuent aujourd’hui grâce à ces mobylettes et aux récits de leurs parents et de leurs grands-parents.
Breizh-info : Le parti de gauche anti-immigration BSW, dont la figure de proue est au niveau fédéral Sahra Wagenknecht, est-il un parti patriotique ?
Leif-Erik Holm : C’est une bonne question. Je n’en suis absolument pas certain. Les membres du BSW ne savent pas eux-mêmes où il se trouvent sur l’échiquier politique. Le BSW est un groupement très hétéroclite. Je ne sais pas vraiment quelle est sa position exacte. Ils viennent de la gauche, en fin de compte. Ils comptent en leur sein des communistes, des gens qui ne sont pas connus pour être des patriotes, mais plutôt des internationalistes. Sur le plan humain, les contacts sont relativement bons, et beaucoup de ceux qui occupent des postes à responsabilité au sein de cette formation politique défendent des idées similaires aux nôtres. Toutefois, dans l’ensemble, je pense que nous sommes différents, ce qu’ils reconnaissent eux-mêmes, pour autant que je sache.
Breizh-info : Je ne vois aucun contre-manifestant, gauchiste ou écologiste autour de ce rassemblement de l’AfD. Cela est-il la norme au Mecklembourg-Poméranie occidentale ?
Leif-Erik Holm : Dans l’Est de l’Allemagne, ceux-ci sont peu nombreux. Cependant, ils sont présents dans les grandes villes et dans les universités. À Schwerin, ils ne sont pas beaucoup. La situation est un peu plus détendue.
Breizh-info : Avec qui pouvez-vous gouverner ?
Leif-Erik Holm : Cela constitue la grande question. Un chevauchement important de contenu existe avec les démocrates-chrétiens de la CDU. En théorie, nous pourrions faire quelque chose avec eux, si tant est qu’ils mettent vraiment leurs paroles en actes, ce dont on ne peut jamais être certain avec eux. Coucou « Pinocchio Fritz [le chancelier fédéral Friedrich Merz] », qui a fait tout le contraire ! Mais, dans l’absolu, ce serait possible. Nous entendons dire, au sein de la base de la CDU, qu’une fronde couve. Certains ont même ouvertement exprimé le besoin de briser le « cordon sanitaire » [autour de l’AfD] et d’emprunter une nouvelle voie, car, pour l’instant, la CDU ne sert plus qu’à fournir une majorité aux politiques de gauche. C’est d’ailleurs pour cela qu’elle stagne à 7 % au Mecklembourg-Poméranie occidentale : il n’y a tout simplement plus d’argumentaire propre à ce parti.
Breizh-info : Les sociaux-démocrates du SPD restent puissants au Mecklembourg-Poméranie occidentale. Ils sont donnés à plus d’un tiers des voix.
Leif-Erik Holm : Ce n’est même pas une question de SPD en tant que tel, mais plutôt de la personnalité du titulaire du poste. Si l’on compare avec les résultats des sondages pour les élections fédérales, le SPD ne tourne qu’autour de 12 ou 13 % au niveau national. Ici, le score est taillé sur mesure pour la personne de la ministre-présidente SPD Manuela Schwesig.
Propos recueillis par Lionel Baland
Photo d’illustration : DR
[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.
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Une réponse à “Élections au Mecklembourg-Poméranie occidentale : l’AfD aux portes du pouvoir, son candidat Leif-Erik Holm parle à Breizh-info [Interview exclusive]”
L’alerte sur la réduction de la liberté d’expression est intéressante. « C’est une situation que je connais bien pour l’avoir vécue par le passé », dit votre interlocuteur. « Nous avons grandi ici. Nous nous sommes battus pour la liberté en 1989 ». Ce rappel est utile. Mais pourquoi alors l’AfD montre-t-elle tant de sympathie pour Poutine, qui considère la disparition de l’URSS comme « la plus grande catastrophe géopolitique du XXe s. » et cherche à retrouver la situation d’avant 1989 ? Dommage que vous n’ayez pas posé la question.