Le Tour d’Italie 2026 entame ce mardi 26 mai sa troisième et dernière semaine par une étape courte mais redoutable, qui pourrait offrir l’une des courses les plus ouvertes depuis le départ de cette 109e édition. Au menu des 113 kilomètres reliant les routes du Tessin suisse à la station de Carì : deux ascensions répétées dans un circuit suisse-italien, suivies d’une montée finale particulièrement sévère où se jouera l’essentiel.
Vingegaard solidement installé, l’échappée a sa carte à jouer
La situation au classement général conditionne largement la physionomie attendue de la journée. Jonas Vingegaard, qui a confisqué le maillot rose lors de la 14e étape et compte désormais près de trois minutes d’avance sur ses poursuivants, n’a aucun intérêt stratégique à dépenser de l’énergie sur cette étape de transition. Le Danois a lui-même reconnu que la configuration actuelle de la course lui convenait parfaitement. Il vise plutôt une victoire d’étape avec le maillot de leader, mais probablement lors de la 20e étape, plus prestigieuse.
Cette neutralité prévisible de l’équipe Visma – Lease a Bike, qui devrait adopter une posture défensive, ouvre un boulevard aux baroudeurs. La bataille pour la composition de l’échappée matinale s’annonce particulièrement âpre, le profil de l’étape étant idéalement taillé pour les puncheurs-grimpeurs.
Un circuit suisse pour mettre le feu aux poudres
Le tracé concocté par les organisateurs présente une architecture originale. Après une entrée en matière relativement roulante depuis le départ italien, les coureurs basculent dès le 27e kilomètre dans le canton du Tessin, en Suisse italienne. Ils y emprunteront un circuit comportant deux ascensions à franchir deux fois chacune.
La première difficulté, la montée de Torre, longue de 4,1 kilomètres à 6,2 % de pente moyenne, sera abordée aux kilomètres 32 et 54 de course. Sur ce revêtement helvétique impeccable et au profil relativement rectiligne, il sera difficile pour les attaquants de creuser un écart significatif. La seconde côte, en revanche, devrait servir de filtre sélectif. Le Leontica, 3 kilomètres à 8,5 % de moyenne, présente des rampes suffisamment raides pour que seuls les grimpeurs les plus affûtés puissent s’y exprimer. C’est sur cette ascension, abordée aux kilomètres 45 et 65, que devrait se dessiner la composition finale de l’échappée du jour.
Carì, l’ascension qui décidera de tout
Le véritable juge de paix de cette étape attend cependant les coureurs à 11,6 kilomètres de l’arrivée. La montée finale vers Carì présente des caractéristiques particulièrement éprouvantes : 11,7 kilomètres à une pente moyenne de 7,9 %, avec une régularité d’effort autour de 8,3 % sur les 7,8 premiers kilomètres.
Cette ascension n’est pas une inconnue du peloton professionnel : elle avait servi de cadre à une victoire d’Adam Yates lors du Tour de Suisse 2024. Son profil exigeant ne pardonne pas l’à-peu-près. Une fois engagés dans les premiers lacets, les coureurs perdent toute visibilité sur la course devant eux, ce qui peut favoriser les attaquants partis avec une marge confortable si les chasseurs tergiversent.
À 3,8 kilomètres de la ligne, une portion légèrement descendante offrira un très bref répit aux organismes, mais ce moment de récupération ne durera que 400 mètres. Le dernier kilomètre s’annonce particulièrement cruel, avec des passages annoncés à 13 % de pente. Les derniers 150 mètres ne permettent aucune visibilité sur la ligne d’arrivée, situation qui complique singulièrement la gestion d’un sprint à deux ou trois coureurs.
Une bataille à plusieurs étages
Au-delà du suspense entourant la victoire d’étape, cette journée pourrait bien rebattre les cartes du classement général. Si Vingegaard semble intouchable pour la victoire finale, les deux places restantes sur le podium suscitent toutes les convoitises. Les équipes Decathlon CMA – CGM tenteront probablement de déloger le Brésilien Afonso Eulálio de sa deuxième position, tandis que Red Bull – Bora Hansgrohe disposent de toutes les cartes nécessaires pour reprendre du terrain sur le Néerlandais Thymen Arensman.
Ce dernier compte 40 secondes d’avance sur l’Australien Jay Hindley et 1 minute 19 secondes sur l’Italien Giulio Pellizzari. Sur des pourcentages aussi sévères que ceux de Carì, des écarts significatifs peuvent se creuser en quelques centaines de mètres seulement. Plusieurs coureurs ambitieux d’intégrer le top 10 final, à l’image du Tchèque Jan Hirt ou de l’Espagnol David de la Cruz, devraient également tenter leur chance.
Les favoris de la journée
Pour la victoire d’étape, plusieurs noms reviennent avec insistance dans les pronostics. L’Italien Giulio Ciccone arrive comme le grand favori. À chaque fois que la route s’élève, le grimpeur transalpin se manifeste, et cette étape semble taillée sur mesure pour son explosivité naturelle. Son palmarès récent et sa forme actuelle plaident pour qu’il puisse enfin transformer l’essai sur cette 16e étape.
Son principal adversaire pourrait s’appeler Einer Rubio. Le Colombien de l’équipe Movistar se trouve dans une situation particulière : son leader désigné Enric Mas, sévèrement critiqué par le manager Eusebio Unzué pendant la journée de repos, peine à confirmer les espoirs placés en lui. Rubio pourrait donc bénéficier d’une certaine liberté d’action pour aller chercher une victoire prestigieuse.
Le duel entre Ciccone et Rubio devrait également structurer la course au classement de la montagne, particulièrement riche en points sur cette étape : 104 points maximum sont en jeu pour le maillot azzurra avec notamment 50 points promis au vainqueur de Carì, classée en première catégorie.
Derrière ce duo de favoris, plusieurs outsiders nourrissent des ambitions légitimes. L’Espagnol Enric Mas, malgré ses difficultés actuelles, conserve un potentiel important. Le Tchèque Jan Hirt, fidèle à sa réputation de grimpeur tenace, pourrait saisir une opportunité. David de la Cruz, l’Équatorien Harold Martin Lopez, le Néerlandais Wout Poels et l’Américain Sepp Kuss complètent une liste de prétendants potentiels à la victoire ou à un coup d’éclat.
Une météo qui pourrait peser
Les organismes des coureurs, déjà éprouvés par deux semaines de course intense, devront composer avec des conditions météorologiques évolutives. Si les 23°C annoncés au départ peuvent paraître cléments, la pluie devrait progressivement s’inviter sur les routes du Tessin au fil des kilomètres. Cette humidité croissante aura un impact réel sur la dynamique de course, notamment dans les descentes et sur les premières rampes du Leontica où l’adhérence sera mise à l’épreuve. Le vent, quasi absent selon les prévisions, ne devrait en revanche jouer aucun rôle stratégique.
Diffusion et horaires
Le départ réel de cette 16e étape est programmé à 13h45, pour une arrivée estimée à Carì autour de 17h14. La retransmission télévisée intégrale sera assurée par Eurosport 1 et l’application Max à partir de 13h30.
Une étape courte, ramassée, mais qui pourrait offrir l’un des plus beaux spectacles de cette troisième semaine. À Carì, les illusions tombent vite, et la moindre erreur de cadence se paie comptant sur les 13 % du final.
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