Loups, embroussaillement, désertification agricole : pourquoi la France a cessé de prévenir ses incendies

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Le 3 juillet 2026, un incendie parti du secteur d’Oupia a ravagé plusieurs centaines d’hectares de garrigue près de Pouzols-Minervois, dans l’Aude, menaçant le hameau du Soleil d’Oc et contraignant une centaine d’habitants à évacuer. Sur place, des éleveurs ont dénoncé un massif « laissé brûler », pointant du doigt le recul du pastoralisme et la prolifération d’« arbres torches » dans des paysages de plus en plus embroussaillés. Un discours qui n’a rien de nouveau, et que la France méditerranéenne entend revenir, incendie après incendie, depuis près de dix ans.

Un scénario déjà vu dans le Var

En juillet 2017 déjà, 400 hectares de forêt partaient en fumée à La Croix-Valmer, dans le Var, ravageant les caps Taillat et Lardier. Le maire d’Artigues, commune d’où était parti le feu, regrettait alors publiquement l’absence de débroussaillement de la forêt cette année-là. Un éleveur local, qui assurait auparavant l’entretien des pare-feux grâce à ses troupeaux, expliquait avoir cessé cette activité deux ans plus tôt, invoquant la présence du loup rendant le pâturage en forêt impossible.

Le chercheur Thomas Curt, alors à l’Irstea, relativisait déjà ce facteur unique en 2017, tout en confirmant la tendance de fond : depuis les années 1970, le recul de l’agriculture et l’extension naturelle de la forêt rendent les paysages du Sud-Est « plus favorables aux incendies », l’urbanisation croissante en bordure des massifs boisés multipliant par ailleurs les occasions de départ de feu. Neuf ans plus tard, ce même chercheur formule, à propos des incendies audois, un diagnostic quasiment identique : extension forestière, urbanisation au contact des boisements et embroussaillement lié à la déprise agricole.

Des chiffres qui documentent le recul du pâturage

Dans les Pyrénées-Orientales, la chambre d’agriculture avance des données précises : en 2014, une soixantaine d’éleveurs entretenaient encore par le pâturage 1 200 hectares de coupures de combustible dans les massifs à risque ; en 2020, cette surface était tombée à 440 hectares, faute de dispositifs d’accompagnement pérennes. Un recul cohérent avec les observations faites dans d’autres zones méditerranéennes d’Europe : en Grèce, une étude récente établit que les régions les plus exposées aux incendies dangereux, notamment en périphérie des villes, sont précisément celles où les populations pastorales ont le plus reculé — avec, dans certains cas, le remplacement de pâturages collectifs par des plantations d’essences très inflammables comme l’eucalyptus ou le pin.

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Cette dynamique n’est pas propre au bassin méditerranéen. Une note d’information consacrée au pastoralisme et à la biodiversité, publiée dans le cadre de l’Année internationale des pâturages et des éleveurs prévue pour 2026, souligne que ce même récit se répète à l’identique en Australie, aux États-Unis, et jusque dans des régions plus humides comme l’Irlande, où des collectivités locales font désormais paître des moutons en périphérie urbaine pour limiter le risque incendie.

Des politiques publiques qui tentent de réagir

Face à ce constat, certains territoires ont engagé des programmes structurés. Dans le Lot, département confronté à une centaine de départs de feu chaque année liés à l’embroussaillement, une politique de soutien aux Associations foncières pastorales libres a permis, depuis 2023, la création d’une vingtième structure de ce type, portant à 4 300 hectares la surface réhabilitée par le pâturage et à plus de 1 500 le nombre de propriétaires volontaires adhérents. Le dispositif, porté par le conseil départemental en lien avec la chambre d’agriculture locale, poursuit un triple objectif : valoriser des végétations diversifiées, compléter l’alimentation des troupeaux et limiter la progression de l’embroussaillement.

Ailleurs en Europe, des expériences comparables se développent : au Portugal, près de Rio Maior, des troupeaux de chèvres sont mobilisés pour créer des zones de discontinuité végétale capables de ralentir la progression des flammes. La géographe Pauline Villain-Carlotti, spécialiste du risque incendie citée par la radio suisse RTS, y voit une réponse à la fragilisation des paysages provoquée par l’urbanisation et l’abandon des pratiques agricoles traditionnelles, tout en rappelant que le feu, utilisé avec précaution — à l’image des brûlis dirigés pratiqués depuis des millénaires par les peuples aborigènes d’Australie — peut aussi devenir un outil de gestion des paysages plutôt qu’une seule menace à combattre.

Un facteur parmi d’autres, selon les scientifiques

Les chercheurs spécialisés appellent toutefois à la prudence face à une lecture trop unilatérale. Le ministère de la Transition écologique rappelle que la quasi-totalité des départs de feu reste d’origine humaine — malveillance, mégots, travaux, équipements —, tandis que les associations de protection de la biodiversité mettent en garde contre la tentation de faire du seul recul du pastoralisme, ou de la présence du loup, un bouc émissaire commode. Pour ces associations, la prévention des incendies passe aussi par le débroussaillement réglementaire, l’aménagement des lisières forestières et la responsabilisation du public.

Il n’empêche : d’un massif à l’autre, le même enchaînement revient dans les analyses de terrain comme dans la littérature scientifique — disparition du pastoralisme extensif, accumulation de biomasse sèche et propagation plus rapide des feux lors des épisodes climatiques extrêmes. De quoi interroger, alors que le changement climatique intensifie les sécheresses, la place réellement accordée aux éleveurs dans les politiques françaises de prévention des incendies.

Photo d’illustration : DR

[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.

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