La remigration en débat : la revue Éléments interroge le monde dissident

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À l’occasion de son numéro 220, consacré à la  remigration , la revue Éléments a prolongé sa réflexion en ligne en soumettant une même question à plusieurs figures du monde politique et culturel dissident : la remigration est-elle possible et souhaitable, et sous quelle forme ? À cela s’ajoute un entretien mené par sa correspondante à Rome avec un acteur italien du sujet. De ces contributions se dégage un panorama révélateur, où l’adhésion au principe se double de divergences profondes sur sa faisabilité et ses modalités.

Un concept passé des marges au débat central

Le premier constat, partagé par l’ensemble des intervenants, est celui d’un basculement. Comme le souligne Yann Vallerie, rédacteur en chef de Breizh-Info, la question de la remigration ne se pose plus, comme il y a vingt ans, dans les marges d’un débat tabou : elle s’invite désormais dans les grands quotidiens, les programmes politiques et les conversations familiales. Romain Petitjean, responsable du développement de l’Institut Iliade, y voit une « nécessité vitale » et salue les identitaires européens qui ont imposé cette idée, dont il observe la progression dans les sondages et les résultats électoraux.

La justification : sécuritaire ou civilisationnelle ?

C’est sur les fondements mêmes de la remigration que les contributeurs se distinguent. Yann Vallerie prend ses distances avec une partie de son propre camp en récusant les justifications sécuritaires ou religieuses : selon lui, la grande majorité des populations extra-européennes ne sont pas délinquantes, et réduire la question à l’islam reviendrait à en manquer l’objet. Il situe la vraie raison sur un plan civilisationnel, avançant qu’aucune société n’a jamais intégré durablement plus d’une certaine proportion d’apports issus de civilisations radicalement différentes, seuil qu’il estime empiriquement autour de cinq pour cent.

Romain Petitjean développe une lecture proche, centrée sur l’impossibilité d’assimiler des « peuples entiers » et sur la menace que ferait peser l’immigration afro-asiatique sur la cohésion identitaire et l’État social. Il insiste également sur la dimension internationale du phénomène, qu’il décrit comme un jeu perdant tant pour les pays d’accueil que pour les pays de départ, vidés de leurs forces vives par l’immigration dite « choisie ».

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Une faisabilité très diversement appréciée

Le clivage le plus net concerne la possibilité concrète d’une telle politique. Vallerie l’affirme sans détour : la remigration au sens d’un départ forcé et massif est aujourd’hui « un fantasme », qu’aucun gouvernement européen ne mettra en œuvre. Il plaide pour une voie réaliste articulée en trois volets : l’expulsion immédiate des étrangers en situation irrégulière, condamnés ou hostiles ; l’incitation au retour pour ceux qui le souhaitent ; et surtout une pression diplomatique, économique, voire militaire sur les pays de départ, condition selon lui la plus décisive et la plus négligée.

Philippe Randa, écrivain et éditeur, se montre le plus sceptique. Il doute que l’opinion publique française soit acquise à une expulsion par la force, et plus encore que l’appareil d’État en soit concrètement capable, les policiers et militaires étant à ses yeux avant tout des fonctionnaires. Il juge difficilement concevable de remigrer des familles françaises depuis plusieurs générations et désormais assimilées, mais propose des mesures ciblées : renvoi systématique des clandestins et délinquants vers leur continent d’origine, accords financiers avec les pays concernés, et nationalité française n’devenant définitive qu’après une quinzaine d’années sans condamnation grave.

L’écrivain Sylvain Roussillon ancre quant à lui sa réflexion dans un parcours personnel, ayant grandi dans des quartiers aujourd’hui « prioritaires » de Metz et Dijon, à l’époque populaires et calmes. Il attribue l’échec de l’intégration à la destruction concomitante du modèle intégrateur et des exigences pédagogiques, ainsi qu’à l’invention d’une culpabilité européenne. Favorable à l’arrêt de l’immigration et à une remigration qu’il sait douloureuse, il la compare au rapatriement des Français d’Algérie ou aux déplacements de populations en Europe au XXe siècle. Mais il insiste : elle n’a de sens qu’accompagnée d’un « réarmement moral » des autochtones, et d’un projet qu’il qualifie de « révolutionnaire » plutôt que conservateur.

La voix critique d’Alain de Benoist

Le philosophe Alain de Benoist apporte la contribution la plus distanciée. S’il juge évident que l’immigration de peuplement doit être freinée par tous les moyens, il interroge la cohérence même du projet remigrationniste. Le « retour au pays d’origine », observe-t-il, perd son sens dans le cas des familles mixtes ou lorsque les pays concernés refusent de reprendre leurs ressortissants. Surtout, il rappelle que les individus doivent être jugés sur ce qu’ils font, non sur ce qu’ils sont, et redoute toute forme nouvelle d’arbitraire.

De Benoist se distingue aussi par son pessimisme assumé : là où les partisans de la remigration sont selon lui « de très grands optimistes » persuadés que la catastrophe peut être évitée, il estime, lui, qu’elle a déjà eu lieu. Il précise enfin se placer dans une perspective non pas nationaliste mais « impériale » et fédéraliste, refusant aussi bien l’assimilation qu’une France qui deviendrait un État raciste.

Le cas italien : la remigration comme initiative législative

L’entretien accordé par Luca Marsella, cadre de CasaPound Italia et président du comité « Remigration et Reconquête », offre un contrepoint concret. Il y présente une proposition de loi d’initiative populaire, portée par quatre organisations, visant à inscrire la remigration dans le droit italien. Marsella relate ce qu’il décrit comme un « scandale institutionnel » lors de la présentation à la Chambre des députés, la conférence de presse ayant selon lui été empêchée par des parlementaires de gauche. Il affirme en retour un succès populaire massif, avec 150 000 signatures recueillies à travers le pays, et annonce une grande manifestation à Rome le 13 juin avant le dépôt officiel du texte. Évoquant des faits survenus à Modène, il reproche à la gauche d’invoquer systématiquement le trouble mental pour expliquer les violences, là où il voit une « incompatibilité culturelle ».

Au terme de ce focus, une cohérence d’ensemble se dessine, traversée de lignes de faille significatives. Tous les intervenants partagent le diagnostic d’une immigration de peuplement jugée intenable et l’idée qu’une inversion des flux est nécessaire. Mais les divergences sont réelles : sur la justification, civilisationnelle pour les uns, plus large pour les autres ; sur la faisabilité, du volontarisme de Petitjean au scepticisme de Randa ; et sur l’horizon même, entre l’optimisme militant des plus engagés et le constat désabusé d’un de Benoist pour qui le processus est déjà irréversible. C’est tout l’intérêt de ce dossier que de donner à voir, au-delà du mot d’ordre commun, la diversité des analyses qui le sous-tendent.

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