Il y a des nuits de Coupe du monde qui condensent à elles seules tout ce qu’on aime du football : des favoris à terre, des outsiders qui dansent, des gardiens héroïques et des dénouements aux tirs au but à s’en arracher les cheveux. Les seizièmes de finale du Mondial 2026 ont offert cette soirée-là. Sortie de l’Allemagne, frayeur brésilienne, épopée marocaine : récit d’une nuit à rebondissements.
L’Allemagne coule encore, le Paraguay exulte
Le contraste, à Foxborough, résumait tout. D’un côté des Paraguayens en transe devant leur banc ; de l’autre des Allemands effondrés, certains allongés, le visage dans les mains. La Nationalmannschaft est tombée dès les seizièmes, au terme d’un match d’une rare pauvreté (1-1, 4 t.a.b. à 3), et le mot n’est pas trop fort.
Car la possession allemande a tourné à la caricature : plus de 80 % du ballon, et une incapacité chronique à se montrer dangereux. Des allures de match de Coupe de France, où le Petit Poucet sud-américain a frappé le premier par Enciso (42e). Havertz a bien recollé rapidement après la pause (54e), mais la Mannschaft n’a quasiment plus rien produit, hormis quelques têtes. Le coup de grâce psychologique est même venu en prolongation, avec un but de Tah refusé après recours à la VAR (102e). Aux tirs au but, le Paraguay a fait preuve d’un sang-froid supérieur. Pour l’Allemagne, déjà éliminée au premier tour des deux dernières éditions, c’est un nouvel abîme.
Et si le Paraguay attendait les Bleus ?
Cette qualification paraguayenne a un parfum très particulier pour les supporters français. En cas de succès face à la Suède, l’équipe de France retrouverait en effet le Paraguay en huitièmes — un remake de 1998. Cette année-là, à Bollaert, les hommes d’Aimé Jacquet avaient dû s’employer jusqu’aux prolongations pour écarter ces mêmes Paraguayens, sur un but en or de Laurent Blanc, règle depuis disparue. Le héros de la séance de mardi soir, le défenseur central José Canale, transformé après deux balles de match manquées par les siens, n’imaginait peut-être pas qu’il venait de relancer un vieux duel.
Le Brésil sauvé in extremis par Martinelli
On a cru un moment que la soirée réserverait une autre sensation. Mené par le Japon après l’ouverture du score de Sano (29e), le Brésil a longtemps offert un visage navrant. Possession stérile, Vinicius Jr trop axial, un entrejeu Casemiro-Danilo dépassé : la Seleçao de Carlo Ancelotti a frôlé l’humiliation, d’autant que c’est une perte de balle de Danilo qui avait lancé l’ouverture du score nippone.
Casemiro a remis les siens à hauteur d’une tête après la pause (56e), mais il a fallu attendre l’ultime minute du temps additionnel pour voir le Brésil se libérer : un ballon récupéré aux abords de la surface, une passe de Bruno Guimaraes et un enchaînement de grande classe de Gabriel Martinelli pour fusiller le gardien japonais. Ouf. La Seleçao file en huitièmes, où l’attend la Côte d’Ivoire ou la Norvège, mais devra montrer infiniment plus pour viser un sixième sacre. À noter : un Neymar remplaçant, à peine échauffé, resté sur la glacière. Même en souffrance, le Brésil s’est passé de lui — pas le meilleur des signaux pour l’ancien Parisien.
Le Maroc force encore son destin
L’autre épopée de la nuit est venue de Guadalupe, où le Maroc a fait chavirer son immense public. Face à des Pays-Bas arc-boutés sur un bloc défensif (un 3-4-3 se repliant aussitôt en 5-4-1), les Lions de l’Atlas ont longtemps buté sur le mur batave et sur un Bart Verbruggen impérial, auteur d’un superbe duel de gardiens avec Yassine Bounou.
Cody Gakpo avait ouvert le score (72e), un but chargé d’émotion au vu du drame personnel qu’il traversait. Mais le Maroc, demi-finaliste au Qatar, n’a jamais renoncé : Issa Diop a égalisé dès la première minute du temps additionnel (90e+1), reprenant un centre rentrant. Et lors d’une séance de tirs au but irréelle — trois frappes sur dix repoussées par les montants —, c’est Ismael Saibari qui a transformé le dixième et dernier tir pour envoyer les siens en huitièmes (1-1, 3-2 t.a.b.). Pour les Pays-Bas, c’est une troisième élimination consécutive en Coupe du monde aux tirs au but, et une première sortie dès ce stade dans leur histoire. En huitièmes, le Maroc défiera le Canada, pays hôte, et continuera d’écrire la sienne, d’histoire.
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