Euro numérique, vérification d’âge, Chat Control : Bruxelles construit-elle une architecture de surveillance par étapes ?

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Trois dossiers numériques européens, présentés séparément par Bruxelles comme des réponses techniques à des problèmes bien identifiés, dessinent ensemble une architecture de contrôle bien plus vaste. C’est la thèse défendue par l’analyste Javier Villamor dans une tribune publiée le 6 juillet qui met en regard l’euro numérique, la future application européenne de vérification d’âge et le dispositif controversé « Chat Control ».

Trois dossiers, une même logique

L’euro numérique est présenté par ses promoteurs comme un outil de souveraineté monétaire, destiné à réduire la dépendance européenne aux systèmes de paiement privés et non-européens — Visa, Mastercard, Apple Pay ou Google Pay. L’auteur ne conteste pas la légitimité de cet objectif : aucun bloc économique sérieux, souligne-t-il, ne peut laisser ses paiements, son énergie ou ses réseaux technologiques entre des mains étrangères.

C’est le glissement de ce raisonnement, de la monnaie vers l’identité et la vie privée, qui inquiète l’auteur. La Commission européenne a annoncé en avril la mise en service prochaine d’une application de vérification d’âge, permettant de prouver son âge lors de l’accès à certaines plateformes numériques, activable via un passeport ou une pièce d’identité. Plusieurs États membres envisageraient déjà de l’intégrer à leurs portefeuilles d’identité numérique nationaux. L’objectif affiché — protéger les mineurs des contenus nuisibles, du design addictif ou des prédateurs — n’est, là non plus, pas remis en cause dans son principe.

Chat Control, la ligne rouge des communications privées

Le troisième volet, Chat Control, touche directement aux communications privées. Le 2 juillet, le Conseil de l’Union européenne a adopté sa position pour reconduire une mesure provisoire autorisant les fournisseurs de services à détecter et supprimer volontairement des contenus pédopornographiques, en attendant l’adoption d’un cadre législatif permanent. L’auteur relève que le Conseil reconnaît lui-même qu’il s’agit d’une dérogation aux règles de protection des données dans les communications électroniques — la même protection dont la violation a longtemps valu des sanctions aux opérateurs, désormais mise entre parenthèses au nom de la lutte contre un fléau réel.

Le risque de la « dérive fonctionnelle »

L’article s’appuie sur le concept anglo-saxon de function creep — la dérive fonctionnelle — pour décrire le risque qu’un outil créé pour un objectif légitime et circonscrit voie progressivement son usage étendu à d’autres finalités. Le scénario esquissé par l’auteur suit une progression : une exception pour protéger les mineurs, puis une autre pour les infractions sexuelles, puis le terrorisme, puis la haine en ligne ou la désinformation — jusqu’à ce que toute catégorie définie comme un « risque public » par le pouvoir politique du moment justifie une nouvelle extension du dispositif.

L’auteur prend soin de préciser qu’il n’est pas nécessaire de prêter à Bruxelles une intention autoritaire pour s’inquiéter de cette trajectoire : selon lui, les infrastructures technologiques survivent aux intentions de ceux qui les créent, et peuvent ensuite être réorientées par d’autres acteurs, à d’autres fins.

Une même question de fond

Pris séparément, résume l’article, chacun de ces trois dossiers relève d’un débat technique. Mis bout à bout, ils posent une seule et même question : qui contrôle la monnaie, qui contrôle l’accès aux services numériques, et qui peut inspecter les conversations privées des citoyens européens. Pour l’auteur, la dérive fonctionnelle ne nécessite ni révolution ni rupture brutale — seulement de la patience, une infrastructure déjà en place, et de bonnes justifications, dont Bruxelles, selon lui, ne manque pas.

Photo : DR

[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.

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