Figure majeure de l’unionisme nord-irlandais et artisan du retour des institutions de Belfast alors que Londres avait repris la main, Sir Jeffrey Donaldson a été reconnu coupable, lundi, de dix-huit infractions sexuelles commises sur deux enfants il y a plus de trente ans. L’ancien dirigeant du DUP, placé en détention immédiate, encourt une lourde peine de prison. Une chute spectaculaire pour celui qui incarnait jusqu’alors la respectabilité unioniste.
Un verdict accablant
Devant la Crown Court de Newry, au sud de Belfast, un jury composé de cinq femmes et sept hommes a déclaré Donaldson, 63 ans, coupable de l’ensemble des charges retenues contre lui : un viol, treize agressions indécentes et quatre faits d’attentat à la pudeur. Les victimes, désignées comme plaignantes A et B, étaient des enfants au moment des faits, qui s’étendent de 1985 à 2008. Impassible, les mains jointes dans le box, l’accusé n’a montré aucune émotion à l’énoncé du verdict. Le juge Paul Ramsey a d’ores et déjà prévenu qu’une longue peine d’emprisonnement était inévitable.
Fait aggravant, le jury a également estimé que l’épouse de l’ancien dirigeant, Eleanor Donaldson, avait facilité les agissements de son mari. Jugée inapte à comparaître pour des raisons de santé mentale, elle a fait l’objet d’un « procès des faits », procédure qui examine les preuves sans déboucher sur une condamnation pénale.
Une trajectoire politique brisée net
La condamnation parachève l’effondrement d’un homme qui a longtemps dominé l’unionisme nord-irlandais. Né dans une famille presbytérienne du village de pêcheurs de Kilkeel, ancien membre de l’Ulster Defence Regiment durant les Troubles, Donaldson avait d’abord milité au sein de l’Ulster Unionist Party avant de claquer la porte, en 2003, pour rejoindre le Democratic Unionist Party. Opposant farouche à l’Accord du Vendredi saint de 1998, il était devenu député de Lagan Valley à Westminster en 1997, fonction qu’il occupa pendant vingt-sept ans.
Élu à la tête du DUP en 2021, il s’était imposé comme un négociateur habile, jouant un rôle central dans les tractations post-Brexit sur le statut de l’Irlande du Nord. En février 2024, il était parvenu à ramener son parti au gouvernement partagé de Stormont, un succès salué comme le sommet de sa carrière. Quelques semaines plus tard, fêté à Washington pour la Saint-Patrick, il paraissait au faîte de sa puissance. C’est précisément à ce moment que tout a basculé.
Une arrestation qui a sidéré Westminster
Le 28 mars 2024, Donaldson était arrêté par la police nord-irlandaise et inculpé. Dès le lendemain, il démissionnait de la direction du DUP, qui suspendait son adhésion et effaçait son nom et son image de son site internet, avant de confier la direction du parti à Gavin Robinson. Donaldson, qui clamait son innocence et accusait les plaignantes de mentir, ne s’était pas représenté aux législatives de juillet 2024.
Le procès, étalé sur quatre semaines, a mis au jour des faits glaçants. L’une des victimes a raconté avoir été violée alors qu’elle était en âge d’école primaire ; l’autre a évoqué des attouchements et des actes commis durant son enfance. L’accusation a notamment produit une lettre écrite par Donaldson en 2020, dans laquelle il exprimait des regrets pour la « douleur » causée et implorait le pardon pour sa « nature pécheresse » — un courrier que l’intéressé affirmait sans rapport avec les abus. La défense, elle, plaidait l’absence de preuve matérielle et appelait le jury à ne pas se laisser emporter par l’émotion. En vain.
Des appels à le déchoir de son titre de chevalier
Le verdict a suscité une vague de réactions à travers tout l’échiquier politique. Le nouveau chef du DUP a déclaré que Donaldson devait désormais subir toute la rigueur de la loi, dénonçant l’abus de la confiance placée en lui et qualifiant les faits d’« ignobles ». Plusieurs responsables, dont le chef de l’UUP et celui du Traditional Unionist Voice, ont réclamé qu’il soit déchu du titre de chevalier (knighthood) qui lui avait été décerné en 2016 pour services rendus à la vie politique. De Sinn Féin au SDLP, les dirigeants ont unanimement salué le courage des deux victimes, qui avaient signalé les faits à la police en 2024 et tenu bon malgré les délais de procédure et les dénégations de l’accusé. Les associations de protection de l’enfance ont, elles aussi, rendu hommage à leur ténacité.
Cette affaire laisse le DUP profondément ébranlé. Le parti, qui avait déjà perdu trois sièges aux législatives de 2024 dans le sillage du scandale, dispose désormais d’un répit jusqu’aux prochaines élections régionales prévues en 2027 pour tenter de se reconstruire. Mais l’ombre de la chute de celui qui fut son chef continuera longtemps de planer sur lui.
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