Pédocriminalité : non, la parole de l’enfant ne suffira pas [L’Agora]

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Dans un pays qui estime les agressions sexuelles annuelles sur mineurs à 160 000, qui enregistre une augmentation de 12 000 % en 10 ans des signalements d’actes pédocriminels et qui ne parvient qu’en 2026 à écarter 4 800 prédateurs sexuels du secteur de la petite enfance, la récente relaxe du premier inculpé pour agressions sexuelles sur mineurs dans le dossier du périscolaire parisien a une forte portée symbolique. Cette sentence prouve que sans changement radical de substance de la « justice », les pédocriminels ont de beaux jours devant eux.

Le premier animateur du périscolaire parisien accusé d’agressions sexuelles et de harcèlement sur neuf écolières de CM2, a été acquitté au motif que « l’infraction n’est pas suffisamment caractérisée ». Les juges ont fondé leur décision sur le principe du « doute profite au prévenu ».

L’évaluation de ces affaires reste, certes, délicate. Les décisions judiciaires reposent sur un équilibre complexe entre la protection de l’enfance et le respect de l’État de droit. Mais force est de constater que la primauté est souvent donnée au droit de l’accusé, et ce, même dans un contexte de multiplication des abus commis sur les mineurs.

Dans le cas présent, le légalisme strict a prévalu sur le principe de précaution : en l’absence de preuve, les juges ont, non seulement relaxé l’accusé, mais ils ont aussi considéré qu’il n’y avait aucun empêchement à ce qu’il retravaille avec des mineurs. Ils n’ont pas tenu compte du profil de l’accusé qui avait pour habitude de raconter des histoires de meurtre et de viols en y ajoutant des gestes à connotation sexuelle à des élèves d’élémentaire, et qui était considéré comme suspect aux yeux de la responsable du périscolaire qui le trouvait un peu trop proche des enfants. Dans le doute… il peut.

Le principe de précaution est ainsi sacrifié. Les juges se retranchent derrière un respect strict de la légalité — une intransigeance pourtant bien sélective quand on la compare à la flexibilité dont bénéficient les agriculteurs ou les militants politiques.

Et rappelons le contexte : ce verdict tombe alors que le scandale du périscolaire, de l’ASE et du martyre de la petite Lyhanna — victime d’un prédateur protégé par l’inertie institutionnelle — défraient la chronique. On imagine donc ce que sont les sentences rendues dans des moments moins médiatisés, quand l’impunité ordinaire s’exerce à l’abri des regards. Nul besoin de spéculer, les chiffres du ministère de la Justice parlent d’eux-mêmes : le taux de condamnation pour viol sur mineur s’effondre à seulement 3 % des plaintes déposées.

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Certes, la complexité de ces affaires réduit souvent les procès au face-à-face délétère entre la parole de l’enfant et celle de l’accusé. Mais un sexe dans la bouche d’un enfant ne laisse pas de trace. Face à une pédocriminalité qui a littéralement explosé ces dernières décennies, notre système judiciaire peut-il encore se résigner au doute ? Peut-il se contenter de croire – ou plutôt, comme c’est le cas actuellement, de ne pas croire – à la parole de l’enfant ? Non, l’institution judiciaire ne peut plus se retrancher derrière cette absence de preuves.

Lorsque le doute subsiste, la sécurité des enfants ne peut pas être sacrifiée sur l’autel des vices de procédure. Un mécanisme de sauvegarde doit immédiatement concrétiser le doute et exclure définitivement les suspects relaxés de l’entourage des mineurs. Les juges, investis de la mission de rendre la justice au nom du peuple français, doivent d’urgence faire le choix du courage et de la prévention.

Car les prédateurs d’enfants sont malins… et instruits : sur le dark web, de véritables manuels de formation pédocriminelle circulent en masse où ils apprennent à manipuler l’entourage pour obtenir la garde d’un enfant, à effacer méticuleusement leurs traces (sur l’enfant et dans leur ordinateur) et à imposer le silence à leurs victimes. Face à une telle habileté et à une telle organisation méthodique, nos magistrats ne font pas le poids. Guidés par une posture de sauveurs et convaincus que tout individu est réhabilitable, ils font preuve d’une naïveté dont nos enfants paient directement le prix fort.

Il ne s’agit évidemment pas de mettre des innocents en prison. Mais, dans un contexte d’explosion des violences faites aux enfants, le principe de précaution doit primer sur « le doute profite au prévenu ». Dans la même logique, l’adage juridique, cher notamment à Robert Badinter ou Éric Dupond-Moretti, qui veut qu’il soit « préférable de voir cent coupables en liberté qu’un seul innocent en prison » doit être renversé.

Je l’affirme haut et fort : il est préférable de condamner à tort un innocent plutôt que de laisser un seul pédocriminel échapper à la justice.

Audrey D’Aguanno

Photo d’illustration : DR

[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.

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