Grooming gangs : Oldham, Bradford-Keighley et Londres, premières villes ciblées par l’enquête nationale britannique

Publicité

L’enquête publique indépendante sur les grooming gangs au Royaume-Uni vient de dévoiler les premières zones qu’elle examinera : Oldham, Bradford et Keighley, ainsi que Londres. Présidée par la baronne Anne Longfield, ancienne commissaire à l’enfance, cette commission statutaire a le pouvoir de contraindre individus et institutions à rendre des comptes. Une étape attendue depuis longtemps par les victimes — mais qui intervient quelques jours seulement après la publication d’un rapport privé autrement plus frontal, le rapport Lowe, qui accuse l’État britannique dans son ensemble.

Trois territoires pour commencer

Oldham, Bradford-Keighley et Londres constitueront donc les trois premières enquêtes locales, d’autres zones devant être annoncées dans les mois à venir. Oldham avait déjà été désignée l’an dernier comme territoire prioritaire par la ministre de l’Intérieur d’alors, Yvette Cooper, les survivantes locales ayant jugé « trop limitée » une revue menée en 2022.

Concernant Bradford et Keighley, l’enquête souligne que des inquiétudes y ont été soulevées pendant de nombreuses années par les victimes et survivantes, un élément qui a pesé dans la décision. Le nouveau chef de file Reform UK du conseil municipal, Stephen Place, avait écrit à la baronne Longfield pour réclamer l’inclusion de la ville. Le député de Keighley et Ilkley, Robbie Moore, y voit « un tournant significatif » et appelle l’enquête à « chercher la vérité, aussi horrible soit-elle ».

Londres, enfin, présentera selon la commission « un contexte différent en raison de son échelle et de sa complexité », avec ses multiples arrondissements et ses systèmes administratifs enchevêtrés. Un reportage de la BBC diffusé en janvier avait révélé que des filles d’à peine 13 ans y étaient exploitées sexuellement par des groupes d’hommes — des conclusions qui ont contribué à l’inclusion de la capitale.

Publicité

Des auditions nationales et des précédents réexaminés

Les premières auditions porteront sur les ministères, la police, le Crown Prosecution Service, les conseils municipaux et le NHS. La commission relève que, malgré 800 recommandations déjà identifiées, leur mise en œuvre a souffert d’une « incohérence significative ». L’enquête réexaminera aussi les évolutions intervenues dans des villes ayant déjà fait l’objet de revues, comme Oxford et Rotherham. Dans cette dernière, un rapport indépendant publié par la professeure Alexis Jay en 2014 avait estimé à 1 400 le nombre de filles abusées entre 1997 et 2013 par des gangs d’hommes majoritairement d’origine pakistanaise. Les auditions nationales doivent débuter avant la fin de l’année.

La baronne Longfield dit espérer qu’au terme de ses travaux « plus aucune enquête sur les grooming gangs ne sera jamais nécessaire ». La commission, établie par Keir Starmer en juin 2025 après des mois d’atermoiements politiques, a toutefois connu des turbulences : cinq survivantes ont réclamé la démission de la ministre chargée de la protection de l’enfance, Jess Phillips, et la survivante Fiona Goddard a quitté le panel en octobre 2025, s’inquiétant que deux des présidents pressentis soient issus de la police et des services sociaux. « Bradford a échappé aux enquêtes pendant de très nombreuses années, et il est temps que toute la vérité éclate », a-t-elle déclaré.

En arrière-plan : le réquisitoire du rapport Lowe

Cette enquête officielle ne peut se lire sans le contrepoint qui la précède de quelques jours. Le 16 juin 2026, le député de Great Yarmouth et fondateur de Restore Britain, Rupert Lowe, a publié un rapport de 212 pages issu de seize mois de travaux, entièrement financé par le public — plus de 764 000 livres levées auprès de 22 000 contributeurs. Dépourvue de pouvoirs statutaires, cette enquête revendique précisément cette liberté pour aborder ce que la commission officielle, selon elle, contourne.

Le document avance une estimation plancher de 250 000 victimes à l’échelle nationale, par extrapolation des données de Rotherham, Telford et Oxford. Il documente des défaillances en cascade de chaque institution — police criminalisant les victimes, services sociaux plaçant des enfants dans des foyers servant de plaques tournantes, NHS enregistrant blessures et grossesses sans signalement, justice n’invoquant jamais la circonstance aggravante raciste. Surtout, le rapport Lowe vise nommément la responsabilité politique, désignant le Parti travailliste comme premier responsable d’une dissimulation longue et délibérée.

C’est là que le bât blesse pour l’enquête officielle. Le rapport Lowe qualifie sans détour la commission Longfield d’« exercice de confinement », estimant que ses termes de référence, finalisés en mars 2026, excluent délibérément tout examen systématique du profil démographique, culturel et religieux des auteurs. En clair : une enquête structurée, selon ses détracteurs, pour ne pas pouvoir déranger le consensus politique qui a permis aux réseaux de prospérer.

Une attente, et une méfiance

L’annonce des premières villes a été saluée par des figures qui militent de longue date sur le sujet. La députée de Rotherham, Sarah Champion, engagée depuis plus de dix ans sur la protection de l’enfance, s’est dite « ravie » de cette décision, qu’elle juge « juste si l’on veut comprendre le tableau d’ensemble ».

Reste la question de fond, que le décalage entre les deux démarches met en lumière : l’enquête statutaire, avec ses pouvoirs de contrainte mais ses limites assumées, parviendra-t-elle à établir une vérité que ses critiques jugent d’emblée bornée ? Ou bien la pression d’initiatives privées comme celle de Rupert Lowe finira-t-elle par forcer l’État à regarder en face les dimensions qu’il préférerait laisser dans l’ombre ? Les prochains mois, et l’annonce des zones suivantes, en diront long sur les intentions réelles.

Publicité
Cet article vous a plu, intrigué, ou révolté ?

PARTAGEZ L'ARTICLE POUR SOUTENIR BREIZH INFO

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

ARTICLES EN LIEN OU SIMILAIRES

A La Une, International

Eva Vlaardingerbroek : « Le Grand Remplacement n’est plus une théorie, c’est une réalité » [Interview]

Découvrir l'article

International

Royaume-Uni : l’ex-chef du DUP d’Irlande du Nord, Jeffrey Donaldson; reconnu coupable de viol et d’abus sexuels sur enfants

Découvrir l'article

International

La poutre britannique et le fétu européen : quand Londres donne des leçons d’anarchie au continent

Découvrir l'article

International

Royaume-Uni. « Ils ne voulaient pas d’un nouveau Southport » : comment la police a fait taire la mère d’une victime de l’immigration

Découvrir l'article

International

Royaume-Uni : Keir Starmer poussé vers la sortie, Andy Burnham en embuscade

Découvrir l'article

A La Une, International

Rupert Lowe : l’homme qui veut restaurer la Grande-Bretagne

Découvrir l'article

International

Grooming gangs : le youtubeur Maudit Malin décrypte en vidéo le rapport Rupert Lowe

Découvrir l'article

International, Sociétal

Quand la police change de camp, elle devient l’ennemi [L’Agora]

Découvrir l'article

A La Une, International

Grooming Gangs au Royaume-Uni : le rapport Lowe, 212 pages qui mettent l’État britannique en accusation

Découvrir l'article

International

Manchester : l’activiste pro-remigration « Young Bob », 17 ans, roué de coups en pleine rue [Vidéo]

Découvrir l'article

Nous utilisons des cookies pour vous garantir la meilleure expérience sur Breizh Info. Si vous continuez à utiliser le site, nous supposerons que vous êtes d'accord.