L’Afrique réelle n°201. Bernard Lugan décrypte la crise de Ceuta et la guerre ethnique au Mali

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Le numéro 201 de L’Afrique Réelle, la lettre mensuelle par Internet de Bernard Lugan, paraît ce mois de septembre 2026 avec deux dossiers principaux : la question de Ceuta et Melilla d’une part, le conflit multiséculaire entre Peul et Dogon au Mali d’autre part.

Ceuta : les quatre clés d’une crise

En éditorial, Bernard Lugan revient sur les événements récents de Ceuta, dont il identifie plusieurs causes convergentes. À l’origine, un appel d’air migratoire créé par l’annonce espagnole de régularisation d’un demi-million de clandestins, suivi de la décision de la Cour suprême de Madrid de non-refoulement des migrants arrivés par la mer. Second facteur : la mobilisation de l’ensemble des services de sécurité marocains autour de la fête du trône, cible prioritaire pour les terroristes — plusieurs cellules avaient été neutralisées dans les jours précédents —, mobilisation qui a mécaniquement dégarni les effectifs habituellement chargés de bloquer les passages clandestins.

L’auteur souligne également l’exploitation politique intense qu’en a faite l’Algérie, dans le contexte du Sahara occidental. Un point qu’il juge insuffisamment relevé par les observateurs, alors que le Conseil de sécurité de l’ONU doit renouveler ou modifier le mandat de la MINURSO le 31 octobre 2026, conformément à la résolution 2797 d’octobre 2025 qui considère le plan d’autonomie marocain comme la base la plus réaliste, crédible et pragmatique pour un règlement.

Six siècles d’histoire ibérique sur la rive nord du Maroc

Le dossier consacré à Ceuta et Melilla retrace l’histoire longue de ces deux villes autonomes espagnoles enclavées en territoire marocain, seule frontière terrestre entre l’Union européenne et l’Afrique. Ceuta, fondée par les Phéniciens au VIIe siècle avant J.-C. sous le nom d’Abyla puis rebaptisée Hepta Adelphoi par les Grecs et Septem Fratres par les Romains, fut successivement carthaginoise, romaine, byzantine, puis marocaine sous les Idrissides, Almoravides, Almohades et Mérinides. C’est de Ceuta que partit en 1086 l’expédition almoravide qui allait remporter la bataille de Zallaqa contre Alphonse VI de Castille.

La ville est conquise par le Portugal le 21 août 1415, au terme d’une opération menée par le roi Jean Ier et ses fils, dont Henri le Navigateur, avec 45 000 à 50 000 hommes embarqués sur 200 navires. Elle passe sous souveraineté espagnole en 1580 lors de l’union dynastique des deux couronnes, choix confirmé lors du recouvrement de l’indépendance portugaise en 1640 puis officialisé par le traité de Lisbonne de 1668. Melilla, l’antique Rusadir phénicienne, est prise par les Castillans en septembre 1497.

Le numéro détaille également le statut des autres « Plazas de soberania » : l’île de Perejil — théâtre en 2002 d’un bref épisode militaire hispano-marocain —, les îles Chafarines, espagnoles depuis 1848, et le rocher de Badis, réoccupé définitivement en 1564.

Une querelle juridique sans issue

Le dossier expose de manière contradictoire les arguments des deux parties. Pour l’ONU, Ceuta et Melilla ne remplissent pas les critères des territoires non autonomes : elles ne relèvent pas de la colonisation moderne (1880-1960), sont pleinement intégrées à l’État espagnol, leur population jouit de la citoyenneté espagnole et ne revendique pas l’indépendance, et elles n’ont jamais été intégrées au protectorat espagnol de 1912-1956.

En regard, L’Afrique Réelle reproduit un extrait de l’analyse de Samir Bennis, publiée dans Le 360 le 18 août 2026, qui rappelle notamment le rôle de « l’Esprit de Barajas » : lors de la rencontre du 6 juillet 1963 entre Hassan II et Franco, le Maroc accepta de dissocier la question de Ceuta et Melilla des autres différends territoriaux, sa priorité étant alors d’obtenir des négociations bilatérales sur le Sahara. C’est cette mise en veilleuse volontaire, et non une décision de l’ONU, qui explique l’absence des deux villes de la liste des territoires à décoloniser.

Peul contre Dogon : un conflit de longue durée

Le second dossier s’attaque aux affrontements meurtriers qui opposent Peul et Dogon au Mali, présentés non comme un phénomène récent mais comme la résurgence d’un antagonisme séculaire simplement mis entre parenthèses par la colonisation.

Bernard Lugan rappelle que l’installation des Dogon dans la région pauvre des falaises de Bandiagara ne fut pas un choix mais l’aboutissement d’un repli devant la poussée musulmane peul et la chasse à l’esclave, le Coran interdisant la vente des musulmans et les Dogon étant restés résolument païens. Trois jihads peul dévastèrent l’ouest sahélien avant la colonisation : celui d’Ousmane dan Fodio à partir de 1804, celui de Seku Ahmadou au Macina à partir de 1818, et celui d’El-Hadj Omar à partir de 1852 — ce dernier trouvant d’ailleurs la mort en 1864 en plein pays dogon.

L’article souligne que le souvenir de ces épisodes diffère radicalement selon qu’il est raconté par les Peul, pour qui Seku Ahmadou et El-Hadj Omar sont des héros, ou par les Bambara et les Dogon, qui y voient des conquérants dont l’impérialisme pillard fut camouflé sous un justificatif religieux. La conquête française de 1893 permit aux Dogon de redescendre des falaises pour se réinstaller dans la plaine, ce que les Peul interprétèrent comme un vol de leurs pâturages, donnant naissance à l’actuel enchevêtrement de villages dogon et de campements peul.

Le dossier s’appuie notamment sur l’article de référence de Mirjam de Bruijn, Walter van Beek et Rijk van Dijk sur les relations entre Peuls et Dogons du Mali, dont sont tirés plusieurs exemples de la dimension symbolique et rituelle de ce contentieux. L’auteur y voit une réfutation des thèses de certains africanistes français — il cite Jean-Pierre Chrétien, Jean-Loup Amselle et Catherine Coquery-Vidrovitch — selon lesquelles les ethnies africaines seraient des créations coloniales.

Relire Yves Urvoy

Le numéro se clôt sur une rubrique historique consacrée à Yves Urvoy (1900-1944), officier, historien, géographe et ethnologue français né à Orléansville, mort assassiné après avoir été torturé par un groupe de FTP communistes dans le Lot-et-Garonne. Figure des « officiers-savants » de l’entre-deux-guerres, membre du Comité d’études historiques et scientifiques de l’AOF, il laisse des travaux de référence sur les populations du Sahel. L’Afrique Réelle en reproduit un extrait de son ouvrage posthume Histoire du Bornou, publié en 1949 par l’IFAN, consacré aux rapports entre nomades du nord sahélien et sédentaires du sud — une problématique que l’auteur juge éclairante pour comprendre les conflits actuels.

Informations pratiques

L’Afrique Réelle est une lettre mensuelle au format PDF, diffusée uniquement par abonnement, née en 2010 et qui entame sa 17e année de parution. L’abonnement annuel simple donne accès aux 12 numéros de l’année ainsi qu’aux communiqués et analyses de Bernard Lugan. Renseignements sur www.bernard-lugan.com.

[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.

Breizh-info.com, 2026, dépêches libres de copie et de diffusion sous réserve de mention obligatoire et de lien do follow vers la source d’origine.

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Une réponse à “L’Afrique réelle n°201. Bernard Lugan décrypte la crise de Ceuta et la guerre ethnique au Mali”

  1. Tirpitz dit :

    Bernard Lugan, l’homme qui comprend l’Afrique de la seule manière qui vaille : l’ethnie.

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