100 milliards de rands, soit environ 5,3 milliards d’euros : c’est le montant du « fonds de transformation » que le gouvernement sud-africain met en place pour financer exclusivement les entreprises détenues par des Noirs. Un dispositif que Russell Lamberti, directeur exécutif et chef économiste de l’organisation patronale Sakeliga, qualifie sans détour de « taxe blanche » — et contre lequel son organisation a engagé des poursuites judiciaires.
20 milliards de rands par an pendant 5 ans
Le projet a été proposé il y a 2 ans par le ministre du Commerce et de l’Industrie, Parks Tau, puis officialisé par le président Cyril Ramaphosa lors de son discours sur l’état de la nation de 2025 : 20 milliards de rands par an pendant 5 ans, destinés aux entreprises détenues par des Noirs et aux petites entreprises, avec un accès privilégié aux marchés publics pour les entreprises détenues par des femmes, des jeunes et des personnes handicapées.
Le fonds sera administré par le National Empowerment Fund (NEF) et alimenté conformément aux codes du BBBEE (Broad-Based Black Economic Empowerment), le vaste système de discrimination positive raciale en vigueur depuis la fin de l’apartheid. Concrètement, les entreprises sont tenues de verser l’équivalent de 3 % de leur bénéfice net annuel après impôt pour le développement de fournisseurs noirs. En juin 2026, Cyril Ramaphosa a confirmé que la « transformation » restait un pilier central du programme économique gouvernemental, invoquant un impératif constitutionnel et économique de correction des structures de propriété héritées du passé, via les lois sur la concurrence, la législation BEE et les marchés publics préférentiels.
« Payez la taxe, et vous pourrez participer »
Pour Russell Lamberti, ces fonds de transformation qui se multiplient constituent une nouvelle étape du BEE : au lieu de structurer des montages capitalistiques complexes, les entreprises versent désormais directement de l’argent dans une caisse gouvernementale, via des « équivalents d’équité ». « Payez simplement la « taxe blanche », pour pouvoir participer », résume l’économiste, qui décrit un droit d’entrée racial dans l’économie sud-africaine.
Au-delà de la question éthique, Lamberti pointe un coût considérable pour les entreprises, que le gouvernement peut relever à sa discrétion. Il rappelle que les Blancs sont la cible première des réglementations d’empowerment économique noir et d’équité en matière d’emploi : restrictions d’activité économique ciblées par race depuis des décennies, volonté de déposséder les entreprises de leur actionnariat et d’écarter les salariés « de la mauvaise couleur ». Des restrictions dont les conséquences négatives, souligne-t-il, frappent à peu près tout le monde en Afrique du Sud. Sakeliga refuse le dispositif et le combat devant les tribunaux.
Des critiques jusque dans la coalition gouvernementale
La contestation ne vient pas seulement du monde patronal. Le député Toby Chance, critique virulent du fonds, y voit un puits sans fond pour l’argent des contribuables, sans contrôle réel ni résultats tangibles. Selon lui, le dispositif va « perpétuer le même cycle de mauvaise gestion » qui plombe la croissance sud-africaine, et produira du gaspillage financier et du copinage politique plutôt qu’une réelle émancipation économique.
Le Freedom Front Plus, parti de la minorité afrikaner pourtant membre du gouvernement d’union nationale, partage ce constat : l’objectif initial du BEE — l’émancipation économique des Sud-Africains noirs — n’a pas été atteint. Le système a été exploité pour enrichir une petite caste de milliardaires, tandis que la population s’appauvrissait.
Face à ces critiques, le ministre Tau promet une entité indépendante, un portail numérique de suivi des investissements en temps réel, des financements mixtes combinant subventions et crédits, et une gouvernance indexée sur la performance. Des garanties d’autant plus nécessaires que le National Empowerment Fund, appelé à administrer le dispositif, affiche un taux de créances douteuses de 32 % et un taux de recouvrement de 72 %. Le fonds doit être opérationnalisé autour de 4 piliers : accès aux marchés, aux financements, aux ressources, et plateforme de télémétrie.
[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.
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