Emploi des immigrés : le « record européen » que les chiffres français démentent

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Le titre annonce un record. Les tableaux racontent autre chose.

Publiée fin juillet par le CReAM, centre de recherche sur les migrations financé par la fondation Rockwool à Berlin, l’étude signée Christian Dustmann, Tommaso Frattini et Camilla Piovesan compile les données Eurostat sur l’emploi des immigrés dans l’Union européenne. Son message principal : les taux d’emploi des personnes nées à l’étranger ont atteint en 2025 leur plus haut niveau depuis 2017, toutes origines confondues.

C’est exact. Ce n’est pas faux non plus que les immigrés nés hors Union européenne sont passés de 59,4 % à 66,0 % de taux d’emploi entre 2017 et 2025, soit la plus forte progression des trois groupes étudiés.

Reste que 66 %, comparé aux 71,6 % des natifs et aux 74,8 % des immigrés européens, ne constitue un record que si l’on tient absolument à l’appeler ainsi. Un tiers des immigrés extracommunautaires en âge de travailler n’occupe aucun emploi.

La France en avant-dernière ligne

Le député européen Jean-Paul Garraud, président de la délégation française du groupe Patriotes pour l’Europe et membre de la commission des affaires constitutionnelles, a réagi jeudi 30 juillet par un communiqué dénonçant une opération de communication militante. Il pointe une moyenne européenne flatteuse construite en mélangeant des pays aux politiques migratoires radicalement différentes.

L’accusation mérite examen, et le tableau 1 de l’étude fournit lui-même les munitions.

En France, en 2025, le taux d’emploi des immigrés extracommunautaires s’établit à 61,5 %, contre 70,5 % pour les personnes nées en France. Neuf points d’écart. Sur les vingt pays retenus par l’étude — ceux où les personnes nées à l’étranger représentent au moins 10 % de la population —, la France se classe dix-huitième. Seules la Finlande (58,6 %) et la Belgique (58,5 %) font moins bien.

À l’autre bout du classement, Malte affiche 83,7 %, la Tchéquie 77,3 %, l’Irlande 76,1 %, l’Estonie et le Portugal 75,6 %. Ces pays admettent une immigration très majoritairement de travail, souvent sur quotas sectoriels, parfois temporaire. Les additionner à l’immigration familiale et humanitaire de l’Europe de l’Ouest produit mécaniquement une moyenne qui ne décrit aucun pays réel.

Garraud rappelle par ailleurs, sur la foi des données de l’Insee, un taux de chômage de 12,4 % parmi les immigrés, près du double de celui des personnes sans ascendance migratoire, et souligne que seuls 13,5 % des premiers titres de séjour délivrés en France en 2025 relevaient d’un motif économique. L’immigration que subit le pays n’est donc pas, pour l’essentiel, une immigration de travail — et ses résultats sur le marché de l’emploi le reflètent.

Le chiffre que personne ne commente

Il y a pourtant plus accablant dans cette étude, et curieusement personne n’en parle.

L’intuition commune veut que le diplôme règle le problème : immigration choisie, qualifications élevées, insertion réussie. Les données disent le contraire, et pas qu’un peu.

Chez les natifs européens, le diplôme fonctionne. Le taux d’emploi des hommes passe de 67,8 % chez les peu qualifiés à 91,5 % chez les diplômés du supérieur. Chez les femmes, de 45,9 % à 88,2 %. Chez les immigrés européens, le mécanisme est presque identique.

Chez les immigrés extracommunautaires, il grippe. Les hommes ne gagnent que 10,7 points entre le niveau le plus bas et le plus élevé — de 74,1 % à 84,8 %. Autrement dit, un immigré extracommunautaire peu qualifié travaille davantage qu’un natif peu qualifié, mais un immigré extracommunautaire diplômé travaille nettement moins qu’un natif diplômé.

En France, l’écart est de -4 points pour les faiblement qualifiés et de -14,7 points pour les diplômés du supérieur. Plus le niveau d’études monte, plus le déficit d’emploi se creuse. La Grèce pousse le paradoxe à son terme : chez les immigrés extracommunautaires, le taux d’emploi y baisse avec le diplôme, de 73,3 % pour les moins qualifiés à 64,0 % pour les plus diplômés.

Les auteurs expliquent ce phénomène par la non-reconnaissance des qualifications étrangères, l’inadéquation professionnelle et la surqualification. C’est une explication. Elle n’épuise pas la question de savoir ce que valent réellement certains diplômes délivrés hors d’Europe, ni pourquoi un système qui prétend attirer des compétences n’en tire aucun rendement.

L’autre moitié du problème : les femmes

Deuxième enseignement, tout aussi soigneusement enveloppé dans le vocabulaire de l’optimisme.

L’écart global entre natifs et immigrés extracommunautaires est presque intégralement porté par les femmes. Les hommes extracommunautaires ont pratiquement rattrapé les hommes natifs : 74,9 % contre 75,2 %. Chez les femmes, le fossé demeure béant. L’écart d’emploi entre les sexes atteint 17,5 points chez les immigrés extracommunautaires, contre 7,3 points chez les natifs — plus du double.

Les extrêmes sont éloquents. En Grèce, 83,9 % des hommes immigrés extracommunautaires travaillent, contre 51,0 % des femmes : près de 33 points d’écart. En Italie, 79,7 % contre 48,5 %.

Une femme sur deux qui ne travaille pas, dans des populations où l’inactivité féminine tient bien souvent à des raisons qui n’ont rien d’économique. L’étude n’en dit pas un mot. Elle qualifie cela de « potentiel inexploité ».

Quand l’échec devient un argument

C’est là que le rapport bascule du constat à la prescription. Les auteurs concluent que l’accès à l’emploi n’est plus le principal défi pour une large part de la population immigrée, identifient un vaste réservoir de main-d’œuvre chez les femmes extracommunautaires, et recommandent d’améliorer la reconnaissance des diplômes étrangers et de réduire les barrières à la certification.

Le raisonnement mérite d’être suivi jusqu’au bout : plus l’intégration échoue, plus il faut d’intégration. Les faibles taux d’emploi ne sont pas le symptôme d’une politique migratoire ratée, ils sont une ressource sous-exploitée. Garraud résume le procédé sans ménagement : la conclusion militante était écrite d’avance.

On peut parier sans grand risque que ces chiffres seront cités à Bruxelles dans les mois qui viennent pour justifier de nouveaux programmes d’intégration, et accessoirement de nouvelles arrivées.

Un détail français qui interroge

Une dernière donnée, que ni l’étude ni le communiqué ne relèvent, et qui devrait pourtant intéresser tout le monde.

En France, les immigrés européens eux-mêmes affichent un taux d’emploi inférieur à celui des natifs : 67,8 % contre 70,5 %. La France appartient à un club réduit — avec les Pays-Bas, l’Allemagne et la Finlande — où même l’immigration intra-européenne fait moins bien que la population née sur place.

Cela n’excuse rien des neuf points d’écart avec l’immigration extracommunautaire. Mais cela dit quelque chose d’un marché du travail français qui exclut à peu près tout ce qui n’est pas déjà installé, et d’un pays qui parvient à rater simultanément son immigration de travail et son immigration familiale.

Reprendre le contrôle des admissions et des éloignements, comme le réclame le communiqué, est une condition nécessaire. Ce ne sera pas suffisant.

[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.

Breizh-info.com, 2026, dépêches libres de copie et de diffusion sous réserve de mention obligatoire et de lien do follow vers la source d’origine.

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3 réponses à “Emploi des immigrés : le « record européen » que les chiffres français démentent”

  1. Kernunos dit :

    Regarder l’emploi des immigrés uniquement au travers du taux d’emploi est insuffisant. Il faut surtout regarder la valeur ajoutée de ces emplois. Deviennent ils des contributeurs nets ? seul ? avec leur famille ? Est ce que ce sont des emplois subventionnés ? Bénéficient ils d’incitations que les autres payent ? Ce qui est sûr d’après mon expérience dans une multinationale :
    – A diplôme équivalent, les extra-européens apportent globalement moins à l’entreprise : moins de loyauté, moins de connaissances générales utiles, moins d’esprit de corps.
    – Le galvaudage des diplômes dans les pays extra-européens est utilisé par les entreprises pour contenir ou faire baisser les salaires des natifs au détriment de la qualité produite.
    – Les natifs qui n’ont pas été licenciés compensent souvent pour les extra-européens embauchés à leur place. Cela génère stress, frustration et épuisement.
    Concernant les femmes immigrées qui travaillent moins que les hommes, cela peut autant s’expliquer par la culture d’origine que par une soi-disant discrimination à leur endroit.

  2. froggy dit :

    Que d’argent public et privé dilapidé dans les « think tank », Fondation, Cercle de réflexion pour valider le pensée unique…..

  3. Audrey dit :

    Merci pour ces éclaircissements.

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