Marion_Maréchal-Le_Pen_-_avril_2012

25/09/2014 – 07H00 Paris (Breizh-info.com) – Deux jacobins XXL peuplent la vie politique française : Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon. Le second ne manque pas une occasion de dire tout le mal qu’il pense du régionalisme et de l’idée bretonne. Manifestement, il aurait été à son aise lors de la Convention montagnarde. La première, si elle apparait moins bavarde sur le sujet, n’en possède pas moins des positions très arrêtées sur la question régionale.

Comme son père, elle est à 100% jacobine : on gouverne la France, des territoires avec des préfets forcément sortis de l’ENA – donc des gens formatés centralisation et hostiles par principe et par religion à toute forme de régionalisation. Les préfets sont l’avenir du Front National !

Pour ce parti, le département fait figure de « graal » auquel il est interdit de toucher car présentant toutes les qualités et tous les avantages. C’est oublier que lors de sa création en 1790, le département répondait à une logique qui n’est plus d’actualité aujourd’hui. En effet, en 2014, il apparait trop petit par rapport à la région, seule en mesure de mener une véritable politique d’aménagement du territoire, mais aussi trop grand par rapport à l’intercommunalité, la mieux placée pour assurer une réelle proximité ; si bien qu’on peut voir en lui le « maillon faible ».

Lors de la discussion du projet de loi relatif à la délimitation des régions, c’est Marion Maréchal-Le Pen, la nièce, qui a donc expliqué à ses collègues députés tout le bien qu’il fallait penser dudit département. Ce dernier , « gage d’efficacité et de proximité, doit non seulement être conforté dans son rôle de garant des solidarités territoriales et sociales, mais, aussi, renforcés dans ses compétences en matière de gestion des services publics locaux en se voyant attribuer une partie des compétences dévolues aujourd’hui aux régions – lycées et santé, par exemple – pour les exercer avec celles qu’il a déjà. »

Mais ce n’est pas tout. Le fameux département « doit devenir l’échelon privilégié des questions intercommunales. Cela évitera de créer de multiples intercommunalités qui diluent le pouvoir de décision et qui morcellent le territoire au gré des alliances politiques. »

C’est oublier que si primauté de la région et de l’intercommunalité il y a, le département est forcément condamné à disparaître si l’on veut éviter les doublons.

Quant à la région, dans les propositions de Marion Maréchal Le Pen, elle se voit réduite à peau de chagrin. « Les régions doivent être complémentaires et non concurrentes des départements, en devenant des établissement publics de coordination départementale composés d’élus départementaux. Les doublons doivent cesser par la suppression de la clause régionale de compétence et une redistribution claire de celle-ci. » (17 juillet 2014)

A coup sûr, Mme Maréchal Le Pen se tire une balle dans le pied avec une idée aussi bizarre. En effet, cette dernière entrainerait une disparition des élections régionales, compétition à laquelle le FN, grâce à la représentation proportionnelle, parviendra, en décembre 2015, à obtenir un nombre d’élus substantiels – et ainsi à professionnaliser une partie de ses cadres.

Alors qu’avec les élections départementales, prévues en mars 2015, avec le scrutin uninominal majoritaire, le FN ne pourra engranger qu’une poignée d’élus. Mme Maréchal-Le Pen tire contre son camp ; ce n’est pas une grande politique.
IL est vrai qu’elle n’a peut être pas encore compris à qui elle doit son élection en juin 2012 ; au second tour, les électeurs du Front de gauche ont préféré voter FN plutôt que PS …
Ce sont eux qui l’ont envoyé au Palais-Bourbon, mais il semble qu’elle ne s’en soit pas aperçu.

Avec ces « établissements publics de coordination départementale », nous faisons un bond en arrière. Nous revenons aux « établissements publics régionaux » créés par la loi du 5 juillet 1972.
Le Premier ministre s’appelait alors Jacques Chaban-Delmas, girondin convaincu, qui, après l’échec du référendum initié par Charles de Gaulle sur la régionalisation (27 avril 1969), recherchait un moyen de relancer la décentralisation. Avec les EPR, on faisait avancer le schmilblick tout en n’effarouchant pas les jacobins ; ces « établissements » s’installaient dans le périmètre prévu par le décret du 2 juin 1960. Donc la Bretagne à 4 départements d’un côté et les Pays de la Loire de l’autre.

Ayant à leur tête un conseil régional composés d’élus désignés au suffrage universel indirect, un comité économique et social à vocation consultative et un préfet de région doté du pouvoir exécutif, ces EPR étaient régis par le principe de spécialité, suivant l’article 4 de la loi du 5 juillet 1972 ; ils avaient, dans le cadre de procédures limitativement définies, pour seule mission de « favoriser le développement économique et social de la région ».
Mais ils avaient considérablement élargis, en quelques années, leur champ d’intervention. Leur mutation en collectivité territoriale fût assurée par la loi du 2 mars 1982 (Defferre).

Un établissement public territorial a par définition, comme une collectivité locale, une vocation territoriale. Mais à la différence de celle-ci ne lui est imparti que quelques missions. Ses interventions sont régies par le principe de « spécialité » d’une part, et, d’autre part, sa gestion est assurée par un conseil d’administration qui, s’il est composé d’élus, ne peut être assimilé à un conseil (municipal, général ou régional) procédant du suffrage universel direct. (dictionnaire constitutionnel PUF).

Dans le cas des EPR, le conseil régional était composé de députés et des sénateurs de la région. Mais aussi des maires des grandes villes et de représentants des conseils généraux désignés par leur assemblée.
Il faudra attendre mars 1986 pour que les conseillers régionaux soient élu au suffrage universel direct.

A l’époque du conseil régionale sauce EPR, le cumul était pratiqué dans les grandes largeurs. Après la disparition de René Pleven de la scène politique bretonne – battu aux législatives de 1973 à Dinan par Charles Josselin – Raymond Marcellin put devenir président du conseil régional de Bretagne, tout en restant président du conseil général du Morbihan et député-maire de Vannes. C’était le bon temps …

« Bon temps » que Marion Maréchal-Le Pen n’a pas connu mais qui semble, pourtant, la fasciner. Dans les « territoires », les préfets étaient les patrons puisqu’ils assuraient l’exécutif des EPR et des conseils généraux. A côté, les élus faisait figure de petits personnages – sauf s’ils étaient ministres – aux pouvoirs limités. C’est ce à quoi aspire MMLP, semble-t-il.

Pourtant, l’intéressée n’a pas tout mauvais, puisque, au milieu de son réquisitoire anti-Hollande et anti-Valls, elle parvient à glisser six lignes sympathiques : « ce redécoupage n’a aucune véritable cohérence géographique, culturelle et économique. La fusion de la Champagne-Ardennes, de l’Alsace et de la Lorraine est une véritable aberration historique. La Bretagne, quant à elle, n’est toujours pas réunifiée. » On appelle cela le service minimum.

Une question pertinente : puisque le FN est hostile à la région, pourquoi présentera-t-il des candidats aux élections régionales de décembre 2015 ? Il y a comme une contradiction

Marion Maréchal Le Pen ne peut pas tout savoir. Elle n’est pas obligée non plus d’avoir une connaissance fine du code électoral. Sinon, elle saurait que parmi les élus autorisés à parrainer les candidats à l’élection présidentielle figurent les conseillers régionaux. Or il se trouve qu’à chaque fois, la recherche des cinq cents signatures ressemble fort à un parcours du combattant pour le Front National. Posséder un important contingent de conseillers régionaux – le plus près possibles de cinq cents – faciliterait donc la tâche de la tante, Marine Le Pen, pour 2017.

Ce n’est donc pas dans l’intérêt de la famille Le Pen de supprimer les régions en tant que collectivité territoriale, seule source de signatures « captives ».

Photo : Wikimedia commons (cc)
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9 Commentaires

  1. Tout d’abord félicitation aux équipes de Breizh info pour leur travail et une information indépendante. Cependant, je lis dans cet article qu’étant contre la région le FN ne devrait pas présenter de candidats à cette élection. Vous reprenez les arguments d’autres médias sur l’élection aux européennes, le FN étant contre l’Europe ne devrait pas présenter de candidats à ces élections. Mais quelque soit nos convictions, il est plus facile de les défendre de l’intérieur que de l’extérieur. Nous pouvons extrapoler, ceux qui pense que la constitution de la 5eme république donne au chef de l’état un pouvoir exorbitant doivent s’abstenir de voter à toutes les élections prévues dans ce cadre institutionnel. Non chacun doit pouvoir défendre l’idéologie à laquelle il croit de l’intérieur et compter ses partisans à travers les élections.

  2. 1) Le souci d’éviter la multiplication des échelons administratifs me paraît louable. Les intercommunalités sont comme l’Europe : elles n’apportent pas de véritables économies mais suscitent au contraire des doublons car les communes se dotent en interne des compétences pour discuter avec leurs groupements. Et elles servent aux élus à « loger » des pouvoirs à l’abri des électeurs (le recours à des associations, des SEM et des SPL répond souvent au même objectif).
    2) Les élections régionales permettent au Front national d’obtenir une représentation grâce au mode de scrutin ? Attendons-nous à ce que la question jaillisse à un moment ou à un autre au cours du processus de réforme régionale en cours. On imagine bien un amendement parlementaire faux-cul du genre : « pour souligner l’importance des régions, il faut que les conseillers régionaux soient élus comme les députés, au scrutin majoritaire à deux tours ».

  3. Difficile pour Marion d’avoir quarante ans de retard alors qu’elle n’a qu’une trentaine d’années !!!
    D’accord avec vous Magores : faut être au plus près du bon dieu, au coeur de l’institution européenne pour tenter d’entraver le plus possible, de gêner, l’application de certaines directives européennes. Lorsque ce n’est pas possible, être au moins au plus près de ces instances européennes dirigeantes pour dénoncer et informer de ce qui se trame dans notre dos !
    Et s’il y en a une qui dénonce et nous informe le plus sur l’Europe, c’est bien Marine !

  4. Je rectifie….
    Difficile pour Marion d’avoir 40 ans de retard alors qu’elle n’a que 25 ans !!! (et non la trentaine comme je pensais)!
    25 ans c’est vrai, on a du mal à réaliser tellement elle a d’assurance et de maturité pour son âge ! Très jolie en plus, ce qui ne gâche rien ma foi.

  5. « Une question pertinente : puisque le FN est hostile à la région, pourquoi présentera-t-il des candidats aux élections régionales de décembre 2015 ? Il y a comme une contradiction »
    Cette question n’est pas pertinente du tout; on ne peut pas conclure du fait que le FN conteste le rôle des régions qu’il n’a aucune légitimité à présenter des candidats aux élections régionales (les médias ont tenu le même discours au moment de l’élection des députés européens). Si c’était le cas, on devrait contester le droit de participer de quelque façon que ce soit à une élection autre qu’européenne à ceux qui souhaitent la disparition de la France (les européistes de gauche, de droite et d’ailleurs). Ce n’est pas sérieux.

    Une petite précision concernant les Jacobins qu’on accuse un peu vite d’avoir été les seuls centralistes; en fait, tous les acteurs de la Révolution française (Jacobins, Girondins, Feuillants, Cordeliers, Thermidoriens, Montagnards…) ont été centralistes et hostiles à ce qu’ils appelaient le fédéralisme (en fait les corps intermédiaires). L’idéologie révolutionnaire qui fût très influencée par la philosophie libérale, ne connaissait que l’individu et l’Etat et abhorrait les corps intermédiaires. La réputation fédéraliste des Girondins est usurpée; elle est une conséquence de l’accusation de fédéralisme formulée à leur encontre par leurs concurrents Jacobins (Mona Ozouf a écrit de manière décisive à ce sujet). Il est impossible de fonder le localisme sur l’idéologie révolutionnaire qui est, en bloc, centraliste et individualiste. Sur ce point, aussi, le général De Gaulle a eu un positionnement novateur mais il est vrai qu’il ne se référait jamais à la Révolution française.
    Les départements répondaient à une nécessité administrative mais ils furent, eux aussi, souvent suspectés de fédéralisme ! Leur dimension purement technocratique n’est pas aussi évidente qu’il n’y paraît parce qu’après avoir longuement hésité à choisir un découpage (certains avaient imaginé un découpage en damier ! ), les révolutionnaires ont finalement choisi un découpage assez proche de celui des territoires ecclésiastiques (il y eut des simplifications; les petits évêchés comme ceux de Dol ou de Saint-Pol de Léon ont été supprimés). En Bretagne d’ailleurs, les cinq départements correspondent d’assez près aux cinq cités gallo-romaines et gauloises. Ce n’est pas un hasard puisque les territoires des évêchés ont été souvent ceux de ces anciennes cités (mais il y eut des créations d’évêchés qui ne correspondaient pas à ces cités comme les deux qui ont été cités précédemment). Il y avait environ 80 cités gallo-romaines et 83 départements furent créés en 1790. Les départements ne sont pas de pures créations technocratiques; ils traduisent dans une certaine mesure une géographie humaine plurimillénaire, bien plus ancienne que la géographie régionale qui découle, pour l’essentiel, de la géographie féodale. L’attachement des Français à leurs départements est encore une réalité enracinée dans un lointain passé.
    Quant à l’idée de faire du conseil régional une réunion des conseils départementaux, c’est une bonne idée qui permettrait de faire un peu d’économies. Bien sûr, ce point de vue ne va pas, aujourd’hui, dans le sens des intérêts électoraux du FN mais cela met en évidence le fait qu’il défend des idées et qu’il n’est pas qu’un syndicat d’élus comme le sont le PS et, dans une moindre mesure, l’UMP.
    L’élection des conseillers départementaux est une élection cantonale au scrutin majoritaire qu’il faudrait remplacer par une élection au scrutin proportionnel.

  6. Ce qui prouve que MMLP aborde les problèmes au fond sans s’occuper de savoir si le FN a intérêt à telle ou telle chose , même si cela a son importance. De toute façon le FN est sur la pente ascendante et pourra bientôt affronter les partis dits de gouvernement sans handicap, même au suffrage majoritaire, donc plus de nécessité de se raccrocher à tout prix aux scrutins à la proportionnelle. Concernant l’organisation territoriale c’est le principe Etat, département , commune qui est retenu par le FN les intercommunalités et les régions venant en complément et si possible sans alourdir le dispositif d’ensemble. Pour en revenir à MMLP son élection est due au fait qu’elle a su s’attirer la sympathie de la candidate PS qui s’est maintenue, lui permettant ainsi de battre le député UMP sortant, en place depuis 1986 ! Pour la Bretagne elle est pour le retour du 44, vous l’avez rappelé.

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