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Sur le thème « Terrorisme, Europe et immigration, les médias sont ils à la hauteur des enjeux ? », le comité Orwell a tenu son premier colloque à Paris le 9 janvier dernier dans les locaux de l’école de commerce IPAG devant 200 personnes attentives. L’Ojim était au rendez-vous.
Crée à l’occasion de la commémoration des dix ans du non au traité constitutionnel européen (2005) à l’initiative de Natacha Polony et d’Alexandre Devecchio, responsable du site FigaroVox, le comité Orwell a pour ambition de faire vivre le débat d’idées. Il est selon la présentation qu’en a faite Natacha Polony « un regroupement de journalistes qui ont décidé de s’interroger collectivement sur leur métier. La question est simple : pourquoi les journalistes, la profession est-elle détestée ? C’est même pire que les hommes politiques. Pourquoi certains sujets ne sont jamais traités dans les médias ? Pourquoi quand ils sont traités le sont-ils d’une façon qui ne permet pas au citoyen de se faire une idée sur les problèmes ? »
Sous le signe du pluralisme, le comité Orwell avait invité un panel diversifié : Laurent Joffrin qui s’était courageusement déplacé et qui fut parfois chahuté par une salle hostile ; Jean-Michel Quatrepoint, ancienne grande figure du Monde, Élisabeth Levy de Causeur, Geoffroy Lejeune de Valeurs Actuelles, Brice Couturier de France Culture et Thomas Guenolé, fraichement exclu de RMC.
S’il est difficile de résumer trois riches heures d’échanges, quelques points forts se dégagent.
Celui de la liberté d’expression en premier lieu. Alors que la profession se précarise, Elizabeth Levy remarquait que les médias étaient devenus le moteur de la censure. Elle soulignait (en regrettant son absence) qu’Eric Zemmour dans ses ennuis avec la justice n’avait jamais été soutenu par ses confrères et que ces derniers, pour la plupart, l’avaient toujours contraire enfoncé. Brice Couturier soulignait la règle du double standard, celui d’une certaine gauche morale ne prenant position qu’en fonction, non pas du réel, mais de ce qui devrait exister. Les compte rendus gênés et tardifs de la presse allemande comme de la presse française sur les agressions de femmes allemandes de Cologne par des migrants en font foi.
Jean-Michel Quatrepoint constatait la disparition des spécialistes dans la presse, remplacés par les généralistes souvent pressés et peu au fait de leur sujet. Le traitement de l’économie par des non experts entraîne selon lui une uniformité de ton. Plus grave, certains sujets comme le traité transatlantique sont pratiquement passés sous silence.
Thomas Guenolé, auréolé de sa scandaleuse mise à l’écart de RMC sur injonction du ministère de l’Intérieur, s’est interrogé sur la notion de pensée unique, terme qu’il récuse, préférant celui de pensée dominante. La coupure droite/gauche lui paraît obsolète et il voit plutôt une double coupure : un axe où les valeurs Progressisme/Individualisme seraient opposées à celles liées à la Tradition et un axe en économie politique où le Mondialisme s’opposerait au Protectionniste.
Sur les interrogations concernant la concentration de la presse nationale française entre lesmains de quelques milliardaires, Laurent Joffrin défendait l’indépendance de Libération vis à vis de Patrick Drahi qu’il dit n’avoir rencontré que deux fois et qui n’intervient jamais dans la rédaction. À quoi Quatrepoint a répondu que les industriels n’investissaient pas dans la presse pour gagner de l’argent mais bel et bien pour avoir de l’influence, celle ci ne se limitant pas à une grossière ingérence dans l’éditorial mais prenant des formes plus subtiles.
À une question de l’Ojim sur la « pensée unique dans les écoles de journalisme », Brice Couturier répondait en faisant appel à sa propre expérience après une tournée dans la majorité de ces écoles : sur des simulations de votes à bulletin secret, 80 à 85% des élèves (et des professeurs, ndlr) se situent à gauche ou à l’extrême gauche tandis que les autres se taisent ou rasent les murs. Geoffroy Lejeune apportait son témoignage de jeune diplômé (2011) où dans sa promotion ils étaient quatre ou cinq à avoir une pensée « non conforme ». Il dit être le seul de cette petite poignée à pouvoir écrire dans un journal où il peut s’exprimer librement.
Bien d’autres sujets furent abordés : l’objectivité du journalisme, les instances de déontologie et les possibles sanctions, le mépris du peuple, le « bunker France Inter », les aides habilement modulées à la presse, les niches fiscales des journalistes, internet et d’autres encore.
Quelques tweets extérieurs s’interrogeaient sur la place du comité Orwell : hors système ? Dans le système ? Entre les deux ? Les prises de position courageuses de ce colloque indiquent que le comité pose de nombreuses questions que partage l’Ojim. Soulignons que les organisateurs ont laissé du temps pour les interventions de la salle ce qui n’est pas si courant. L’Ojim suivra donc avec sympathie les actions du comité Orwell et nous aurons l’occasion de vous en informer sur notre site.
Source : OJIM
Une réponse à “Médias. Premier colloque du comité Orwell”
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