Jean Sevillia présente ses « Ecrits historiques de combat » [interview]

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23/10/2016 – 07H45 Paris (Breizh-info.com) –Les Éditions Perrin ont publié le 22 septembre, sous le titre Écrits historiques de combat, un ouvrage qui réunit trois livres majeurs de Jean Sevillia : Historiquement correct, Moralement correct et le Terrorisme intellectuel. Avec une préface inédite, une bibliographie actualisée et un index des noms propres.

Il s’agit de trois livres majeurs réunis en un seul bel ouvrage, à posséder de toute urgence pour mieux connaitre, comprendre et combattre le politiquement correct et l’inquisition actuelle.

Jean Sevillia, historien et journaliste, a été le premier, avant Philippe Murray ou, plus près de nous, Eric Zemmour et Alain Finkielkraut, à dénoncer le politiquement correct appliqué au traitement de notre histoire. Cette dernière, inspirée par un républicanisme anticlérical et le marxisme, a contribué à forger selon l’auteur une doxa monolithique à laquelle il rétorque par sa propre vision, inscrite dans la grande tradition conservatrice et appuyée sur une vaste culture historique et journalistique.

Ces essais enlevés et élevés ont rencontré un très large public et contribué à nourrir le débat sur le traitement des noeuds gordiens de notre histoire, des croisades à nos jours, en passant par la Révolution française, 1940 ou encore mai 68.

Un ouvrage à posséder, à lire et à relire, car il s’agit d’un véritable manuel de combat politique et médiatique .

Jean Sévillia – Ecrits Historiques de Combat – Perrin – 25 €. Pour commander le livre, cliquez sur l’image ci-dessous et financez en même temps Breizh-info.com (qui touche une commission si vous passez par ce lien)

Breizh-info.com : Pourquoi avoir décidé d’éditer, en un seul ouvrage réactualisé et augmenté, vos trois livres fondamentaux (Le Terrorisme intellectuel, Historiquement correct, Moralement correct) ?

Jean Sévillia : D’une part parce que deux d’entre eux, Le Terrorisme intellectuel et Moralement correct, n’étaient plus disponibles autrement qu’en format de poche.

D’autre part et surtout parce qu’en proposant les trois livres dans un même volume, mon éditeur entendait en faire ressortir la cohérence, et la logique qui les lie tous les trois. Le Terrorisme intellectuel étudie le mécanisme qui conduit à délégitimer dans le débat public telle idée ou tel adversaire. Historiquement correct analyse le terrorisme intellectuel et la manipulation des esprits quand ils s’appliquent au passé. Et Moralement correct montre l’application de ce même mécanisme dans le domaine des questions sociétales.

Depuis la parution de votre Terrorisme intellectuel en 2000, l’histoire s’est considérablement accélérée, en France, en Europe et dans le monde. Avez-vous le sentiment d’avoir été un avant-gardiste dans vos écrits ? Pour quelles raisons ?

Jean Sévillia : J’ai eu des prédécesseurs dans la dénonciation du politiquement correct et du mensonge médiatique, je pense à des hommes comme Jean-François Revel ou Vladimir Volkoff. Mais ceux-ci, outre qu’ils appartenaient à des familles de pensée différentes – Revel était un libéral, Volkoff un traditionaliste – étaient évidemment marqués par le combat de leur génération contre le communisme, combat combien nécessaire et salutaire en son temps !

Ayant travaillé sur le politiquement correct à la charnière des années 1990 et 2000, j’ai pris la mesure des changements du paysage intellectuel où le marxisme cédait la place au droit-de-l’hommisme, à l’antiracisme, au multiculturalisme. J’ai été parmi les premiers à analyser cette nouvelle doxa. Parmi les premiers, et donc pas le seul. Et aujourd’hui, nous sommes nombreux à batailler par la plume contre le politiquement correct. Je m’en réjouis.

Depuis l’avènement de François Hollande et de son équipe ministérielle, il semblerait que le « moralement correct » se soit transformé en « moralement obligatoire »….

Jean Sévillia : Le moralement correct part du primat des droits de l’individu sur les impératifs sociaux. Si la gauche au pouvoir a accéléré le processus en lui conférant une nette connotation idéologique, comme on le voit avec le gender, il faut constater que la droite a profondément intégré, elle aussi, l’individualisme contemporain. C’est ainsi, pour des raisons mêlant la pauvreté de la formation philosophique, la pusillanimité et la peur devant le lynchage médiatique, les ténors de la droite ne se bousculent pas, c’est le moins qu’on puisse dire, pour réclamer l’abrogation de la loi sur le Mariage pour tous.

Comment expliquez-vous qu’aucune personnalité politique actuelle ne songe à abroger les lois mémorielles (Taubira, Pleven, Gayssot) qui sont de formidables verrous pour la liberté d’expression en France et pour la recherche historique ?

Jean Sévillia : Je ne défends pas les lois mémorielles, au contraire, mais je ne pense nullement qu’elles soient des verrous pour la recherche historique. Les tentatives d’intimidation contre Olivier Pétré-Grenouilleau, historien de l’esclavage, au nom de la loi Taubira de 2001 qualifiant la traite négrière de crime contre l’humanité ont fait long feu.

Que ces lois puissent être des verrous pour la liberté d’expression, c’est évident, et c’est pour cela qu’un groupe d’historiens de haut niveau, emmené par Pierre Nora, Michel Winock, etc. a demandé leur abolition en 2005. Pourquoi aucune personnalité politique actuelle ne s’attache-t-elle à ce sujet ? Toujours pour la même raison : par lâcheté et par peur du lynchage médiatique. Les lois mémorielles sont si peu efficaces qu’elles sont contre-productives : nous avons tout intérêt à bien connaître les grands systèmes criminels de l’histoire pour savoir s’ils peuvent se reproduire.

Les « néos-réacs » comme sont appelés, par exemple, les millions de défenseurs de la famille traditionnelle, et comme l’on vous qualifie parfois, ne sont-ils pas impuissants du fait de leur fidélité à l’ordre et à la hiérarchie ? Pourquoi 1000 Zadistes à Notre-Dame-des-Landes tiennent en échec un gouvernement et pas un million de manifestants contre le mariage homosexuel ? Le « droitard » n’est-il pas finalement pieds et poings liés par sa culture et son milieu social qui l’empêche d’effectuer toute révolution, y compris conservatrice ?

Jean Sévillia : Les gens de droite peuvent être inhibés par un certain conformisme bourgeois, c’est vrai, mais l’histoire de la droite contient de nombreux épisodes où des militants, prétendant s’affranchir de ce même conformisme, ont voulu jouer les révolutionnaires. Cela s’est toujours terminé en catastrophe personnelle pour eux, et n’a en rien abouti à faire progresser leurs idées dans la société, au contraire.

Le mythe révolutionnaire est malsain, même si on prétend l’ancrer à droite, et peut-être surtout si on veut l’ancrer à droite. Le combat intellectuel et politique classique est long et souvent ingrat, mais je n’en connais pas d’autre. Attention aux romantismes en tout genre.

Propos recueillis par Yann Vallerie

Photo : wikipedia (cc)
[cc] Breizh-info.com, 2016 dépêches libres de copie et diffusion sous réserve de mention de la source d’origine

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