Né en l’an de grâce 2014 sur les terres de la péninsule italienne, le projet BardoMagno s’est autoproclamé « ménestrels impériaux », se faisant la voix (très) forte du Saint-Empire romain germanique. Ces fiers hérauts réveillent les morts à coups de folk-rock néo-médiéval, de chœurs épiques et de rythmes à dévisser les armures. Ils revisitent l’histoire de l’Europe de façon goliardique et satirique. De Charlemagne à Clovis, de Jeanne d’Arc à Marco Polo, de la taverne aux croisades en passant par les tournois et l’amour courtois, c’est un véritable hymne à cette période de notre passé trop longtemps caricaturée.
Breizh-info.com : Vous êtes issus de l’univers de « Feudalesimo e Libertà », une communauté qui prône avec humour un « retour à la lumineuse époque médiévale ». Pouvez-vous expliquer à nos lecteurs de quoi il s’agit ?
Valerio Storch : « Feudalesimo e Libertà » est une page satirique créée en 2012, qui se présente comme un parti politique italien. Son programme consiste à revenir au Moyen Âge et au féodalisme, considérés comme représentatifs d’une époque bien plus radieuse que celle d’aujourd’hui. « Feudalesimo e Libertà » est donc une réalité résolument « impériale » et gibeline, c’est-à-dire qu’elle se range du côté de l’empereur dans la lutte entre les deux grandes puissances médiévales : celle du Saint-Empire romain germanique et celle du pape. C’est de là que découle le fait que la page vénère et exalte la figure de « L’Empereur », dont elle espère que tout le monde deviendra bientôt les sujets.
C’est dans ce contexte que BardoMagno a vu le jour après que, avec Nanowar Of Steel, l’autre groupe musical dont je fais partie, nous ayons écrit l’hymne officiel du parti. Satisfait de cette expérience d’écriture commune, j’ai décidé de lancer ce projet en tant que spin-off afin de nous concentrer principalement sur ces thèmes historiques.
Breizh-info.com : Votre langue, ce « néo-vulgaire » mêle archaïsmes, latinismes et formules contemporaines revisitées. Comment naît un texte chez BardoMagno ? Et quelles sont vos sources écrites – chroniques, fabliaux, traités, chansons de geste – lorsque vous composez ?
Valerio Storch : Oui, chaque publication et communication de Feudalesimo e Libertà, et par conséquent chacune de nos chansons, est écrite en italien néo-vulgaire, c’est-à-dire une version particulière de l’italien qui imite le vulgaire médiéval italien, en y intégrant également des termes contemporains et des latinismes forcés.
Il n’y a pas de schéma précis selon lequel nous écrivons nos chansons : parfois, nous avons un thème en tête et nous construisons le morceau autour de celui-ci ; parfois, c’est une sonorité qui nous suggère d’aborder un thème spécifique. L’important pour nous est de divertir et de faire rire notre public avec ce que nous disons. Nos sources sont variées : beaucoup d’entre nous ont acquis une certaine expérience et une culture historique, d’autres, comme moi-même, ont dû se mettre à niveau en cours de route (j’ai dû acheter des manuels universitaires d’histoire médiévale et les étudier pour trouver l’inspiration). Nous essayons autant que possible d’être philologiquement exacts, en vérifiant ce que nous écrivons. Parfois, nous y parvenons, mais parfois nous avons dû sacrifier la précision pour rendre les morceaux plus divertissants et accessibles
Breizh-info.com : Avec Valvassori du BardFolk, vous vous attribuez un titre nobiliaire imaginaire dans un genre musical que vous avez vous-mêmes inventé. Est-ce une façon de revendiquer une liberté totale vis-à-vis de l’industrie musicale italienne contemporaine ?
Valerio Storch : Dans un certain sens, oui, même si ce n’est pas notre objectif. Nous aimions jouer de la manière la plus vantarde possible et proposer une image faussement grandiloquente, en nous inspirant de certains artistes historiques dont nous sommes de grands fans (Toute référence à des groupes présentant de fortes similitudes avec le mot « Nanowar » est purement volontaire).
Breizh-info.com : Vous évoquez Jeanne d’Arc, les croisades, le clergé. La satire médiévale, des golards à Rabelais, a toujours mêlé irrévérence et profond respect pour le sujet traité. Avez-vous rencontré des résistances – institutionnelles, religieuses ou émanant des gardiens contemporains du « bon goût » – face à cette manière très libre, et en définitive très médiévale, d’aborder l’histoire ?
Valerio Storch : Nous vivons dans un monde où ce genre de résistances, si elles existent, ne sont pas visibles. Nous ne saurons jamais si quelqu’un, quelque part, a choisi de ne pas nous appeler, de ne pas nous citer, ou simplement de nous ignorer en raison de problèmes hypothétiques dans nos textes. Ce que je peux toutefois affirmer avec certitude, c’est que nous n’en avons jamais eu de preuve directe : il ne nous est jamais arrivé que quelqu’un nous censure explicitement.
Breizh-info.com : Vous venez de Nanowar of Steel, votre batteur, Edoardo Sala, de Folkstone : deux univers musicaux qui se croisent de temps à autre. De quelle manière cette double filiation – le metal d’un côté, le folk médiéval de l’autre – nourrit-elle concrètement le son de BardoMagno ? Et comment vous situez-vous par rapport à des groupes comme Folkstone, In Extremo ou Corvus Corax, qui abordent la thématique médiévale dans un registre plus grave ?
Valerio Storch : Eh bien, la position par rapport à Folkstone est on ne peut plus simple et elle est mentionnée dans la question elle-même :D. Blague à part, l’idée derrière le projet BardoMagno est d’essayer, dans la mesure de nos moyens, d’explorer autant que possible les différents genres et modes de représentation du folklore médiéval. Le tout doit bien sûr être associé à la dimension comique des morceaux, c’est donc une question qui est abordée pratiquement chanson par chanson. Évidemment, comme nous venons d’horizons rock et metal, il est facile que certaines chansons aient ce genre de sonorités, mais cela tient aussi à une question de simplicité et d’habitude d’écrire dans un registre donné.
Breizh-info.com : Vos concerts sont de véritables rassemblements : costumes, chœurs, public qui participe aux chants. À une époque où la culture européenne se consomme en solitaire derrière un écran, vous faites revivre quelque chose de très ancien et de très précieux : la taverne, la veillée, le banquet, la rencontre physique d’une communauté autour d’une histoire partagée. S’agit-il pour vous d’une démarche consciente – presque politique au sens noble du terme – ou d’une évidence naturelle pour un groupe qui puise son inspiration dans le Moyen Âge ?
Valerio Storch : Pour nous, c’est une démarche tout à fait consciente. Nous cherchons à faire de nos concerts une expérience collective et immersive dans laquelle le public lui-même participe (parfois même en montant sur scène) au spectacle. La mise en scène et les décors sont également conçus pour être aussi immersifs que possible : outre nos costumes médiévaux, nous avons parsemé la scène de lanternes et recréé l’ambiance d’une taverne médiévale, en renonçant aux murs LED et aux contenus vidéo désormais omniprésents sur écran, allant délibérément à contre-courant de ce qui se fait aujourd’hui dans d’autres formations musicales.
Nous espérons que ces choix porteront leurs fruits et que nos concerts seront perçus pour ce qu’ils sont : un rassemblement de personnages qui se retrouvent « à la taverne » pour boire, chanter et passer un bon moment ensemble, en souvenir du « bon vieux temps médiéval ».
Propos recueillis et traduits par Audrey D’Aguanno
Photo d’illustration : DR
[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.
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