Le « bon maharaja » : quand un prince indien recueillait un millier d’enfants polonais

Publicité

Il existe des épisodes de la Seconde Guerre mondiale qui ne rentrent dans aucune case. Celui du maharaja de Nawanagar en fait partie. The Epoch Times vient d’y consacrer un long récit, sous la plume de Walker Larson, qui s’appuie notamment sur les travaux de l’historien Peter Zablocki parus dans Smithsonian Magazine.

De la Sibérie à l’océan Indien

Le point de départ est le pacte germano-soviétique de 1939 et le dépeçage de la Pologne. Dans la zone qu’ils occupent, les Soviétiques entreprennent d’éliminer ou de déporter l’élite polonaise : officiers, fonctionnaires, enseignants, toute personne jugée socialement dangereuse. Familles comprises. Les convois partent vers les camps de travail de Sibérie dans des wagons à bestiaux non chauffés. Beaucoup meurent en route, d’autres sur place.

Le renversement d’alliance de 1941 change la donne. Hitler envahit l’Union soviétique, Moscou libère ses prisonniers polonais et autorise la formation d’une armée polonaise. Des dizaines de milliers de réfugiés sont évacués vers l’Iran. Restent alors les enfants, souvent orphelins, dénutris, malades après des mois d’internement. Aucune chancellerie ne veut de cette charge. Les négociations s’enlisent.

Une décision prise sans attendre Londres

Digvijaysinhji Ranjitsinhji Jadeja règne depuis 1933 sur l’État princier de Nawanagar, sur la péninsule de Kathiawar. Né en 1895, formé en Angleterre, il a servi dans l’armée des Indes britanniques pendant la Première Guerre mondiale avec le grade de capitaine, avant de recevoir plus tard une promotion honoraire de lieutenant-général.

Publicité

Aucun lien historique ne l’attache à la Pologne. Aucun intérêt stratégique, aucune pression extérieure ne le pousse à agir. Il décide pourtant d’accueillir les enfants, et le fait sans attendre l’aval des autorités britanniques ni indiennes. À Londres, on s’agace. Sa réponse aux fonctionnaires britanniques tient en une phrase : c’est son argent, et il en dispose comme il l’entend.

Le camp est bâti au village de Balachadi, près de son palais : plusieurs dizaines de baraquements, une école, une bibliothèque, des cuisines, une église catholique. Y séjourneront environ un millier d’enfants, âgés de 2 à 15 ans.

Une identité polonaise entretenue

Ce qui distingue l’entreprise, c’est l’attention portée à ce que les enfants ne se dissolvent pas. Le drapeau polonais est hissé chaque jour dans le camp, l’hymne national chanté. Des enseignants polonais évacués avec les enfants poursuivent leur instruction dans la langue maternelle. Le père Franciszek Pluta assure l’aumônerie. Des cuisiniers sont chargés d’adapter la cuisine locale à des palais qui ne connaissent pas les épices.

Le reste relève de l’enfance ordinaire, ce qui, dans ce contexte, est déjà considérable : la plage et la baignade, les pièces de théâtre, les fêtes de Pâques. Un ancien footballeur professionnel encadre les activités sportives, jusqu’à monter une équipe capable de rencontrer les formations indiennes et les équipes militaires britanniques. À Noël, le maharaja distribuait lui-même les cadeaux, déguisé en Père Noël.

Aux enfants, il avait dit à leur arrivée qu’ils n’étaient plus orphelins, mais des habitants de Nawanagar dont il était désormais le père. Karolina Rybka, ancienne pensionnaire, interrogée par CBS News en 2019, résumait les choses simplement : il leur avait sauvé la vie. Elle se souvenait de l’école le matin, de l’océan l’après-midi, et des vagues.

Une adoption collective contre le gouvernement de Lublin

L’affaire se complique à la fin de la guerre. Le gouvernement polonais de Lublin, installé par Moscou, réclame le retour des orphelins au nom du droit international. Le maharaja et son entourage y voient une manœuvre soviétique pour mettre la main sur les enfants.

La riposte est juridique : le maharaja, le père Pluta et l’officier de liaison britannique, le lieutenant-colonel Geoffrey Clarke, adoptent collectivement les enfants au cours d’une seule procédure. Dans le même temps, la Croix-Rouge recherche les membres de familles ayant survécu. Les enfants sont ensuite réinstallés aux États-Unis, en Australie, au Canada et au Royaume-Uni. Seuls ceux qui le souhaitaient sont repartis en Pologne. Le dernier convoi a quitté le camp en 1946.

Digvijaysinhji n’a jamais rien demandé en échange. La Pologne lui a décerné à titre posthume la croix de commandeur de l’ordre du Mérite de la République, et une place de Varsovie porte aujourd’hui son nom, avec un monument dans le quartier d’Ochota.

Crédit photo : DR (photo d’illustration)
[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle. Breizh-info.com, 2026, dépêches libres de copie et de diffusion sous réserve de mention obligatoire et de lien do follow vers la source d’origine.

Publicité
Cet article vous a plu, intrigué, ou révolté ?

PARTAGEZ L'ARTICLE POUR SOUTENIR BREIZH INFO

2 réponses à “Le « bon maharaja » : quand un prince indien recueillait un millier d’enfants polonais”

  1. Cony dit :

    Superbe évènement très émouvant!
    Cela fait plaisir de lire de si belles histoires!

  2. Hadrien Lemur dit :

    Une petite brève de Youtube sur cette magnifique histoire qui mériterait bien une adaptation cinématographique :
    https://www.youtube.com/shorts/Ui37Li34W0I

Publicité

LES DERNIERS ARTICLES

Politique

Les péchés de jeunesse de Jordan Bardella

Auto-Moto

Voiture : 56 % des Bretons n’auraient plus les moyens de racheter le même véhicule

A La Une, Culture, Informatique, Sociétal, Société

Affaire Thélyson Orélien. Xavier Eman : « Le milieu littéraire n’est plus qu’un cénacle de libéraux-libertaires défendant leurs prébendes tout en se prenant pour d’éternels résistants à la bête immonde »

Santé

Cancer du sein : des chiens capables de le sentir, mais pas encore de le dépister

Santé

Virus, bactéries, parasites : 2,3 millions de cancers d’origine infectieuse en 2024

Politique

Aziliz Gouez travaille avec ardeur à la réunification

Economie, NANTES, RENNES

Rennes – Nantes : 30 % de TER en plus à la rentrée 2027, presque un train par heure en semaine

Culture, Culture & Patrimoine, Patrimoine, Vidéo

Breton, occitan, gallo, basque, alsacien : Découvrez les podcasts en langues régionales !

Politique

Robin Salecroix (PCF) se fixe de grands objectifs pour 2027

Economie

Pourquoi la flexibilité des garanties Leocare séduit-elle vraiment les profils atypiques ?

ARTICLES EN LIEN OU SIMILAIRES

A La Une, International

Entretien avec Krzysztof Bosak, vice-président de la Chambre des députés de Pologne.

Découvrir l'article

NANTES

Fraude au CPF : un réseau opérant depuis Nantes soupçonné d’avoir détourné plus de 6 millions d’euros

Découvrir l'article

Economie, Social

Énergie. Le prix du gaz s’envole : +42,9 % pour le chauffage depuis janvier, soit 585 € de plus sur la facture annuelle

Découvrir l'article

International

Immigration extra-européenne : où en sont vraiment la Pologne, la Hongrie, la Tchéquie et la Slovaquie ? Une analyse du groupe de Visegrád

Découvrir l'article

International, Short

Allemagne : les chaînes de 1945 commencent à céder

Découvrir l'article

Economie, International

Pologne. Au 35e Forum économique de Karpacz, souverainistes et conservateurs dessinent l’après-Bruxelles

Découvrir l'article

Culture & Patrimoine, Histoire

1944-1945 : les violences sexuelles de l’Armée rouge contre les rescapées des camps nazis, un crime occulté par 80 ans d’historiographie

Découvrir l'article

Sociétal

« Strasbourg, Londres : vous aviez été prévenus » — la charge de l’eurodéputé polonais Dominik Tarczyński contre la plus grande mosquée d’Europe et la soumission des élites

Découvrir l'article

International

Varsovie. « État de droit » à géométrie variable : la coalition Tusk prise en flagrant délit

Découvrir l'article

A La Une, Culture & Patrimoine, Histoire

Un mythe à déboulonner : Georges Guingouin n’a jamais résisté avant la rupture du pacte germano-soviétique :

Découvrir l'article

Nous utilisons des cookies pour vous garantir la meilleure expérience sur Breizh Info. Si vous continuez à utiliser le site, nous supposerons que vous êtes d'accord.