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Le 107ème numéro de la revue l’Afrique réelle vient de sortir, avec au sommaire ce mois-ci un focus sur le Mali et sur le Rwanda.
SOMMAIRE
Actualité :
– Algérie : Fin de règne et table rase
– La Chine et l’Afrique
Dossier :
Génocide du Rwanda : une constante volonté d’obstruction de la vérité
– Les Etats-Unis et la Grande-Bretagne ont interdit au TPIR d’enquêter sur l’attentat qui est à l’origine du génocide
– Quand l’ONU enterre ses propres enquêtes
– Pourquoi le vice-procureur Ranucci a-t-il ignoré les travaux du TPIR ?
Editorial de Bernard Lugan : Réflexions sur la question du Mali
Dans un entretien donné au site Mondafrique, M. Ahmadou Ould Abdallah, qui fut ministre des Affaires étrangères de Mauritanie et représentant de l’ONU en Afrique de l’Ouest, évoque le Mali en confirmant trois réalités longuement étudiées par l’Afrique Réelle, à savoir le double jeu des autorités maliennes, le problème de l’inexistence de l’Etat et la question du tribalisme.
1) Le double jeu des autorités maliennes :
« (…) certains gouvernements (lire celui du Mali) diffusent une campagne insidieuse contre les forces étrangères qui leur viennent en aide. C’est l’une des aberrations les plus étonnantes que j’ai rencontrées (…) On veut une présence extérieure pour renforcer le régime en place (…) et en même temps, on mène une campagne insidieuse qui encourage et renforce les adversaires de cette présence extérieure. Il y a aussi (…) des ententes occultes entre les mouvements djihadistes et certains gouvernements ou certains groupes de pression autour de ces gouvernements» (…) La présence française qui a permis de stabiliser le Mali se trouve en très grande difficulté parce qu’elle n’est pas appuyée par l’opinion publique malienne ».
2) Un Etat sans Nation
« (…) les populations attendent les bras ouverts ce qu’elles considèrent comme une libération vis-à-vis des pouvoirs centraux qu’elles ne connaissent pas, qu’elles ne voient pas »
3) L’ethno-tribalisme
Les jeunes rejoignent les groupes jihadistes :
« (…) parce qu’ils ne sont pas de la famille ou de la tribu qu’il faut. Tout comme ces diplômés à qui on ne donne pas de travail parce qu’ils ne sont pas de l’ethnie qu’il faut (…) »
M. Ahmadou Ould Abdallah a triplement raison car :
1) Si pour l’armée française les ennemis sont les islamistes, pour Bamako, ces derniers sont au contraire des « alliés » contre les séparatistes touareg.
2) Comment donner une conscience « nationale » aux populations de cet Etat sans Nation qu’est le Mali où, légitimé par l’ethno-mathématique électorale, le régime sudiste refuse de prendre en compte les revendications nordistes ?
3) Comment prétendre faire vivre ensemble les agriculteurs noirs sédentaires du sud, les nomades berbères ou arabes du nord et les éleveurs peul du centre quand le contentieux qui les oppose est à la fois inscrit dans la nuit des temps et amplifié par la suicidaire démographie régionale ?
La question malienne, et plus généralement celle du Sahel, est donc sans issue à court et à moyen terme. Quant au « développement », il s’agit d’une illusion à destination des gogos. Le déversement de ses populations vers le nord de la méditerranée est donc programmé.
Pour l’Europe, l’urgence est alors d’établir des partenariats avec les pays d’Afrique du Nord qui constituent sa première frontière, tout en adoptant des mesures militaires d’une absolue fermeté contre les passeurs et ceux qui les aident.