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Maire indépendant de Béziers, Robert Ménard a défrayé la chronique en appelant à soutenir les Gilets Jaunes et les a comparés aux Poilus, ce qui a déclenché une nouvelle polémique parmi les bien-pensants. Nous l’avons interrogé sur son regard sur le mouvement des Gilets Jaunes.

Breizh Info : Robert Ménard, vous avez appelé à soutenir les gilets jaunes ?
Robert Ménard : J’ai dit ma solidarité et j’y étais ce matin.
Breizh Info : Vous bloquiez autour de Béziers ?
Robert Ménard : Non, j’ai sorti une trentaine de véhicules de la ville de Béziers près du théâtre et nous étions une cinquantaine. Béziers a 500 véhicules, tout est au diesel, la hausse du carburant, c’est 175.000 € de taxes pour nous.
Breizh Info : Il y a eu des blocages à Béziers ?
Robert Ménard : Partout. Mais je ne veux pas récupérer le mouvement.
Breizh Info : En Bretagne comme ailleurs, on sent un énorme ras-le-bol, bien au-delà de la seule question du carburant…
Robert Ménard : Il est clair que les gens ne s’y reconnaissent plus,ni dans les partis politiques, ni les syndicats, les maires sont les seuls en qui ils ont confiance.
Breizh Info : Certains maires. Pas sûr que les Gilets jaunes nantais aient tellement confiance en Johanna Rolland, pour ne citer qu’elle…
Robert Ménard : Certains maires, soit, qui feraient bien d’utiliser ce capital sympathie. Il n’y a rien de pire que cette défiance générale envers les politiques, les journalistes, les élus.
Breizh Info : Justement à propos d’élus, nombre de manifestants parlent des salaires des ministres, du voyage d’Edouard Philippe à Tokyo [350.000 € pour économiser deux heures de vol], de la vaisselle de Macron à 500 € l’assiette…
Robert Ménard : Les gens ont l’impression d’une énorme injustice. C’est la révolte des oubliés, des laissés pour compte. Un gars m’a dit ce matin « je suis de ceux qui bossent, j’ai envie qu’on ne m’emmerde plus ». Tout est dit.
Breizh Info : Certains parlent d’un climat pré-insurrectionnel même, avec une jacquerie large, qui rassemble au-delà des clivages politiques ?
Robert Ménard : Pour ne rien vous cacher, j’aspire à un changement radical de cette société, mais quand arrivera-t-il ? Il faut transformer les bases de la société au profit du peuple qui se vit comme un éternel exclu.
Breizh Info : Certains députés LREM, notamment ici en Bretagne, ont brocardé le mouvement des Gilets Jaunes en faisant valoir les baisses des cotisations salariales et de la taxe d’habitation, alors qu’elles ne rattrapent pas le surcoût du carburant – de 800 à 1200 € par an en moyenne – et ne s’appliquent pas à tous. Ainsi, les indépendants qui vivent dans les villes où la taxe d’habitation a augmenté – à Nantes par exemple – sont condamnés à payer toujours plus…
Robert Ménard : Les députés En Marche font preuve d’un mépris de classe et de caste hallucinant. Quand Macron a dit je vais faire un nouveau monde, il nous a en fait imposé le vieux monde avec les pires réflexes du vieux monde. Par exemple les aides aux réfugiés augmentent de 1.6%, mais les retraites pour ceux qui ont travaillé et cotisé toute leur vie, de 0.3% seulement. Il faut quand même savoir que le revenu minimum de vieillesse est sous le seuil de pauvreté. Les gens, ça les scandalise.
Breizh Info : Dans les rangs des Gilets jaunes, certains appellent à la destitution de Macron et de son gouvernement, d’autres pensent que les européennes et les municipales seront un référendum pour ou contre Macron. Qu’en pensez-vous ?
Robert Ménard : Macron, il est là pour cinq ans, les institutions de la Ve République le protègent d’à peu près tout. Je ne sais pas comment les élections vont tourner, mais aujourd’hui il faut qu’on soit très attentifs au ras-le-bol des gens.
Propos recueillis par Louis-Benoît Greffe
Photo : Pablo 029/Wikipedia (cc)
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