Comment Macron a « baisé » Le Drian

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« Les promesses n’engagent que ceux qui les écoutent », avait coutume de dire Charles Pasqua, ancienne gloire du RPR. Cette règle est bien connue des professionnels de la politique et incite à la méfiance. Pourtant Jean-Yves Le Drian s’est fait piéger par Emmanuel Macron. Pendant la campagne présidentielle, le candidat avait besoin du ralliement du ministre de la Défense ; il lui promet donc de le maintenir à son poste en cas de victoire. Mais une fois celle-ci acquise, Macron « mute » Le Drian aux Affaires étrangères, maison prestigieuse, certes, mais qui ne dispose pas des mêmes moyens budgétaires, humains et politiques que la Défense. Et puis, du temps de Hollande, le ministre de la Défense Le Drian n’était-il pas, en même temps, ministre des Affaires étrangères en Afrique et au Moyen-Orient ?

La victoire de François Hollande à la présidentielle de 2012 a permis à Jean-Yves Le Drian d’accomplir son rêve : devenir ministre de la Défense nationale ; il occupera le poste pendant les cinq ans de « François président ». Mais ce dernier se trouvant dans l’impossibilité de briguer un second mandat, Le Drian finit par se rallier à Emmanuel Macron, après avoir soutenu Manuel Valls lors de la primaire de la gauche.

Une cour assidue pendant la campagne présidentielle

« Jean-Yves Le Drian est l’objet d’une cour assidue de la part de son ancien collègue du gouvernement Emmanuel Macron. L’inoxydable ministre de la Défense, poids lourd du gouvernement, a de plus en plus de mal à résister aux assauts du candidat d’En Marche !, qui tente de le convaincre de le rejoindre au plus vite. Ce dernier lui a téléphoné plusieurs fois pour qu’il vienne à sa rescousse dans la bataille présidentielle », raconte Serge Raffy (L’obs, 23 février 2017). Le 23 mars, Le Drian annonce son ralliement officiel à Macron. Mercredi 19 avril, il s’affiche pour la première fois dans un meeting aux côtés du candidat au Zénith de Nantes. À coup sûr, l’appui du ministre de la Défense a beaucoup joué dans le score royal que Macron a obtenu au second tour de la présidentielle en Bretagne (5) : 75,87 % contre 66,10 % à l’échelon national. Au premier tour, la Bretagne (5) avait déjà fait mieux que la France entière : 28,94 % contre 24,01 %.

Pour toutes ces raisons, Jean-Yves Le Drian « pense rempiler à la Défense. Au cours de la campagne, Macron lui en a fait la promesse, avec son large sourire habituel. Une juste récompense, doit se dire Le Drian, après son ralliement de poids en mars 2017. Le Drian, c’est la Bretagne, devenue en moins de 30 ans un des fiefs du PS.

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« Si c’est le Quai d’Orsay, ça va ? »

À deux jours de l’annonce du premier gouvernement de l’ère Macron, le lundi 15 mai 2017, Le Drian reçoit pourtant un coup de fil inquiétant du nouveau président : «  Bon, Jean-Yves, j’ai un problème, Nathalie Kosciusko-Morizet veut absolument la Défense, passe me voir demain. » L’ancien ministre de François Hollande s’exécute.  Comme un bon élève, soumis à la nouvelle autorité présidentielle. Familier des arcanes de la Vème République et de ses secrets, Le Drian n’a aucun mal à se faire petit garçon face au nouveau monarque républicain, pourtant si juvénile. Une fois arrivé au Château, il lui faut néanmoins prendre son mal en patience. L’attente s’éternise. Point de président à l’horizon. Assis sur une banquette inconfortable, Le Drian s’interroge : pourquoi cette mise en scène ?

La porte s’ouvre soudain, d’un coup sec. Macron déboule, encore électrisé par la victoire. À peine Le Drian s’est-il levé pour le saluer que le président l’entraîne. Là, sans attendre, il le fixe : « Si c’est le Quai d’Orsay, ça va ? » Le Drian fait un petit signe de tête, bredouille quelques mots. Voilà Macron déjà reparti. » C’est ainsi que Marc Endeweld raconte dans son ouvrage Le grand manipulateur (Stock) dans quelles conditions Le Drian a perdu son maroquin de ministre de la Défense pour devenir « ministre de l’Europe et des Affaires étrangères ». « Je mets du charbon dans les soutes, explique-t-il modestement. Je suis le second du président, à l’arrière-plan. C’est le jeu normal de la Vème République. Je n’ai pas d’états d’âme. » (Le Monde, jeudi 10 août 2017).

On remarquera que les successeurs de Le Drian à l’Hôtel de Brienne, Sylvie Goulard, puis Florence Parly, ne sont pas ministre de la Défense nationale, mais simplement ministre des Armées. Comme du temps de de Gaulle. Ce qui signifie que la Défense, et la doctrine qui l’inspire, est bel et bien décidée à l’Élysée.

Bernard Morvan

Photo : Jérémy Barande/Wikimedia (cc)
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