Luc Pauwels : « Les Kurdes sont des combattants inégalés » [Interview]

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Alors que le Kurdistan souffre le martyr aujourd’hui, pris en étau entre différents intérêts économiques et politiques, paraît le deuxième volume d’Histoire du Kurdistan, le point de vue kurde, signé Luc Pauwels aux éditions Yoran Embanner. Une suite à nouveau indispensable pour comprendre ce peuple, sans cesse obligé de faire la guerre pour se défendre, et dans l’espoir d’avoir la paix, enfin, un jour.

Luc Pauwels, historien et essayiste, spécialiste des peuples sans État, en quête de leur liberté. Il est l’auteur d’une vingtaine de livres d’histoire des combats culturels et de géopolitique.

Le livre est à commander ici, tandis que nous avons interviewé son auteur, pour mieux comprendre la situation du Kurdistan aujourd’hui.

Breizh-info.com : Tout d’abord, que vous inspire la situation actuelle au Kurdistan ? Et la réaction des principales nations mondiales ?

Luc Pauwels : La situation actuelle du Kurdistan m’inspire de l’espoir ! Les Kurdes sont des combattants inégalés, leur esprit de résistance n’est pas brisé.

Le référendum d’indépendance de 2017 a été saboté par les Turcs et les Arabes, mais malgré tout la Région Autonome Kurde continue à exister. C’est une base qu’ils ne se laisseront pas prendre. La réaction des principales nations mondiales a été marquée par le cynisme, la lâcheté et les illusions. On n’a plus besoin des Kurdes pour battre l’État islamique sur le sol, on caresse l’illusion qu’on s’est libéré définitivement de l’État islamique, et que par conséquence les Kurdes sont redevenus des casse-pieds, rien de plus. Puis les Européens s’abandonnent à une illusion supplémentaire, celle d’un Erdogan qui va leur arrêter l’immigration provenant du Moyen-Orient, alors que le président turc n’envisage que le chantage et le gain diplomatique.

Breizh-info.com : De quoi traite le deuxième volume de votre Histoire du Kurdistan ? Pourquoi ne pas avoir tout réuni en un seul volume ?

Luc Pauwels : Pourquoi-pas en un seul volume ? Question à poser à l’éditeur ! Je le comprends, il a voulu rester fidèle à sa formule de livres de poche sur les peuples sans État. Ce deuxième volume traite de l’État que la France et le Royaume-Uni ont promis aux Kurdes, noir sur blanc dans le Traité de Sèvres (1920), puis de la trahison que ces mêmes puissances ont commise par le Traité de Lausanne (1923) qui ne mentionne même plus les Kurdes !

La suite en sera une série d’insurrections kurdes, les premières formations kurdes, et la lente formation d’une vraie nation kurde. La République d’Ararat (1928-1931), premier État kurde indépendant, sera suivi de la rébellion massive des Kurdes en Turquie, le soulèvement de Dersim (1936-1937) et sa répression cruelle. Après la Deuxième Guerre mondiale nous voyons naître la République kurde de Mahabad, qui ne tiendra qu’un an (1946) et sera suivie par des années de répression et de coups d’État.

La guérilla du PKK voit le jour, nous assistons au carnage des Kurdes par Sadam Hussein et les conséquences de la guerre du Golfe : la Région Autonome Kurde en Irak voit le jour en 1992 et se trouve reconnue par l’État irakien, à la suite du référendum populaire de 2005. Je fais le portrait d’Erdogan, ce dangereux islamo-jacobin qui réussit depuis des années à mener les Américains et les Européens par le bout du nez. La guerre de Syrie et la création d’une zone autonome kurde dans ce pays terminent ce livre.

Breizh-info.com : Qu’est-ce qui explique la complexité, extrême, de la question kurde ?

Luc Pauwels : Cette complexité ressort du fait qu’il s’agit à la fois d’un conflit linguistique, culturel et ethnique, doublé d’un conflit géopolitique et économique : le pétrole… Puis les « grandes puissances » ont oublié que la démocratie implique essentiellement le droit des peuples de disposer d’eux-mêmes.

Breizh-info.com : Quel avenir pour le Kurdistan ?

Luc Pauwels : Les Kurdes ont toutes les raisons de ne pas perdre l’espoir. Ils habitent en grande majorité quatre États étendus, sans homogénéité ethnique. Il s’agit de la Turquie, de la Syrie, de l’Irak et de l’Iran. Ce sont des États jeunes et instables, dont l’histoire récente est une suite d’innombrables coup d’États, de révolutions, de dictatures, de guerres et de graves conflits internes. L’Irak n’est indépendant que depuis 1932 et la Syrie depuis 1946 seulement. La Turquie moderne est une création du Traité de Lausanne (1923), le régime des ayatollahs en Iran ne date que de 1979. En termes d’histoire tout cela est très récent. Qui ose prédire ce que sera la situation de ces États d’ici dix ans, d’ici une génération – pourvu qu’ils existent encore…

Les Kurdes sont coriaces. Heureusement pour eux, ils ont tendance à voir les choses à très long terme. L’histoire leur a appris qu’en politique, l’on doit parfois jouer à un long jeu.

Propos recueillis par YV

Crédit photo : DR
[cc] Breizh-info.com, 2019, 
dépêches libres de copie et de diffusion sous réserve de mention et de lien vers la source d’origine – V

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