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Alors que l’Allemagne livre des armes à l’Ukraine et glisse, de plus en plus, à l’instar d’autres pays d’Europe occidentale, vers une implication directe dans la guerre, les nationalistes, d’une part, et une partie des post-communistes, d’autre part, s’opposent à une telle dérive. Ces deux tendances peuvent-elles s’unir, face aux partis du système, en un front transversal ?
Sahra Wagenknecht
Lorsque la figure de proue de la tendance anti-guerre au sein de la mouvance post-communiste Sahra Wagenknecht a organisé, le 25 février 2023, à Berlin, aux côtés de la féministe Alice Schwarzer, un rassemblement contre la guerre, son mari, l’homme politique – ex-social-démocrate du SPD et ex-post-communiste de Die Linke – Oskar Lafontaine, a déclaré que [les patriotes de l’] « AfD & Co » sont aussi les bienvenus. Le rédacteur en chef du magazine patriotique Compact Jürgen Elsässer a pris part au rassemblement, ainsi que Peter Gauweiler du parti conservateur actif en Bavière Union sociale-chrétienne (CSU) et le dirigeant du parti nationaliste Alternative pour l’Allemagne (AfD) en Saxe Jörg Urban. La pétition lancée à cette occasion a été signée par le co-président fédéral de l’AfD Tino Chrupalla.
Oskar Lafontaine, Sahra Wagenknecht et Alice Schwarzer lors de la manifestation pour la paix à Berlin
Histoire du concept
Aux cours de la décennie 1920, deux types de Querfront (front transversal) voient le jour en Allemagne. Le premier est constitué d’un lien entre des organisations de gauche et de droite. En 1923, alors que la population allemande fait face à une forte inflation et que la Rhur est occupée par les troupes françaises et belges, le communiste Karl Radek, compagnon de combat de Rosa Luxembourg, loue le national-socialiste Leo Schlageter, exécuté, après un jugement, par les occupants français, pour espionnage et sabotage. À cette époque, la communiste Ruth Fischer, une des femmes les plus connues de cette mouvance, appelle à la constitution d’un front contre l’impérialisme et le capitalisme.
En 1932, durant une courte période, le parti national-socialiste NSDAP et le parti communiste KPD collaborent dans la cadre de la grève des transports publics berlinois.
Lors de la deuxième moitié de l’année 1932, le général Kurt von Schleicher tente d’éviter l’avènement, en tant que chancelier, d’Adolf Hitler, en essayant d’établir un front transversal entre des sociaux-démocrates, des syndicats et l’aile gauche du parti national-socialiste des frères Gregor et Otto Strasser.
La revue Die Tat constitue, entre 1929 et 1933, également une tentative de rapprochement entre des idées issues de milieux politiques différents : la critique du capitalisme y est combinée avec des appels à l’autosuffisance nationale et à la constitution d’une nouvelle élite.
Le deuxième type de Querfront est l’établissement d’une idéologie mélangeant des éléments de gauche et de droite, dénommée national-bolchévisme. Cette dernière exige la défense de la souveraineté nationale, elle est opposée à l’impérialisme occidental et cherche un rapprochement avec la Russie, le système soviétique constituant une alternative au capitalisme. Les représentants les plus connus du national-bolchévisme sont Ernst Niekisch et Karl-Otto Paetel.
La conception de la communauté populaire de ce dernier se distingue de celle des nationaux-socialistes par le fait qu’elle n’est pas raciste ou antisémite, ce qui rend ces deux idéologies incompatibles, mais est une communauté de destin.
En tant que rédacteur en chef de la publication de la revue Die Kommenden d’Ernst Junger, il s’inspire du fait que ce dernier a eu de longues discussions avec le communiste Bertolt Brecht et l’anarchiste Erich Mühsam.
Tentant d’empêcher l’arrivée au pouvoir d’Adolf Hitler, Karl-Otto Paetel désire voir se constituer un front transversal entre les communistes et l’aile gauche du national-socialisme. Il publie, le 30 janvier 1933, le jour qui voit Adolf Hitler devenir chancelier d’Allemagne, son Manifeste national-bolchévique. Cet ouvrage est confisqué et la plupart des exemplaires sont détruits. Paetel est interdit de publication, mais il n’en tient pas compte et, en conséquence. Il est frappé de plusieurs condamnations. Il fuit l’Allemagne et se retrouve finalement aux États-Unis.
Karl-Otto Paetel
Le parti Les Verts, un front transversal
Le parti écologiste Die Grünen (Les Verts) constitue, au départ, sous la coupole de l’« écopacifisme », un front transversal regroupant (1) des maoïstes comme Jürgen Trittin, des anarchistes comme Daniel Cohn-Bendit, des pacifistes comme Petra Kelly, des officiers comme Gert Bastian, des conservateurs comme l’ancien député démocrate-chrétien (CDU) Herbert Gruhl, l’agriculteur bio et völkisch Baldur Springmann (2) et des partisans d’une troisième voie comme August Haussleiter (3).
Le Front transversal actuel
L’idée du front transversal (Querfront) entre, d’une part, des nationalistes et, d’autre part, des communistes ou des sociaux-démocrates, née un siècle auparavant, est remise au goût du jour pour les écrivains de la Nouvelle Droite allemande Benedikt Kaiser et Manfred Kleine-Hartlage, ainsi que par le rédacteur en chef du magazine patriotique Compact Jürgen Elsässer.
Manfred Kleine-Hartlage estime qu’une alliance entre les forces patriotiques et post-communistes, face aux partis du système, constitue la dernière chance de régénérer la démocratie allemande et d’obtenir que les affrontements politiques soient conduits avec des arguments et non pas en utilisant des méthodes d’exclusion et d’intimidation à l’encontre des partis d’opposition au système, afin que l’Allemagne redevienne un État indépendant et contribue ainsi à l’établissement de la paix sur le continent européen.
La réalisation d’un éventuel front transversal en Allemagne dépend avant tout de la future décision, qui sera annoncée au plus tard à la fin de l’année 2023, que prendra la figure de proue post-communiste et député de Die Linke Sahra Wagenknecht, extrêmement populaire auprès des électeurs de l’AfD, de fonder, ou non, un nouveau parti politique.
Lionel Baland
Sources :
Ouvrages
Benedikt Kaiser, Querfront, Kaplaken 49, Verlag Antaios, Schnellroda, 2017.
Manfred Kleine-Hartlage, Querfront! Die letzte Chance der deutschen Demokratie, Verlag der 300, Berlin, 2023.
Revue
Compact, « Querfront. Wie Rechte und Linke die Kriegstreiber stoppen können », Compact-Magazin, Falkensee, 4/2023.
Notes :
(1) Meissner Karel, « Von Schlageter bis Springmann. Das Querfront-Konzept wurde, entgegen einer weitverbreiteten Legende, von Kommunisten erfunden. », in : Compact, « Querfront. Wie Rechte und Linke die Kriegstreiber stoppen können », Compact-Magazin, Falkensee, 4/2023, p. 13.
(2) Il a été membre de la SA, de la SS et du NSDAP. Au cours des années 1970, il a été actif au sein du parti national-neutraliste Aktionsgemeinschaft Unabhängiger Deutscher (AUD).
(3) Il a été co-fondateur et député, de 1946 à 1949, de la très conservatrice CSU (Union sociale-chrétienne), a fondé l’organisation nationale-neutraliste Deutsche Gemeinschaft (Communauté allemande) en 1949, a participé à la création du parti national-neutraliste Aktionsgemeinschaft Unabhängiger Deutscher (AUD – Communauté d’action des Allemands indépendants) en 1965.
Photo : DR
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2 réponses à “Allemagne : un front transversal entre les nationalistes et la gauche patriote ?”
Rades avait volé un camarade. Rosa Luxemburg disait que moins on le voyait , mieux on se portait.
Radek