Cuba : un système de surveillance numérique digne de « Big Brother » mis au jour par une ONG

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Un rapport publié le 20 janvier 2026 par l’ONG Prisoners Defenders dresse un constat glaçant : à Cuba, la surveillance numérique n’est plus un simple dispositif sécuritaire mais un véritable système de contrôle politique généralisé. Sur la base de 200 témoignages anonymes recueillis entre novembre 2025 et janvier 2026, ce document de 55 pages décrit un modèle étatique comparable au « Big Brother » imaginé par George Orwell, où chaque mot publié, chaque message privé, chaque interaction en ligne peut déclencher une sanction dans la vie réelle.

L’ampleur de la répression est sans équivoque. Près de 99 % des personnes interrogées déclarent avoir subi des représailles directement liées à leur activité numérique. Il ne s’agit pas de cas isolés mais d’un mécanisme systématique, structuré, qui articule surveillance technologique et coercition physique. Dans la quasi-totalité des témoignages, les autorités ont mentionné lors d’interrogatoires des publications Facebook, des messages WhatsApp ou même des conversations privées, preuve d’une cyberpatrouille permanente. Les victimes racontent que les policiers citent des captures d’écran, des audios échangés en privé ou des propos tenus dans des groupes fermés, sans jamais expliquer comment ces données ont été obtenues.

Cette surveillance dépasse largement le cadre du virtuel. Dans plus de huit cas sur dix, l’activité en ligne est suivie de filatures, de patrouilles devant le domicile, de visites « d’avertissement » ou même de l’installation de caméras à proximité des logements. L’ONG parle d’un système hybride où le numérique sert de déclencheur à une pression physique constante. Publier un message critique peut ainsi se traduire par la présence répétée d’agents devant chez soi, des convocations policières ou des arrestations arbitraires.

Le contrôle s’exerce également par la manipulation de la connectivité. Plus de trois quarts des personnes interrogées affirment avoir subi des coupures ciblées d’Internet, souvent lors de manifestations, de procès politiques ou à des dates symboliques comme le 11 juillet, anniversaire des grandes protestations de 2021. Dans de nombreux cas, la connexion est coupée uniquement pour la personne visée, tandis que le voisinage continue à accéder normalement au réseau. Le rapport souligne que ces interruptions coïncident fréquemment avec la publication de contenus critiques, ce qui exclut la thèse de simples pannes techniques. Les autorités bloquent aussi régulièrement l’accès à des médias indépendants et tentent d’empêcher l’usage des VPN, outils pourtant essentiels pour contourner la censure.

Les pratiques d’intrusion numérique sont tout aussi préoccupantes. Près de la moitié des répondants ont détecté des connexions suspectes à leurs comptes personnels ou des changements de mot de passe qu’ils n’avaient pas initiés. Certains ont vu des messages envoyés depuis leurs profils à leur insu. Plus grave encore, dans près de deux tiers des cas, les forces de l’ordre ont exigé l’accès direct aux téléphones lors d’interpellations, contraignant les personnes à déverrouiller leurs appareils et à livrer leurs mots de passe, sans mandat judiciaire. Des policiers ont consulté et copié des photos, des documents et des conversations privées, transformant le smartphone en instrument de contrôle étatique.

Ce dispositif est rendu possible par un cadre juridique taillé sur mesure pour la répression. Le monopole de l’opérateur public ETECSA sur les télécommunications permet à l’État de contrôler l’ensemble des infrastructures. Le décret-loi 370, aux contours volontairement flous, criminalise la diffusion « d’informations contraires à l’intérêt social », ouvrant la voie à des amendes arbitraires. Le Code pénal de 2022 et la loi de procédure pénale autorisent largement la cyberpatrouille, sans véritable contrôle judiciaire indépendant. Pour Prisoners Defenders, ces textes violent frontalement les standards internationaux en matière de droits humains, notamment les principes de légalité, de nécessité et de proportionnalité.

La conséquence directe de ce climat est une autocensure massive. Plus de la moitié des personnes interrogées ont supprimé d’anciennes publications, quitté des groupes de discussion, cessé de parler à certains proches ou fermé leurs comptes par peur des représailles. Aucun espace numérique n’est perçu comme sûr. Même les applications chiffrées comme Signal ou Telegram inspirent la méfiance. Le paradoxe est cruel : ceux qui ne subissent pas directement de sanctions sont souvent ceux qui s’autocensurent le plus, preuve que la peur fonctionne comme une arme psychologique redoutable.

Le rapport conclut à une violation grave, systématique et continue des droits fondamentaux à Cuba. Liberté d’expression, vie privée, droit de réunion et participation politique sont durablement compromis par ce panoptique numérique. L’ONG appelle à l’abrogation immédiate des lois répressives, à la fin des coupures d’Internet et à un accès libre au réseau. Elle demande également aux mécanismes onusiens et à la communauté internationale, y compris aux entreprises technologiques, d’exiger des comptes au régime cubain et de soutenir les victimes.

Derrière ces statistiques, ce sont des vies brisées, des familles sous pression et une société maintenue sous surveillance permanente. À Cuba, la dissidence n’est plus seulement traquée dans la rue ou dans les réunions clandestines. Elle l’est désormais dans chaque message envoyé, chaque publication partagée, chaque opinion exprimée. L’espace numérique, qui ailleurs sert à débattre et à s’informer, est devenu un champ de bataille où la liberté se paie au prix fort.

Photo d’illustration : DR

[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.

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3 réponses à “Cuba : un système de surveillance numérique digne de « Big Brother » mis au jour par une ONG”

  1. PL44 dit :

    Est-ce pire qu’en Chine ? En tout cas,ça va donner des idees a certains.

  2. guillemot dit :

    Petit à petit ce système de surveillance se met en place dans le monde entier. Présenté d’abord comme un moyen efficace de protection et de stabilité et pour faciliter la vie, il se transforme vite en outil de pression pour finir en mise en esclavage des peuples.

  3. Dupont dit :

    Un article intéressant, en ce sens qu’il préfigure simplement ce qui existe déjà mais apparaîtra de façon plus apparente, directe, d’ici peu, « chez nous »… enfin ce qu’il reste encore de ce « chez nous »… en France.

    Par ailleurs, ne nous le cachons pas, ne soyons pas naïfs, un grand nombre des pratiques décrites par l’ONG Prisoners Defenders, sont déjà, et depuis longtemps, mises en oeuvre, suivant les cibles et les circonstances, par les officines de notre bonne mère la ripouxblique.

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