Saint-Denis : Bally Bagayoko, le nouveau maire soninké, ou l’angle mort du discours décolonial

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Bally Bagayoko vient d’être élu maire de Saint-Denis. Proche de La France Insoumise, il s’inscrit dans un courant politique volontiers racialiste et revanchard envers l’histoire occidentale. L’historien africaniste Bernard Lugan invite, dans un texte à destination des lecteurs de l’Afrique Réelle,  à retourner la méthode décoloniale contre elle-même, en posant une question simple : d’où parle-t-il ?

La question que personne ne pose

Les milieux décoloniaux et post-foucaldiens ont théorisé ce qu’on appelle la standpoint theory — la « théorie du point de vue » — selon laquelle toute parole est socialement, historiquement et politiquement située, et doit donc être lue à l’aune de l’origine de celui qui parle. Appliquée systématiquement à « l’homme blanc », cette grille d’analyse est rarement retournée contre ceux qui la brandissent.

Or, Bally Bagayoko est d’origine soninké. Sa famille est issue de la région de Koulikoro, au Mali. Et l’histoire du peuple soninké, rigoureusement documentée par les travaux d’anthropologues et d’historiens africanistes, est indissociable d’une pratique de l’esclavage particulièrement structurée et durable.

Une société esclavagiste parmi les plus rigides d’Afrique de l’Ouest

Les Soninké appartiennent au grand ensemble mandé, réparti entre le Mali, la Mauritanie et le Sénégal. Fondateurs de l’empire du Ghana entre le VIIIe et le XIe siècle, ils jouèrent un rôle central dans les réseaux marchands transsahariens, dont la traite vers l’Afrique du Nord constituait une composante significative.

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Mais ce qui distingue la société soninké, selon l’anthropologue Claude Meillassoux, c’est que l’esclavage n’y était pas simplement un mécanisme économique : il formait une structure sociale globale, héréditaire et fermée. L’historien Martin Klein a estimé que les esclaves représentaient entre un tiers et la moitié de la population dans de nombreuses régions du Soudan occidental.

La stratification sociale soninké repose sur trois groupes : les hommes libres (Horon), les castes artisanales (Nyamakala) et les esclaves ou dépendants (Jon/Jongo). Ces appartenances sont héréditaires. Et selon les recherches d’Abner Cohen et Gibril Sankoh, le cas soninké est l’un des plus rigides du monde mandé : le statut d’esclave y est indélébile, même après affranchissement formel. Les mariages entre hommes libres et descendants d’esclaves y restent interdits, et ces derniers sont exclus des fonctions d’autorité.

Une réalité qui traverse l’émigration

Quand la colonisation française abolit juridiquement l’esclavage africain en 1905, la réalité sociale soninké ne disparut pas pour autant : le statut servile se mua en clientélisme, permettant la survie des hiérarchies traditionnelles sous une forme modernisée. Et lorsque les Soninké — parmi les premiers migrants ouest-africains vers la France — s’installèrent en métropole, ces structures les accompagnèrent.

Cohen et Sankoh ont montré que l’émancipation théorique des anciens esclaves soninké par l’émigration resta largement illusoire : en France comme au Mali, le clivage entre horon et komo (descendants d’esclaves) continua de structurer les relations sociales, les réseaux de travail et les clientèles communautaires.

Saint-Denis, laboratoire sociologique malgré lui

Pour Bernard Lugan, la ville de Saint-Denis pourrait ainsi devenir un observatoire précieux : celui d’une ancienne société esclavagiste sahélienne transplantée en France, ayant su adapter ses structures profondes aux formes contemporaines de la migration et du travail, sans les abandonner. Selon l’historien François Manchuelle, le cas soninké constitue même un laboratoire exemplaire de la sociologie des migrations ouest-africaines.

La question reste posée : comment ces hiérarchies sociales héréditaires s’articulent-elles avec la gestion municipale, les réseaux électoraux et les relations de travail au sein de la nouvelle équipe de Saint-Denis ?

Ce que Bernard Lugan souligne avec une ironie mordante, c’est l’absence totale de curiosité des milieux décoloniaux sur ce sujet. Un élu blanc aux origines coloniales sera scruté, déconstruit, interpellé sur son « positionnement ». Un élu issu d’une société dont l’esclavage reste une réalité sociale vivante bénéficie, lui, d’une immunité intellectuelle totale. Nous sommes, conclut-il, bien loin de l’assimilation républicaine — et plus encore de la cohérence.

Photo d’illustration : DR

[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.

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8 réponses à “Saint-Denis : Bally Bagayoko, le nouveau maire soninké, ou l’angle mort du discours décolonial”

  1. vert dit :

    Cette élu est d’abord un binational français de papier. Et surtout malien droit du sang par ses parents.
    Comme dans son pays d’origine.
    Un binational ne devrait pas avoir la possibilité d’accéder aux fonctions électives et fonctionnariat. A moins de renoncer a sa 2ème nationalité.
    Combien de maires blancs binationaux au mali ?

  2. Émile duboudin dit :

    J’ai connu une malienne d’origine Bambara qui m’avait raconté ça. Je ne m’en revenais pas…
    Bravo les lfistes

  3. guillemot dit :

    Attendons de voir comment ce maire , très marqué, va gérer sa commune . Comme dans beaucoup de communes de la banlieue parisienne, de nombreuses ethnies du continent africain y vivent avec leur coutumes et traditions propres. Il ne serait pas souhaitable de voir chez nous le retour des guerres tribales comme il en existe de nos jours en Afrique.

  4. Réponse dit :

    « Un binational ne devrait pas avoir la possibilité d’accéder aux fonctions électives ». Vous n’en avez pas fait mention, lorsqu’il s’agit de Meyer Habib.

  5. M. A. dit :

    Attendons voir… Attendons voir… Attendons voir… Avec un peu de chance, nous serons morts avant que ça se gâte vraiment. Après nous la fin de monde !

  6. Arturus Rex dit :

    Il faudra aussi surveiller les médiathèques : après la chasse aux flics armés, la chasse aux magazines et aux livres « nauséabonds » est ouverte : bientôt des autodafés de livres « fascistes » – Tolkien, C.S. Lewis (Narnia) & Harry Potter compris ?

  7. Jean Paul SAINT MARC dit :

    Les célèbres Traoré sont aussi soninké, eux originaire de Kayes au Nord Ouest du Mali, leur grand père était un notable, donc esclavagiste.
    Pour ce qui est Bally Bagayoko, il est originaire précisément du village de Gouni, près de Koulikoro à une 60taine de Km au Nord est de Bamako.

  8. camaradedu76 dit :

    En parlant de marchands d’esclaves:
    Tippu Tip (aka Tippo Tip, 1837–1905) était l’un des marchands d’esclaves les plus puissants et notoires de l’Afrique de l’Est au XIXe siècle.

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