Un libraire breton spécialisé dans les ouvrages rares a mis la main sur un manuscrit exceptionnel retraçant l’une des toutes premières circumnavigations françaises, bien avant les grandes expéditions scientifiques du XVIIIe siècle. Le document – révélé par Le Monde – vient d’intégrer les collections du Musée maritime de Saint-Malo.
Une trouvaille bretonne au destin remarquable
C’est dans un catalogue de vente publique que Jean-François Letenneur, libraire antiquaire établi à Saint-Briac-sur-Mer, a repéré il y a une vingtaine d’années ce volume relié en vélin, couverture vierge de toute indication. À l’intérieur, 166 feuillets manuscrits à la plume racontant une aventure maritime hors du commun : un tour du monde accompli entre septembre 1714 et mai 1717, au départ de la baie de Saint-Malo.
Passionné par ce qu’il appelle « les manuscrits qui ont navigué », le libraire a consacré des années à percer l’identité du navire concerné, en croisant les données nautiques, les escales et les noms mentionnés dans le texte avec les travaux des historiens spécialisés. Son enquête l’a conduit jusqu’au Grand-Dauphin, un solide bâtiment marchand de 350 tonneaux armé d’une trentaine de canons, dont le nom était jusqu’alors peu connu du grand public.
Le premier navire français à faire le tour du monde
L’existence de circumnavigations françaises à caractère commercial antérieures à l’expédition de Bougainville (1766-1769) était connue des spécialistes depuis les travaux du chercheur suédois Erik Wilhelm Dahlgren au début du XXe siècle. Mais faute de documents accessibles, ces voyages étaient restés dans l’ombre. Le journal retrouvé par Letenneur correspond au second tour du globe accompli par le Grand-Dauphin, son premier ayant eu lieu entre 1711 et 1714.
Selon Jean-Yves Besselièvre, historien et administrateur du Musée national de la marine à Brest, le Grand-Dauphin peut aujourd’hui être considéré comme le premier navire français à avoir accompli cet exploit. Contrairement aux expéditions scientifiques financées par l’État, dont les récits étaient publiés et diffusés, ces voyages marchands relevaient du secret commercial — ce qui explique leur long oubli.
L’itinéraire suivi par le Grand-Dauphin répondait à une logique commerciale précise, imaginée par quelques armateurs malouins avisés. Parti de Saint-Malo chargé de toiles de lin bretonnes, d’horloges, de dentelles et d’ustensiles divers, le navire traversait l’Atlantique, doublait le cap Horn, longeait les côtes chiliennes et péruviennes pour y vendre sa cargaison contre de l’argent métal. Il traversait ensuite le Pacifique jusqu’à Canton, où ce même argent servait à acquérir soieries, porcelaines et laques chinoises, avant de rentrer en France via le cap de Bonne-Espérance.
La combinaison de ces deux circuits complémentaires — les mers du Sud et l’Asie — impliquait de facto de réaliser un tour du monde, ce qu’aucun vaisseau français n’avait encore tenté. Le succès fut tel que l’armateur Guillaume Rouzier organisa un second départ dès 1714.
Au-delà des données de navigation, le journal se distingue par la richesse de ses observations : descriptions de paysages, récits d’escales, comptes rendus de négociations commerciales. À Canton, l’auteur relate avec un émerveillement palpable l’arrivée du fonctionnaire impérial accompagné de près de deux cents hommes et d’une vingtaine d’embarcations. Plus sobrement, de petites croix apparaissent régulièrement dans les marges — chacune signalant la mort d’un marin.
Un second témoignage, conservé à la bibliothèque de l’Institut de France et rédigé par un chirurgien de bord, relate le premier voyage du navire à partir de 1711. Ensemble, les deux documents permettent de reconstituer avec une précision inédite l’ensemble de cette double épopée maritime.
Vers une présentation au public en 2029
Après avoir soigneusement constitué un dossier validé par les institutions compétentes — dont la Bibliothèque nationale de France et les Archives nationales —, le Musée maritime de Saint-Malo a officiellement acquis le manuscrit. Sa présentation au public est envisagée lors de la réouverture du musée, prévue en 2029. Les contraintes de conservation imposent une exposition à la lumière limitée dans le temps, alternée avec de longues périodes de mise à l’abri.
PHOTO : wikipedia [cc]
Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.
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2 réponses à “Saint-Malo : un journal de bord vieux de trois siècles lève le voile sur les premiers tours du monde français”
qu’attend t’on pour le publier ?
Très interessant , les Chinois adoraient l’argent, les canons c’est pas du luxe : il faut en faire un Film.