Le cyclisme m’a blessé – et je n’ai pas encore décidé de lui pardonner. Mais aujourd’hui c’est Paris-Roubaix !

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Il faut vous avouer quelque chose. Cette saison, je n’ai pas écrit. Pas une ligne. Pas un souffle. Le clavier s’est fermé comme une huître blessée, et j’ai regardé les courses les bras croisés, avec cette moue de vieux spectateur qui reconnaît le truc de magie mais n’arrive plus à s’émerveiller.

Ce n’est pas la fatigue. Ce n’est pas l’indifférence. C’est pire : c’est le doute. Ce doute-là qui vous rattrape, comme à l’époque Armstrong, et qui ne vous lâche plus, qui s’assied dans le canapé à côté de vous et commente à voix basse pendant que les coureurs s’envolent dans les cols ou explosent sur les pavés. Ce doute qui a un nom, un visage, un maillot jaune permanent et un manager à la biographie aussi tourmentée que les lacets de l’Alpe d’Huez.

Tadej Pogačar.

Là, je l’ai dit. Et je ne m’en excuse pas.

Je veux être juste. Je veux être honnête, comme Blondin l’était, lui qui aimait les coureurs comme on aime les personnages de roman — avec leurs grandeurs et leurs failles. Pogačar roule vite. Pogačar roule trop vite. Pogačar roule d’une façon qui vous laisse pantois, puis perplexe, puis nauséeux. Il attaque quand il veut, où il veut, comme s’il pédalait seul sur une route fermée pendant que les autres font de la figuration. L’UAE Emirates l’enveloppe comme un cocon de soie dorée. Et au centre de cette toile, Mauro Gianetti, le seigneur discret dont le passé dans ce sport n’est pas exactement une page blanche immaculée.

On ne l’accuse de rien. La justice, c’est sacré. Mais la mémoire, ça l’est aussi.

Alors on regarde. On se tait. On n’écrit plus.

Et puis arrive ce gamin. Paul Seixas. Dix-neuf ans, le visage encore ingrat de la fin d’adolescence, et une façon d’écraser ses adversaires qui devrait, normalement, révolter les consciences. Sauf que Seixas est Français. Sauf que son équipe passe pour sérieuse. Sauf que les soupçons, dans ce sport à géographie variable de la vertu, ont toujours eu la nationalité commode. On s’interroge à demi-voix sur le Slovène multi-millionnaire sous contrat avec des sponsors du Golfe. On s’extasie presque sur le petit prodige en devenir.

Je ne dis pas qu’il triche. Je dis que la grille de lecture n’est pas la même. Et ça, ça mérite d’être dit, même si ça dérange.

Mais voilà. Ce dimanche, il y a Paris-Roubaix.

Et Paris-Roubaix, c’est une autre affaire. C’est une course qui se fiche de la physiologie, des watts au kilo, des algorithmes de performance. Les pavés ne calculent pas. Ils punissent. Ils brisent les rois et couronnent les forgerons. C’est une course où la mécanique peut mourir, où un crevaison change un destin, où le vent du Nord siffle comme un vieux juge incorruptible.

La semaine dernière, au Ronde van Vlaanderen — ce Tour des Flandres qui est peut-être la plus belle course du monde quand elle daigne exister vraiment — on a espéré. On a serré les poings devant l’écran. On a rêvé que Pogacar ou que Mathieu van der Poel, déjà si souvent couronnés, soient enfin dépassés. Comme on prie en ce dimanche que Wout Van Aert trouve enfin sa rédemption, que Filippo Ganna, ce géant taillé dans le granit padouan, laisse éclater une victoire qui semble lui appartenir depuis toujours par droit divin musculaire. Ou un autre. N’importe quel autre. Pourvu que le scénario ne soit pas écrit d’avance.

Alors on se reprend, vous comprenez ?

On se reprend à regarder des courses d’un jour avec une attention de premier rang. On se reprend à vibrer pour un vainqueur d’étape anonyme sur une semi-classique belge, pour un coureur de 28 ans qui n’a jamais rien gagné de grand et qui lève les bras pour la première fois comme s’il venait de décrocher la lune. Ces joies-là sont propres. Ces joies-là ne méritent pas le doute.

On se reprend à rêver d’un cyclisme qui n’existe peut-être plus — ou qui survit en lisière, dans les petits pelotons, dans les kermesses flamandes où il faut mériter chaque mètre au lieu de le survoler.

Paris-Roubaix, ce dimanche, sera peut-être la dernière chance de croire, une semaine encore, que ce sport est encore le nôtre.

Que les pavés de Mons-en-Pévèle et de la trouée d’Arenberg n’appartiennent à personne — ni aux UAE, ni aux managers sulfureux, ni aux puissances financières qui ont mis le cyclisme en location. Que l’Enfer du Nord est encore un endroit où les dieux tombent.

J’espère que Pogačar ne gagnera pas. Pas pour me faire plaisir. Mais pour me rendre la foi. Et pour me relancer.

Et si ce n’est pas cette fois-ci, il restera toujours les petites courses, les grands courages, et l’obstination des imbéciles heureux que nous sommes — incapables de cesser d’aimer ce vélo qui nous ment si bien.

Yann V

Photo d’illustration : DR

[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.

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2 réponses à “Le cyclisme m’a blessé – et je n’ai pas encore décidé de lui pardonner. Mais aujourd’hui c’est Paris-Roubaix !”

  1. guillemot dit :

    Le fric accompagné des « substances magiques » ont tout pourri y compris le sport devenu les nouveau « jeux du cirque ».

  2. Courtial Ronan dit :

    Armstrong dopé, révoltant, énervant mais intelligent. Ce qui était stupéfiant c’était de voir le lourdaud Ullrich l’accompagner sur les pentes les plus raides. Je vois Pogacar comme un idiot utilisé par une entreprise de milliardaires, véritable agence de tourisme ( affligeant PSG, affligeant foot en général ). Paul Seixas! laissons-lui une chance, car je lui souhaite bien du courage face aux « étonnants » Almeida, Del Toro… voire le prétentieux Remco sur les CLM. Quant au cyclisme Breton, je voyais Gaudu en nouveau Charly Mottet et Warren Barguil ( joli palmares toutefois) en Virenque ( sans seringue)… Raté! Je souhaite une jolie pour le vétéran Coquard, une très belle (le temps passe) pour Madouas et une incroyable pour l’espoir Laurance. Pour ce Roubaix 2026, je vote Ganna!

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