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Alors le vélo existe encore. Quelqu’un a oublié de prévenir les cyniques, les blasés, les compteurs de watts et les procureurs de salon. Quelqu’un n’a pas lu la notice. Ce quelqu’un s’appelle Wout Van Aert, et ce dimanche sur le Vélodrome de Roubaix, il a offert au cyclisme quelque chose de rare, d’insolent, de presque indécent de beauté : une victoire méritée par une vie entière.
Je reviens de loin, moi aussi. Ce matin, je vous avouais ici même que je n’écrivais plus. Que le doute m’avait scellé les mains. Que Pogačar et son empire me coupaient l’envie comme on coupe le courant.
Ce soir, j’ai rallumé la lumière.
Mais commençons par l’impardonnable : la Visma a failli tout gâcher.
À plus de cent kilomètres de l’arrivée, Pogačar crève. Une minute de retard. Le champion du monde slovène, l’homme-machine, le vampire du peloton, est seul sur le bord d’une route du Nord, ses coéquipiers éparpillés par la guerre des pavés. C’était le moment. C’était le moment, celui que le cyclisme offre une fois par décennie — éliminer le monstre quand il est à terre, lui fermer la porte, ne pas jouer à être gentil.
La Visma a joué à être gentille.
On attend encore l’explication tactique convaincante. Dans ces cas-là, il n’y en a pas. Il y a juste des directeurs sportifs qui calculent mal, qui surestiment leurs propres forces, qui oublient que Pogačar même crevé et à une minute, ça revient toujours. Et ça revient en colère.
Le Slovène est rentré. Bien sûr qu’il est rentré. Les monstres ne disparaissent pas sur une crevaison.
Mais voilà — et c’est là que le conte devient épopée — cet effort de retour, cette dépense d’orgueil pour ne pas mourir, lui a peut-être coûté le sprint final. La Nemesis du grand Tadej, ce dimanche, c’est autant la mécanique des pavés que le colosse de Herentals qui n’a jamais voulu plier.
Wout Van Aert.
On pourrait écrire son nom en lettres capitales sur chaque pavé de la Trouée d’Arenberg et ça ne suffirait pas encore.
Combien de fois l’avons-nous vu arriver deuxième ? Troisième ? Podium magnifique, podium consolation, podium qui sonne creux quand on a le talent pour gagner. Au bord de la dépression. Combien de fois les crevaisons, les chutes, les malchances accumulées comme une collection de coups du sort réservés aux élus ? Ce dimanche encore, il a crevé à 71 kilomètres de l’arrivée. Seul. Laporte planqué à l’avant, inutilisable. La messe semblait dite.
Un autre aurait lâché. Un autre aurait géré, préservé, attendu la prochaine occasion.
Van Aert est revenu seul. Dans le vent du Nord. Sur les pavés. Sans aide. Parce que c’est ce qu’il fait depuis qu’il roule à vélo — il revient de partout, il revient de tout. Des genoux explosés, des hivers de doute, des défaites qui auraient brisé des carrières entières.
Et quand il a fait la jonction, il n’a même pas soufflé. Il a attaqué.
Dans le Carrefour de l’Arbre, l’endroit où Paris-Roubaix se joue et se perd depuis toujours, Pogačar a tout essayé. Dans Mons-en-Pévèle aussi. Sur chaque aspérité, chaque relance, chaque angle que les pavés lui offraient pour distancer le Belge. Mais Van Aert ne lâchait pas. Pas un millimètre. Comme s’il tenait la roue au-delà de ses forces, comme si quelque chose d’autre que la physiologie le maintenait dans la course.
Peut-être que ce quelque chose avait un nom : Michael Goolaerts.
Son ancien coéquipier. Tombé sur cette même course. Sur ces mêmes pavés. En 2018. Mort en course, à 23 ans, d’un arrêt cardiaque, pendant que le peloton continuait de rouler sans savoir.
Van Aert n’a pas oublié. Il n’oubliera jamais. Et cette victoire, il l’a dédiée à lui, à sa famille, aux équipes qui l’ont construit, à tous ceux qui ont cru en lui quand les défaites s’accumulaient. Quand il a parlé au micro, la voix légèrement cassée, j’ai eu honte d’avoir douté du cyclisme.
Pas longtemps. Mais quand même.
Mathieu Van der Poel ? Il a crevé dans Arenberg dans une scène tragique — tentant de prendre le vélo de Philipsen avant de se raviser, perdant deux minutes, revenant de nulle part jusqu’à la quatrième place par pur orgueil de champion. On ne peut pas lui en vouloir aujourd’hui. On lui en voudra une prochaine fois.
Pogačar, lui, a pris le deuxième rang. Il a couru fort. Il a couru vrai. Et pour une fois, le plus fort n’a pas gagné. Pour une fois, le plus juste a gagné.
Il m’arrive encore de croire au vélo.
Ce sport me ment depuis si longtemps que j’ai développé des anticorps. Mais là, sur ce Vélodrome de Roubaix, sous ce ciel du Nord qui n’est beau que quand il est gris, j’ai vu un homme tenir une promesse qu’il s’était faite à lui-même — à lui, à un mort, à tous ceux qui l’avaient regardé perdre en se demandant quand viendrait enfin son heure.
L’heure est venue.
Elle était en retard, comme souvent les choses qui valent vraiment quelque chose.
Merci, Wout. Tu nous as rendu le vélo pour une semaine encore. C’est toujours ça de pris.
Yann V
Photo d’illustration : DR
[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.
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5 réponses à “Paris-Roubaix 2026. Van Aert, enfin — le vélo a une âme !”
Oui justice a été rendu pour une fois .
nozmad : à signaler que Franziska Koch a remporté Paris-Roubaix féminin 2026, suivie de Marianne Vos et de Pauline Ferrand-Prévot, notre coureuse française. Cette course avait lieu aussi cette après midi ; encore un grand bravo à ces immenses championnes et aux organisateurs. Çà donne vraiment envie de prendre son vélo cette semaine pour essayer de les égaler et d’essayer de faire des efforts afin d’éliminer l’excès de protéines pris en nourriture ce dimanche resté à regarder à la télévision la course de ces cyclistes de l’enfer du Nord.
Très bel article sur le cyclisme, comme d’habitude !
Bravo, merci pour ce bel article qui rend honneur à ce sport et à un dimanche plus qu’épique !
Sublime photo d’IA, à défaut d’en avoir une vraie prise sur place (ah mince c’est vrai il n’y a pas de reporters à Breizh-info, c’est comme à Cnews). Sinon, pour Yann V : vos meilleurs articles restent ceux écrits lors de votre récent voyage, personnellement. Cdt.