Personne ne les aime. Ils s’en foutent. Millwall, club mythique d’Angleterre, bientôt en Premier League ?

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Il y a des clubs de foot qu’on admire. Il y a des clubs qu’on aime. Et puis il y a Millwall.

Millwall, c’est autre chose. Millwall, c’est le club que tout le monde déteste, et qui a fait de cette haine universelle sa raison d’être, son carburant, son identité. « No one likes us, we don’t care » — Personne ne nous aime, on s’en fout — chanté à gorge déployée par 20 000 gorges enrouées à chaque match du Den, ce stade érigé en 1993 à côté de l’ancien Den, coincé entre les voies ferrées de Bermondsey, dans le sud-est de Londres, comme une forteresse que personne ne voudrait assiéger mais que tout le monde craint.

Et cette saison 2025-2026, ces mal-aimés professionnels sont en train de faire quelque chose d’absolument dingue : ils pointent en troisième position du Championship, à un souffle de la Premier League (les deux premiers montent directement, les 3ème, 4ème, 5ème et 6ème se disputent la place restante lors de barrages). Pour la premièe fois de leur histoire depuis que la Premier League existe (le club a joué en Première division les saisons 88-89 et 89-90 à l’époque du mythique Tony Cascarino), les Lions pourraient débarquer dans l’élite du football anglais. Et franchement, on ne sait pas si le football anglais est prêt pour ça.

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1885 : nés dans la conserve et la sueur des docks

Commençons par le début, parce que l’histoire de Millwall, c’est d’abord une histoire de classe ouvrière, de docks, de sueur et de ferraille.

L’Isle of Dogs, East London. Des ouvriers de l’usine de conserves J.T. Morton décident de créer un club de foot. Ils s’appellent les Millwall Rovers. Leur premier match se termine 5-0 en leur défaveur — mais ça, c’est un détail. Ce qui compte, c’est ce que ces gens incarnent dès le départ : des travailleurs de la dock, des bras abîmés, des gueules tannées, des types qui se battent pour leur bouffe. Le football comme prolongement de la vie réelle. Pas de propriétaire de milliardaire du Golfe Persique. Pas de fans touristiques qui font des selfies. Juste des ouvriers qui jouent au foot après le boulot.

Le club traîne cette ADN depuis 140 ans et ne s’en est jamais départi. C’est peut-être ce qui le rend aussi incompréhensible pour le football moderne — et aussi précieux.

Le club déménage plusieurs fois sur l’île de Dogs avant de traverser la Tamise pour s’installer à New Cross en 1910, où est construit The Den — le repaire, littéralement. Le nom dit tout. Pas un stade. Un repaire. Un endroit où l’ennemi entre à ses risques et périls.

Le Den : l’endroit où les équipes visiteurs perdaient des nuits de sommeil

Dans les années 1960 et 70, aller jouer à Millwall, c’était une expérience particulière. Les supporters adverses ne venaient simplement pas. À Arsenal, Tottenham, West Ham, il y avait toujours des visiteurs. Au Den, jamais. Pas besoin d’explication. Les gens n’étaient pas idiots.

L’ambiance du Den était — et reste — quelque chose d’unique dans le football anglais. Un vieux stade à l’anglaise, debout dans le sens littéral du terme, où les tribunes tombent sur le terrain, où le bruit ne s’échappe pas, où chaque centimètre carré de l’enceinte transpire le parti pris, la fidélité tribale et la défiance totale envers quiconque porte un maillot adverse.

Quand Tony Cascarino, ancien attaquant irlandais passé par l’OM, qui a vécu la grande époque Millwall à la fin des années 80, raconte ses souvenirs, il parle d’une chose : « Je n’avais pas marqué pendant les deux ou trois premiers matches, et ils étaient tous à m’insulter. » Cascarino — un attaquant international — se fait insulter par ses propres supporters. « Là, je me suis dit : wow, ils m’ont vite adopté ! » dit-il en riant. C’est ça, Millwall. La tendresse prend des formes particulières.

Les Bushwackers : quand Millwall faisait trembler l’Angleterre

Il faut parler du hooliganisme, parce que l’histoire de Millwall ne serait pas complète sans ça — et parce que le nier serait aussi absurde que de nier que le club vient des docks.

Dans les années 70 et 80, les Bushwackers — le firm de Millwall — étaient la firme la plus redoutée d’Angleterre. Pas les plus nombreux. Les plus craints. Des rivaux comme Manchester United ou West Ham les classaient systématiquement parmi les tops du pays. Colin Blaney, hooligan de Man United, les citait dans son autobiographie parmi les quatre firms les plus redoutables. Cass Pennant, figure de l’Inter City Firm de West Ham, leur a consacré un épisode de sa série YouTube, décrivant une réputation de violence qui faisait peur même à leurs ennemis les plus aguerris.

La rivalité avec West Ham mérite un chapitre à part entière. Ces deux clubs se détestent depuis 1906, quand leurs supporters — essentiellement des dockers qui travaillaient pour des entreprises concurrentes — se battaient déjà dans les rues après les matchs. En 1976, un supporter de Millwall, Ian Pratt, mourait lors d’une bagarre à la station de New Cross, tombant sous un train. La réponse des Bushwackers ? Des tracts distribués dans les tribunes du Den avec la photo de Pratt et les mots : « Un supporter de West Ham doit mourir la semaine prochaine pour le venger. » C‘est brutal, c’est sombre, et ça dit quelque chose sur ce qu’était ce monde-là.

Le point d’orgue — ou le point le plus bas, selon le point de vue — reste l’émeute de Kenilworth Road en mars 1985. Un quart de finale de FA Cup contre Luton. 20 000 personnes dans un stade qui en contient 10 000. Envahissement de pelouse, affrontements, missiles, le gardien de Luton touché. Le nom de Millwall devient, selon un historien du club lui-même, « synonyme de tout ce qui allait mal dans le football et la société ».

Mais voilà ce qu’on oublie souvent : la presse anglaise a systématiquement utilisé Millwall comme punching-ball. Quand Gavin Grant, un attaquant ayant joué pour huit clubs différents — dont seulement quatre matches à Millwall — est condamné pour meurtre, la BBC titre : « L’ancien attaquant de Millwall Gavin Grant coupable de meurtre. » Pas l’ancien attaquant de Bradford, où il évoluait au moment des faits. L’ancien attaquant de Millwall. L’ancien manager Kenny Jackett le résumait bien : « Millwall est un club facile à critiquer. Et la façon dont nous sommes traités dans la presse est injuste. »

Depuis les années 2000, le club a profondément changé. Les violences ont considérablement diminué. Le Den a été détruit, remplacé par The New Den, et accueille désormais des supporters visiteurs. Le travail communautaire de Millwall dans South London est reconnu comme exemplaire. Mais la réputation colle, comme une étiquette qu’on n’a jamais vraiment voulu enlever parce qu’elle arrange tout le monde.

1988 : les deux saisons en First Division, ou la seule fois où les Lions ont flirté avec les grands

En 1988, sous la houlette du manager John Docherty, Millwall réalise quelque chose d’inédit : ils remportent le titre de deuxième division et montent pour la première fois de leur histoire en First Division. Dans les vestiaires après la montée à Hull, les supporters avaient suivi les joueurs dans les tribunes, puis dans le tunnel, puis dans le vestiaire lui-même. Personne ne les a fait sortir. Cascarino se souvient d’un homme qui pleurait : il avait vu Millwall monter pour la première fois de sa vie.

La première saison est brillante. L’attaque Cascarino-Sheringham terrorise les défenses adverses. Le club finit dixième. Dixième ! C’est le rang le plus bas qu’ils occupent de toute la saison. Teddy Sheringham, que tout le monde va bientôt s’arracher, commence à se révéler au grand public. Millwall est dans la cour des grands.

La deuxième saison est moins heureuse. Ils terminent bons derniers et descendent. Depuis, c’est le désert de la Premier League. Trente-six ans d’absence. Un passage en finale de FA Cup en 2004 (perdu 3-0 contre Manchester United), une aventure en Coupe UEFA la saison suivante, éliminés par Ferencváros. Des remontées, des descentes, des play-offs perdus, des saisons à se battre pour le maintien.

2025-2026 : la saison de tous les possibles

Et puis arrive cette saison. Alex Neil, le manager écossais nommé en janvier 2025, a réussi quelque chose que personne n’attendait vraiment : il a transformé Millwall en machine à points. Pas une machine élégante. Pas une équipe qui vous éblouit avec un football champagne. Une équipe qui grignote, qui résiste, qui marque dans les dernières minutes, qui ne lâche jamais.

La victoire 2-1 à Middlesbrough début avril a propulsé le club en concurrence pour la deuxième place — synonyme de montée directe en Premier League. Le défenseur français Tristan Crama, passé par les équipes réserves de Brentford, est l’homme fort de la saison. L’attaquant Macaulay Langstaff, arrivé de Notts County, plante les buts au moment où il faut. L’Algérien Camiel Neghli apporte le feu sur les ailes.

Le match nul 0-0 à West Brom quelques jours plus tard n’a pas été un désastre — Alex Neil lui-même le formule comme il le pense : « Si tu ne peux pas gagner, assure-toi au moins de ne pas perdre. » C’est du Millwall dans le texte. Pragmatique. Collectif. Sans chichis.

Les semaines qui restent seront tendues. La concurrence est féroce. Il reste 4 matchs (dont le derby contre QPR samedi prochain, puis déplacement à Stoke et Leicester avant de recevoir Oxford). Les barrages sont assurés avec encore un point. Mais pour la première fois depuis 1990, la Premier League n’est plus une chimère pour Millwall.

Ce que ça représenterait

La Premier League ne sait pas encore ce qui l’attend si Millwall monte. Le Den, avec ses 20 000 places, n’est pas exactement Old Trafford. L’atmosphère n’est pas non plus celle des boutiques de souvenirs de Leicester Square. Ce sera bruyant, hostile, authentique — un vestiaire visiteur si petit que l’intendant du club le reconnaît lui-même en riant.

Les diffuseurs télévisés vont se retrouver face à quelque chose d’un peu difficile à polir pour un public mondial. Les fans de Millwall ne sont pas là pour le storytelling de la Premier League. Ils sont là pour leur club.

Et c’est exactement pour ça que cette histoire est belle. Dans un football qui ressemble de plus en plus à un produit global standardisé, Millwall rappelle ce que ce sport était à l’origine : un jeu populaire, ouvrier, ancré dans une communauté, porté par des gens qui n’ont rien d’autre à offrir que leur passion totale et leur fidélité absolue.

Personne ne les aime. Ils s’en foutent. Et franchement, on les aime pour ça.

Yann V

Crédit photo : DR (photo d’illustration)
[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle. Breizh-info.com, 2026, dépêches libres de copie et de diffusion sous réserve de mention obligatoire et de lien do follow vers la source d’origine.

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2 réponses à “Personne ne les aime. Ils s’en foutent. Millwall, club mythique d’Angleterre, bientôt en Premier League ?”

  1. Pierre dit :

    Je découvre les matchs de foot et comprends maintenant l’expression « Virage d’Auteuil ».
    C’est l’extension des jeux du cirque romains !
    On ne peut pas dire que ça élève l’humanité :-))
    Pour élever un peu l’humanité tout en gardant ce jeu de la balle au pied qui, lui, est stratégiquement intéressant, on peut, par exemple, vendre des billets sans « virages », mélangés, où les partisans d’un des clubs seront mélangés avec les partisans de l’autre club, 50-50, au hasard. A terme, cela forcera les spectateurs à être « plus humains », moins sauvages.
    Oui, laissez-moi être un doux rêveur et appliquons au moins une fois.

  2. JLP dit :

    50-50 ? Quelle belle boucherie tu nous promets, Pierre !

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