Le compte à rebours est lancé. Le 16 avril, OC Sport Pen Duick a dévoilé la liste des 118 skippers engagés dans la 13ᵉ Route du Rhum-Destination Guadeloupe, dont le départ sera donné de Saint-Malo le dimanche 1ᵉʳ novembre 2026 à 13 h 02. Un plateau jugé par les organisateurs comme le plus relevé de l’histoire de l’épreuve. Et, sans surprise, la Bretagne y joue un rôle central — comme toujours depuis 1978.
Il y a des rendez-vous auxquels on ne manque pas. La Route du Rhum en fait partie. Tous les quatre ans, Saint-Malo redevient ce qu’elle n’a jamais cessé d’être : la capitale mondiale de la course au large, le point de ralliement d’une marine qui n’a rien perdu de son panache depuis Surcouf. En novembre prochain, 118 skippers — « amateurs éclairés » et professionnels les plus aguerris de la planète — s’élanceront de la Cité corsaire pour rejoindre Pointe-à-Pitre en solitaire, dans ce qui s’annonce d’ores et déjà comme un millésime exceptionnel.
Un plateau comme on en a rarement vu
La répartition des engagés donne le vertige : 6 ULTIM, 11 Ocean Fifty, 26 IMOCA, 49 Class40 — classe reine en nombre —, 13 Vintage Multi et 13 Vintage Mono. Six catégories, un seul parcours, une ligne de départ commune : la recette miracle qui fait de la Route du Rhum une compétition hors norme, à la fois sportive et populaire. Quand Joseph Bizard, directeur général d’OC Sport, parle de « carrefour de la course au large » et de « rendez-vous de l’excellence de la voile mondiale », il ne cède pas à la facilité du communiqué : il décrit simplement une réalité.
ULTIM : le combat des Léviathans
Charles Caudrelier remet son titre en jeu à la barre d’un bateau flambant neuf, Gitana 18 — un trimaran volant de 32 mètres. Il aura fort à faire face à Armel Le Cléac’h (Maxi Banque Populaire XI), qui court derrière une victoire qu’il n’a jamais obtenue sur le Rhum, à Tom Laperche (SVR-Lazartigue) pour sa première participation, à Thomas Coville (Sodebo Ultim 3) et à Anthony Marchand (Actual Ultim 4), qui évolue sur l’ex-Gitana 17, le bateau tenant du titre. Mention spéciale au Malouin Louis Burton, qui découvre la classe à bord de l’ULTIM Armand Thiery. Un enfant du pays sur un géant des mers, au départ de son port d’attache : l’image est forte.
IMOCA : Beyou, Goodchild et une cohorte d’outsiders
Dans une classe qui compte 26 bateaux au départ, le suspense est total. Jérémie Beyou (Charal), troisième en 2022 et vainqueur de la Transat Café L’Or à l’automne, et Sam Goodchild (Macif Santé Prévoyance), lauréat de la Course des Caps, tiennent la corde. Mais Thomas Ruyant (TR Racing), tenant du titre, Sébastien Simon (Groupe Dubreuil Air Caraïbes), Violette Dorange (Initiatives Cœur), Elodie Bonafous (Association Petits Princes – Quéguiner) ou l’Italienne Francesca Clapcich (11th Hour Racing) ne seront pas des figurants. « Traverser l’Atlantique n’a rien d’anodin, surtout avec les conditions difficiles qu’on peut rencontrer en début de course », rappelle sobrement Elodie Bonafous. La Bretagne aime ce genre de tempérament.
Ocean Fifty et Class40 : le royaume des petits écarts
En Ocean Fifty, on se souvient que 18 minutes avaient séparé le premier du deuxième il y a quatre ans. Le cru 2026 s’annonce tout aussi serré, avec la présence des onze bateaux de la classe, l’expérimenté Thibault Vauchel-Camus (Solidaires en Peloton) en tête, talonné par le Malouin Luke Berry (Le Rire Médecin Lamotte), le novice Léonard Legrand (Sodebo Fifty) et le jeune Basile Bourgnon (Edenred), fils de l’immense Laurent.
En Class40, classe la plus nombreuse, le niveau n’a jamais été aussi homogène. Corentin Douguet (SNSM, Faites un don !) fait figure de favori, mais Fabien Delahaye (Legallais), Ian Lipinski (Crédit Mutuel), Achille Nebout (Amarris), Alexis Loison (Réel) et l’escouade italienne entendent bien contester cette hiérarchie. « Quand tu es skipper Class40, la Route du Rhum-Destination Guadeloupe, ce sont nos Jeux Olympiques », résume Vincent Riou. Tout est dit.
Vintage Multi et Vintage Mono : quand les légendes reviennent
C’est sans doute là que bat le cœur historique de la course. Six Orma au départ en Vintage Multi, avec Francis Joyon (Pour les Océans), Damien Seguin (ARKEA – Handicap International), Éric Péron, Gilles Lamiré. Aux côtés de catamarans modernes éco-conçus de Roland Jourdain et Marc Guillemot. Ces trimarans mythiques, qui ont marqué les heures de gloire de la course au large dans les années 1990-2000, reprennent du service pour le plus grand bonheur des passionnés.
En Vintage Mono, treize bateaux et treize histoires. Jean Le Cam — l’immense, l’irréductible Finistérien — prendra le départ à bord d’un Swan 59 qu’il rénove depuis quatre ans, mêlant « l’esprit vintage, du bois, tout en le dotant de technologie moderne ». Et puis il y a Tanguy Caradec (Eurvad), qui s’inscrit dans les pas de son père Loïc, tragiquement disparu lors de l’édition 1986. Un nom, une mémoire, une transmission. La Route du Rhum, c’est aussi cela : une chaîne ininterrompue de fidélités familiales et marines.
Saint-Malo, épicentre d’une fête populaire
Le village ouvrira ses portes le mardi 20 octobre 2026, pour treize jours d’animations, de rencontres avec les skippers et d’ambiance à nulle autre pareille. Le départ sera donné au large de la pointe du Grouin le 1ᵉʳ novembre à 13 h 02, avant que la flotte ne longe la Côte d’Émeraude jusqu’au Cap Fréhel — spectacle gratuit, grandiose et gratuitement offert à un public qui sait ce qu’il doit à la mer.
Gilles Lurton, maire de Saint-Malo, souligne à juste titre que l’événement « est profondément ancré dans l’histoire maritime malouine ». On ne saurait mieux dire : depuis 1978, chaque édition est venue rappeler que Saint-Malo n’est pas un décor de carte postale, mais un port vivant, une tradition, une identité. Et que la Bretagne, loin des prétentions centralisatrices d’un État qui ne comprend plus grand-chose à ses territoires, continue d’exporter du talent, du savoir-faire et des rêves.
Loïg Chesnais-Girard, président socialiste de la Région Bretagne, s’est fendu d’un communiqué convenu. On préférera retenir les mots de Damien Seguin, qui ramène l’essentiel à sa juste place : « Ce sont des bateaux engagés, rapides sur l’eau, beaux à voir, et ça va être un super match entre nous. » On ne demande rien de plus.
Rendez-vous en novembre
Dans une époque qui a désappris à célébrer ses héros sans y coller une cause communicante, la Route du Rhum reste ce qu’elle a toujours été : un hommage rendu à des marins qui, seuls face à l’océan, réaffirment tous les quatre ans qu’il existe encore en France — et tout particulièrement en Bretagne — une lignée d’hommes et de femmes capables d’affronter l’Atlantique avec pour seuls bagages leur compétence, leur courage et la confiance placée dans un bateau.
Rendez-vous donc à Saint-Malo, à partir du 20 octobre 2026. Et, pour ceux qui resteront à terre, devant leur écran, pour suivre avec la même ferveur qu’en 1978 le ballet des voiles blanches gagnant la haute mer, cap sur la Guadeloupe.
Photo : © Ewan Lebourdais (DR)
[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.
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