Pendant que 600 professionnels du cinéma français, parmi les plus titrés et les mieux subventionnés, signaient dans Libération une tribune dénonçant « l’emprise grandissante » de Vincent Bolloré sur le septième art — déclenchant la riposte de Maxime Saada, président du directoire de Canal+, qui a annoncé ne plus vouloir travailler avec les signataires —, une voix très différente s’est élevée. Celle d’une réalisatrice française presque cinquantenaire, qui n’a jamais foulé le tapis rouge de Cannes en compétition, n’a jamais reçu de César, et que l’on ne verra jamais saluée dans les pages culture du Monde ou de Libération : Cheyenne Carron.
Son texte, publié sur ses réseaux, prend l’exact contrepied du chœur dominant. Elle y explique avoir commencé le cinéma à 23 ans, avoir aujourd’hui presque 50 ans, et avoir essuyé pendant toute sa carrière les refus du Centre national du cinéma (CNC) et des collectivités territoriales. À force de portes fermées, elle a parfois douté de son travail et même envisagé d’abandonner. Et puis, il y a cinq ans, Canal+ — et donc, indirectement, Vincent Bolloré — l’ont soutenue. C’est grâce à cet appui, écrit-elle, qu’elle a pu continuer à tourner. Elle dit avoir trouvé chez la chaîne cryptée des interlocuteurs respectueux d’un cinéma d’auteur, artisanal et exigeant, sans qu’on lui demande de se renier. Sa conclusion est sans détour : les seuls à avoir réellement soutenu et respecté son travail ces dernières années, ce sont Canal+ et l’actionnaire que tout le milieu vilipende.
Une cinéaste invisible pour le milieu, prolifique en réalité
Pour qui découvre son nom, le décalage entre la discrétion médiatique de Cheyenne Carron et l’ampleur de son œuvre a de quoi surprendre. Née en 1976 à Valence, abandonnée à trois mois par ses géniteurs kabyles, adoptée à l’âge de vingt ans par une famille catholique et socialiste de la Drôme, elle a choisi le prénom de Cheyenne en hommage à son frère cadet adopté du Guatemala. Après un simple CAP de secrétariat, elle décide à 18 ans qu’elle sera cinéaste. Elle a tenu parole.
Sa filmographie compte aujourd’hui une vingtaine de longs métrages, dont elle assure systématiquement la réalisation, l’écriture et la production. Écorchés (2005), Extase (2010), La Fille publique (2013), L’Apôtre (2014), Patries (2015), La Morsure des dieux (2017), Jeunesse aux cœurs ardents (2018), Le Corps sauvage (2019), Le Fils d’un roi (2019), Le Soleil reviendra (2020), La Beauté du monde (2021), Je m’abandonne à toi (2023), Que notre joie demeure (2024), L’Agneau (2025), L’Eden (2025), Il était une fois le printemps (2026)… Une cadence de travail à laquelle peu de réalisateurs hexagonaux peuvent prétendre.
Ses sujets, eux, expliquent largement le silence du milieu et la pluie de refus institutionnels qu’elle évoque. L’Apôtre (2014) racontait la conversion au christianisme d’un jeune musulman destiné à devenir imam. À la suite de l’attentat contre Charlie Hebdo en janvier 2015, deux projections du film à Neuilly et Nantes avaient été déprogrammées sur demande de la DGSI, par crainte d’attentats. Patries (2015) traitait du racisme anti-Blanc — et a malgré tout reçu le grand prix Kilimandjaro au festival Africlap de Toulouse en 2016. Sa série militaire (Jeunesse aux cœurs ardents, Le Soleil reviendra, La Beauté du monde) suit successivement un jeune engagé volontaire, les épouses et veuves de soldats, puis un militaire frappé du syndrome de stress post-traumatique après une opération au Mali. Son triptyque suivant met en scène la figure du prêtre catholique, avec en pivot Que notre joie demeure (2024), biopic du père Jacques Hamel, prêtre égorgé en 2016 dans son église de Saint-Étienne-du-Rouvray par un assaillant se réclamant du djihad.
L’Eden : un film salué par l’Église, ignoré par les médias culturels
Son dernier film en date, L’Eden (sorti en salles le 15 avril 2026), achève cette série consacrée au prêtre. L’œuvre, tournée avec peu de moyens dans l’arrière-pays varois mais censée se dérouler au Liban, met en scène Joseph, trentenaire qui entretient une chapelle bâtie par son père dans les collines, harcelé par un colon, surveillé par l’armée israélienne, en contact avec des religieuses d’un dispensaire et croisant des combattants islamistes. Sans céder à la fraternité facile ni au renvoi dos à dos, sans imposer d’images de violence, le film aborde frontalement l’affrontement entre Israël et le peuple libanais à travers le silence et la prière.
L’Observatoire Foi et Culture, organe de la Conférence des évêques de France, en a publié une recension élogieuse signée du père Denis Dupont-Fauville le 29 mars 2026, saluant un film court (74 minutes) mais d’une rare profondeur spirituelle, accessible et porteur d’espérance. Une reconnaissance ecclésiale qui contraste, là encore, avec l’absence quasi totale de couverture dans la presse cinéphile généraliste.
Un cas qui démonte la rhétorique des 600
Le témoignage de Cheyenne Carron tombe avec une efficacité chirurgicale au cœur du discours dominant. Les pétitionnaires anti-Bolloré dénoncent une « prise de contrôle fasciste sur l’imaginaire collectif » et redoutent que demain le cinéma français ne soit financé par des films de propagande au service d’une idéologie. Sauf que la réalité, livrée par une professionnelle de terrain, dessine un tableau exactement inverse : c’est précisément hors du financement Bolloré, dans le périmètre du CNC et des aides régionales — c’est-à-dire dans le système porté aux nues par les signataires — que certaines sensibilités, certains sujets, certaines lectures du réel sont systématiquement écartés.
Cheyenne Carron n’est ni la seule, ni la plus exposée des cinéastes français à se trouver dans cette situation. Mais son cas illustre une mécanique connue de tous ceux qui produisent en dehors du consensus parisien : un cinéma traitant de la conversion religieuse, de l’armée française, du racisme anti-Blanc, de la figure du prêtre catholique ou du Liban chrétien n’est pas refusé pour des motifs artistiques. Il est refusé parce qu’il existe une orthodoxie culturelle implicite que les commissions d’attribution finissent par intégrer comme un réflexe — et que les médias culturels, ensuite, valident en passant sous silence des pans entiers de la création cinématographique nationale.
Que des comédiens, réalisateurs et producteurs comblés de subventions publiques, d’avances sur recettes, de crédits d’impôt et de campagnes promotionnelles dans la presse subventionnée s’inquiètent aujourd’hui d’un actionnaire qui finance autrement et autre chose qu’eux n’a rien d’étonnant. Ce qui est étonnant — et inédit — c’est qu’une réalisatrice indépendante, qui aurait toutes les raisons amères de se taire ou de cracher à son tour, choisisse au contraire de dire publiquement merci. Le geste vaut, à lui seul, manifeste
YV
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15 réponses à “Cinéma. Cheyenne Carron, l’anti-Binoche à la voix discordante : « Les seuls à m’avoir respectée, c’est Canal+ et M. Bolloré »”
Que j’aiùme cette réalisatrice!!! une merveille!!!
Tellement facile d’aller dans le sens du vent de gauche en évitant les sujets dérangeants…on fait de » l’entre soi » et on récolte aides et subventions pour des dizaines de films sur la banlieue qui ne remplissent jamais les salles mais qui payent bien les réalisateurs ! Si vous ne criez pas votre idéologie gauchiste, vous n’avez aucune chance de faire carrière au Théatre, Cinéma, show bizz, Télé et tout ce qui est culture.
Il est évident que le CNC qui gère les subventions ne donnera jamais un centime à cette réalisatrice dont les films ne comprennent pas des scènes de coucheries, de la violence extrême, des déviants sexuels, un fait de société misérable, et , horreur , une moraline gaucho-écolo , mais surtout, appellent à réfléchir sur un thème donné.
Bravo à cette grande dame.
Allez voir la liste complète des signataires, elle est parlante ! Il y a une grosse vingtaine de noms connus au dehors de la microsphère germanopratine et cinémathécaire, genre Rachida Brakni épouse Cantona. Les autres, d’obscurs intermittents du spectacle (comédiens ou techniciens), ceux-là même qui ne vivent que grâce aux subventions de Canal + sans qui tant de films – sans public – arrêteront de se faire. Continuez comme ça, petits privilégiés, de mordre la main de celui qui vous nourrit… et si vous comptez sur Delphine Ernotte et le service pourriblic pour financer en lieu et place de Canal +, bien du plaisir !
Les rats quittent le navire ? Le multi-primé Arthur Harari, « retenu en compétition à Cannes cette année, assure de son côté n’avoir formulé qu’un « questionnement » sur la dimension politique du groupe Bolloré » (Le Figaro). Que nenni, la tribune publiée par Libé ne « questionne » pas, elle « dénonce ». Mais il faut dire que Harari est le mari de la très-avancée Justine Triet, réalisatrice qui s’y connaît en matière de montage financier de dossiers de films et qui, elle, semble s’être abstenue de signer cette oeuvre chorale, entre deux électriciens (non, un électricien et un éléctricien, nuance) et une auxiliaire régie…
euh.. est-ce qu’elle si elle n’a pas été financée, ça ne pourrait pas juste être parce que ses films sont nuls…?
Un grande Dame il n’y en pas beaucoup dans le cinéma français
quelle chance que cette courageuse realisatrice soit épaulée ! elle le merite . j’ai decouvert son film « jeunesse aux coeurs ardents » il y a longtemps, et je suis heureux qu’elle ait surnagé !
Yves
@ Bob
Si c’était un vrai critère de sélection au CNC très peu de films sortiraient.
Faites un effort, réfléchissez, pour quelle raison une femme catholique d’origine kabyle a bien pu être victime de la censure du CNC ?
Elle finance donc ses films toute seule ? Bizarre… 🤔
Que l’on mette totalement fin aux subventions publiques qui permettent a ces 600 de tourner plus de navet que de très bon film , navet qui ne sont tourner que pour propager les idéo gauchistes , il en est de même que des séries que l’on vois sur les chaines de télé.
Tout cette argent économiser pourront être utilisez a reconstruire ce pays en aidant notamment les PME en difficultés car ce sont elles qui font vivre et prospérer ce pays pas le cinéma ni les séries qui une fois diffuser sont vite ranger dans une armoire avant d’être ressorties pour les vacances ou noël.
Il y a longtemps que le cinéma des 50-60 est fini.
Bravo Yann Vallerie, Breizh Info, pour votre couverture de cette affaire de la « Tribune des 600 », et la mise en avant du cas exemplaire de Cheyenne Carron, qui n’a jamais bénéficié, pendant trente ans quand même… des moindres subsides, de la moindre aide, de la « Caste ».
Cette « Caste » vociférante qui prétend maintenir son emprise sur l’esprit des « souchiens français » en voie de disparition programmée.
Il était grand temps qu’un Bolloré, un Breton rappelons-le, une « forte tête », apparaisse sur le territoire hexagonal et tente, enfin, de siffler la fin de partie… au nom du « village des quelques irréductibles » que nous sommes en train de devenir…
Il faut en finir avec le CNC assurancetourix de la « Caste » et les Delphine Ernotte de tous poils !!!
que tout cet argent soit redirigé vers nos monuments en très grand péril , Louvre , Blois, petite chapelle et église
Chers adhérents, chers soutiens, chers amis,
Comme vous avez été nombreux à répondre à notre appel afin de sauver la chapelle Saint-Régis, et que vos promesses de dons sont à la hauteur de nos espérances, nous ouvrons dès à présent la cagnotte de financement participatif afin de réunir les fonds nécessaires à sa mise en sécurité d’urgence, la sauvant ainsi définitivement de la démolition.
Nous savons par expérience qu’une promesse de don ne se transforme pas forcément en don, mais nous espérons que vous serez nombreux à honorer cette promesse.
Hier soir s’est tenue la réunion publique qui devait permettre au maire de justifier son projet de démolition, et à laquelle notre délégué de l’Ardèche, Philippe Garcia assistait.
Mais grâce à vous tous qui avez manifesté la volonté de sauver cette pauvre chapelle, les propos du maire ont été très différents.
Monsieur le Maire a en effet officialisé le partenariat entre la commune et Urgences Patrimoine, et si les 20.000 euros nécessaires sont récoltés avant le 1er juin, il ne sera plus question de démolition, mais bien d’un projet d’avenir pour la chapelle Saint-Régis.
Pourquoi le 1er juin ? Parce que le prochain Conseil Municipal se déroulera le 5, et qu’il faut impérativement que le projet de sauvegarde de la chapelle figure à l’ordre du jour.
Le 5, le Conseil Municipal pourra donc valider l’aide financière apportée grâce à vos dons, et dès le 6 juin, nous procèderons au versement de cette collecte « express » qui aura permis, enfin, je l’espère, de rendre une fois encore possible, l’impossible.
Bien évidemment, tous les donateurs recevront des nouvelles de l’avancement des travaux, lesquels, au vu de l’urgence, seront lancés très rapidement.
Rappel : Toutes les contributions sont déductibles de vos impôts. Un reçu fiscal est émis automatiquement si vous contribuez via la plateforme HelloAsso.
Pour les dons par chèque, virement bancaire, pour les dons en un clic, c’est notre charmante Aurélie qui s’en charge, donc, n’hésitez pas à lui envoyer un mail à cette adresse pour le lui demander : [email protected]
Voilà, l’avenir de la chapelle Saint-Régis est bel et bien entre vos mains.
Vive le Patrimoine,
Vive la chapelle Saint-Régis
Vive la France et ses clochers.
Alexandra Sobczak-Romanski
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Elle finance donc elle-même ses films ? J’ai comme un doute…