RC Vannes – Oyonnax : la Rabine en fusion, le port en feu, et un cap sur Toulouse — récit d’une nuit qu’on n’oubliera pas en Bretagne

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Il n’y a rien à faire, quand le rugby s’invite à Vannes, c’est toute la Bretagne qui se met à respirer en bleu, blanc et noir. Ce jeudi 28 mai 2026 restera dans les mémoires comme l’une de ces soirées où le sport cesse d’être un divertissement pour devenir une affaire collective, presque tribale, où la pelouse de la Rabine n’est plus seulement un terrain mais le centre névralgique d’un peuple qui pousse, qui hurle, qui chante, qui croit. Au bout de la nuit, le RC Vannes a écrasé Oyonnax 48 à 7 en demi-finale de Pro D2 et décroché son billet pour la finale du 6 juin à Toulouse. À une marche du Top 14. À une nuit de fête de tout faire basculer.

Mais raconter ce 48-7 par les seuls chiffres serait passer à côté de l’essentiel. Car ce qui s’est joué hier soir au bord du Golfe ne se résume pas à cinq essais, quatre transformations et cinq pénalités. C’est une histoire de ville, de port, de fumigènes, de drapeaux, de cris, de larmes, et d’un public qui a pris d’assaut sa propre pelouse au coup de sifflet final, comme en 2024, comme on prend une plage qu’on a conquise à la sueur de plusieurs centaines de matches.

Dès le milieu d’après-midi, la fièvre

Il fallait être à Vannes pour comprendre. Dès le milieu d’après-midi, alors que la chaleur s’installait sur le Morbihan et que le baromètre flirtait avec une douceur presque méridionale, les premiers maillots ont commencé à essaimer dans le centre-ville. Quelques-uns d’abord, puis des grappes, puis des cortèges. La place Gambetta s’est animée bien avant l’heure, les terrasses se sont remplies à craquer, les bières ont commencé à couler dans cette lumière dorée du printemps breton qui sait si bien chauffer les âmes sans cogner sur les têtes.

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Place Henri IV, dans les ruelles pavées du centre historique, on entendait déjà s’élever des « Allez Vannes ! » coordonnés, des chants repris en chœur, des refrains improvisés. Des familles entières, des enfants juchés sur les épaules des pères, des grands-parents en écharpe aux couleurs du club, des bandes de copains qui s’embrassaient à se retrouver. La ville s’était mise en mode finale alors même qu’il ne s’agissait « que » d’une demie. Et autour des supporters vannetais, on reconnaissait les accents et les drapeaux d’autres terres bretonnes : Finistériens venus en voisins, Costarmoricains, Rennais, fans descendus de Nantes ou Saint-Nazaire. Le RCV n’est pas un club de ville, c’est un club de pays — au sens plein du terme breton.

Vers 18 heures, le port s’est progressivement transformé en une cathédrale à ciel ouvert. Pavoisé comme rarement, drapeaux du RCV claquant au vent, fanions accrochés aux mâts des bateaux, gwenn-ha-du tendus sur les terrasses des restaurants : c’était une véritable scénographie populaire qui s’était mise en place, spontanément, sans qu’aucune municipalité, aucun service de communication n’ait eu besoin de l’orchestrer. Les Bretons aiment ce club d’un amour simple et puissant, et ils savaient hier qu’il fallait être à la hauteur.

L’arrivée du bus : une bouffée d’émotion brute

Le moment de bascule de cette soirée, celui où l’on a senti que quelque chose d’exceptionnel était en train de se nouer, est venu avec l’arrivée du bus des joueurs au port. Une foule compacte, dense, électrique, s’était massée des heures à l’avance pour attendre ses gladiateurs. Des fumigènes bleus et blancs ont rapidement enveloppé les quais d’une brume colorée, des drapeaux ont surgi par dizaines, et les premiers chants ont éclaté dès que le car a pointé son nez.

Les joueurs, derrière les vitres teintées, ont laissé éclater des sourires qu’on aurait crus de gosses. Maxime Lafage, Francisco Gorrissen, Anthony Bouthier, Thibault Debaës — tous les visages familiers du rugby breton ont eu droit à leur ovation personnelle, leur scansion, leur encouragement crié à pleins poumons. C’est là, dans ce moment de communion brute, qu’on a compris que le RCV ne jouait pas seulement pour lui-même, mais pour toute une nation au sens noble du terme.

La douche froide de l’échauffement

Le seul moment d’ombre de cette splendide soirée est venu peu avant le coup d’envoi. Lorsque les joueurs sont sortis de l’échauffement, l’œil des observateurs les plus attentifs a immédiatement noté l’absence de Maxime Lafage sur la pelouse. L’ouvreur titulaire indiscutable, meilleur marqueur de l’ère professionnelle du club, soignait depuis quelques semaines une gêne au mollet. Il avait pourtant été annoncé titulaire sur la feuille de match transmise une heure plus tôt, et le speaker l’avait même nommé lors de l’annonce officielle de l’équipe.

C’est en réalité Thibault Debaës, l’ancien Palois, qui a pris le numéro 10. Pas un parachuté de circonstance — Debaës avait déjà tenu la baraque lors des trois derniers matches de la phase régulière, en l’absence de Lafage. Mais une demi-finale, c’est une demi-finale. Et la pression sur ses épaules, à quelques minutes du coup d’envoi, ne devait pas être mince.

Jean-Noël Spitzer expliquera plus tard avoir préféré « trancher tôt » pour préparer Debaës mentalement et préserver Lafage pour la finale. Décision payante : non seulement le RCV n’a jamais semblé déstabilisé par ce changement, mais Debaës a livré l’un des plus grands matches de sa carrière.

Le Bro Gozh, et la déflagration

Quand l’hymne breton, le Bro Gozh Ma Zadoù, s’est élevé au-dessus de la Rabine, on a senti que l’enceinte vibrait comme un cœur géant. 12 422 spectateurs, briquets levés, gorges ouvertes, en communion totale avec cette langue qui dit l’enracinement. Une émotion bretonne pure, qui parle à tous ceux qui savent que la Bretagne, ce n’est pas un folklore, mais une fierté d’être au monde.

Le coup d’envoi a été donné dans une marée bleue. La chaleur — il fallait s’arrêter pour des pauses fraîcheur en cours de match, signe d’une soirée caniculaire — n’a en rien refroidi l’ambiance. Au contraire : on aurait dit que tout, dehors comme dedans, conspirait à transformer cette enceinte en chaudron volcanique.

Premier acte : un peu de nervosité, beaucoup de contrôle

Les Vannetais ont commencé un peu nerveux, un peu maladroits, avec ce déchet propre aux soirs de grands enjeux où la peur de mal faire freine parfois la spontanéité. Debaës a converti ses deux premières pénalités (12e et 22e minutes), mais le RCV ne parvenait pas à concrétiser ses temps forts. Et puis, comme un coup de tonnerre dans cette ambiance feutrée par la concentration, Karim Qadiri a profité d’un intervalle derrière une touche oyonnaxienne pour filer en but (25e). Holmes a transformé. 6-7. Un frisson glacé a traversé brièvement les travées.

Mais ce frisson n’a pas duré. Le talonneur Théo Béziat est venu remettre les choses à leur place en perforant la défense oyonnaxienne (29e), puis Debaës a sorti de son chapeau le geste qui allait débloquer la rencontre : un coup de pied par-dessus parfaitement dosé, Anthony Bouthier dans la course, qui décale Pierre Boudehent dans l’en-but (33e). 18-7. La Rabine a alors libéré sa première véritable explosion de joie, et le RCV n’a plus jamais été inquiété.

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Deuxième acte : la démonstration

Si la première mi-temps avait été dominée mais sans démonstration de force totale, la seconde a viré au récital. Debaës, métronome au pied, a aligné les pénalités avec une régularité de chronomètre suisse (8 sur 9 au final, 21 points inscrits). Mais il ne s’est pas contenté de tirer : il a aussi distribué, dirigé, orchestré, avec cette intelligence de jeu qui distingue les vrais numéros 10 des simples buteurs.

Sur un nouveau coup de pied de génie en coin, Paul Surano s’est offert un premier essai (66e). Le capitaine argentin Francisco Gorrissen a poursuivi le festival au près (72e). Et Surano, encore lui, est venu sceller le score d’un doublé après une nouvelle inspiration de Debaës (77e). 48-7. Record battu.

Car il faut bien dire les choses : ce n’est pas seulement une victoire que le RCV a signée hier soir, c’est un morceau d’histoire. Jamais, depuis la professionnalisation de la Pro D2 en 2000, une équipe n’avait inscrit autant de points en demi-finale. Le précédent record appartenait à Brive (40 points en 2018-2019, contre… le RCV justement, qu’il avait alors éliminé). La revanche du temps long. Et côté défense, il faut remonter à 2010 pour retrouver une équipe ayant aussi peu marqué en demie qu’Oyonnax hier soir.

Le plus gros écart de l’histoire des demi-finales de Pro D2, 35 points : voilà ce que le RCV a posé sur la table en guise de carte de visite pour la finale.

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L’envahissement, les briquets, les chants

Au coup de sifflet final, malgré les avertissements du speaker, des dizaines, puis des centaines de spectateurs ont déferlé sur la pelouse. Les barrières n’ont pas résisté à cette marée humaine joyeuse, et tant pis pour l’amende qui suivra inévitablement — comme en 2024 lors du précédent sacre. Une vague humaine s’est répandue sur la Rabine, joueurs portés en triomphe, drapeaux brandis, écharpes levées, larmes coulant librement sur des visages d’enfants comme de vieux supporters.

Et puis cette scène qui restera : la Rabine entière reprenant en chœur « Toulouse, Toulouse, on arrive ! », mélangé à des « On est, on est, on est en finale ! ». Une explosion d’orgueil collectif. Les briquets allumés dans les travées comme autant de feux de la Saint-Jean, hommage aux victoires anciennes et promesse de victoires à venir.

 

La nuit, le port, la fête

Et après ? La fête s’est prolongée jusqu’au cœur de la nuit. Le port de Vannes, ce port qui avait accueilli les joueurs quelques heures plus tôt, s’est transformé en une immense salle de bal à ciel ouvert. Bières, chants, drapeaux brandis sur les terrasses, embrassades entre inconnus, refrains repris en boucle. Les rues étroites du centre historique résonnaient des « Allez Vannes ! » jusqu’à des heures avancées, dans cette torpeur tiède d’une nuit de printemps qui n’avait aucune envie de finir.

On a vu des gosses dormir dans les bras de leurs pères, des grands-pères pleurer en silence en repensant aux saisons d’avant, des bandes d’adolescents danser sur les pavés. Des supporters venus des cinq départements bretons qui prolongeaient ensemble la communion. Et tout ce monde semblait dire la même chose : nous y sommes, nous y sommes presque, encore un effort, encore une marche, et l’élite nous tend les bras.

L’adversaire en finale, le 6 juin à Toulouse, sera connu vendredi soir : Colomiers ou Provence Rugby. Peu importe au fond. Le RCV, fort de sa saison régulière historique (116 points, à une longueur du record de Lyon, et la meilleure attaque de l’histoire de la Pro D2), a clairement démontré hier soir qu’il avait une longueur d’avance sur tous ses concurrents.

Jean-Noël Spitzer, fidèle à sa philosophie de perfectionniste, a immédiatement appelé au calme en conférence de presse : « Il n’y a aucune raison de s’enflammer. On a bien dominé Oyonnax, mais ce n’est pas un top match non plus. » Et il a précisé qu’il appliquerait exactement le même planning de semaine qu’en 2024, lors du titre précédent. « On ne veut pas laisser d’énergie. »

La méthode a déjà fait ses preuves. Le RCV avait été sacré champion de Pro D2 il y a deux ans, avant de redescendre l’an dernier. Cette saison ressemble à une revanche méthodique, presque chirurgicale, contre l’humiliation de l’aller-retour. Il manque une marche. Une seule.

Le règlement actuel de la Pro D2 ménage d’ailleurs une deuxième opportunité au finaliste malheureux : un access-match contre le 13e du Top 14 (Perpignan en l’occurrence), le 14 juin à la Rabine. Autrement dit, le RC Vannes a désormais deux opportunités de retrouver l’élite. Mais soyons honnêtes : c’est le 6 juin à Toulouse, dans le stade Ernest-Wallon, que les Bretons voudront marquer l’histoire. Pour ne pas avoir à trembler une semaine de plus. Pour offrir à leur peuple la fête totale.

Hier soir, dans une Rabine en fusion, le RCV a fait beaucoup plus que gagner un match : il a allumé une flamme. Cette flamme, elle voyagera jusqu’à Toulouse dans le coffre des bus, dans les valises des supporters de Brest comme de Nantes, de Saint-Brieuc comme de Rennes, dans les cœurs de tout un peuple. Et si elle tient le souffle qu’elle promet, le Top 14 reverra du bleu et noir breton dès la rentrée prochaine.

En attendant, à Vannes, on a dormi tard ce vendredi matin. Très tard. Mais on s’est réveillé avec le sourire. Et déjà, dans les boulangeries, dans les bistrots, sur les quais, une seule phrase : « Toulouse, on arrive. »

Crédit photo : Breizh-info.com
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2 réponses à “RC Vannes – Oyonnax : la Rabine en fusion, le port en feu, et un cap sur Toulouse — récit d’une nuit qu’on n’oubliera pas en Bretagne”

  1. Carton Rouge dit :

    Bravo Vannes ! Etant du sud je supporte l’USAP et Toulouse et j’espère que tous les moments forts du rugby du stade E.Wallon vous pousseront vers la victoire….au plaisir de vous retrouver dans le Top 14.

  2. RAYMOND NEVEU dit :

    Rendez-vous le 6 les billets sont déjà pris depuis quelques jours. Y compris par des Bretons de Paris.

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