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La chambre régionale des comptes de Bretagne a rendu public son rapport sur les relations financières entre la commune de Concarneau et le club de football de l’Union sportive concarnoise (USC). Le contrôle, ouvert en janvier 2025 et portant sur les exercices 2020 et suivants, dresse le tableau d’un soutien municipal massif à un club dont la situation financière reste fragile, et pointe une rénovation de stade dont le coût a quadruplé en trois ans.
Un stade passé de 3,6 à 14 millions d’euros
C’est le constat le plus spectaculaire du rapport. La rénovation du stade Guy Piriou, présentée au conseil municipal de Concarneau pour 3,6 M€ TTC en mai 2022, s’est finalement élevée à 14 M€ en 2025. Soit une multiplication par près de quatre du coût initial.
La chambre identifie plusieurs facteurs à cette dérive. La commune a fait le choix d’un marché de conception-réalisation plutôt que d’un marché alloti, ce qui l’a privée d’une assistance à maîtrise d’ouvrage et a renforcé les risques qu’elle a supportés. Les magistrats financiers estiment d’ailleurs que les justifications techniques avancées par la municipalité étaient insuffisantes pour recourir en droit à ce type de marché. Autre élément aggravant : la commune escomptait des économies grâce à des variantes de construction en structures tubulaires plutôt qu’en dur. La mise en concurrence a produit l’effet inverse, certaines offres en variante s’avérant plus coûteuses que les offres de base.
Pour financer ce projet, la commune a souscrit 8,3 M€ d’emprunts en 2024, une première depuis 2019. Le solde à la charge de la ville est passé de 2,2 M€ en 2022 à 11,5 M€ en avril 2025.
L’attribution de l’entretien de la pelouse qualifiée de délit de favoritisme
Le rapport contient une observation d’une particulière gravité juridique. En octobre 2024, la commune a attribué le marché d’entretien de la nouvelle pelouse hybride à la société qui venait de la poser, sans publicité ni mise en concurrence préalables. La chambre relève qu’il existe pourtant une pluralité de prestataires qualifiés dans ce domaine et que le montant en jeu imposait une procédure de publicité.
En s’en abstenant, la commune a méconnu les principes de liberté d’accès, d’égalité de traitement et de transparence. Le choix direct de l’attributaire, écrit la chambre, est constitutif d’un délit de favoritisme au sens de l’article 432-14 du code pénal, lequel prévoit deux ans d’emprisonnement et 200 000 € d’amende. La commune a régularisé sa pratique en 2025 par un marché conforme, finalement remporté par la même société, seule candidate.
Une redevance de stade nettement sous-évaluée
La commune met le stade à disposition de la SAS pour une redevance de 50 000 € TTC par an. La chambre juge ce montant insuffisant : il ne tient pas compte des avantages de toute nature procurés au club par l’exploitation du site, contrairement à ce qu’impose le code général de la propriété des personnes publiques. Selon les calculs des magistrats, fondés sur l’instruction de la direction de l’immobilier de l’État du 17 mai 2022, la redevance aurait dû s’établir entre 88 000 € et 110 000 € par an.
S’y ajoute une exonération totale de redevance accordée à la SAS pour la saison 2023-2024, que la chambre estime non justifiée en droit, le club ayant continué d’utiliser locaux et terrain pour ses entraînements.
Des contreparties largement inappliquées
La commune verse chaque année des subventions et achète des prestations de communication au club, pour un total d’environ 240 000 € en 2024, soit un peu moins de 1 % de ses charges de gestion. En contrepartie, les deux structures du club s’engagent à diverses actions de promotion du football, de participation à des journées sportives ou de respect de l’éthique sportive.
Or, ces engagements ne sont presque jamais tenus. Pour la SAS, seules 13 % des contreparties ont été mises en œuvre sur la période ; pour l’association, 17 %. Les justificatifs transmis sont jugés très insuffisants. La chambre recommande à la commune de subordonner le versement des subventions à la production des pièces correspondantes.
Sur les prestations de communication elles-mêmes, plusieurs irrégularités sont relevées : un chevauchement de conventions a conduit à payer deux fois le premier semestre de la saison 2022-2023, le logo de la ville était absent des maillots durant un quart des matchs de championnat 2024-2025 sans compensation, et les prestations achetées se sont révélées plus coûteuses que celles facturées à la communauté d’agglomération pour un service comparable. La chambre rappelle que ces achats relevaient d’un marché public et ne pouvaient faire l’objet de simples conventions.
Une SAS déficitaire et soutenue à bout de bras par l’association
La saison 2023-2024 en Ligue 2 a marqué une rupture pour la société du club. Ses produits ont plus que triplé, portés par 3,16 M€ de droits de télévision devenus la principale composante du chiffre d’affaires. Mais ses charges ont crû plus vite encore : l’impossibilité de jouer à Concarneau, le stade n’étant pas homologué pour la Ligue 2, a coûté 731 000 € en transports et locations de stades d’accueil. Le déficit a atteint 1,4 M€ à l’issue de cet exercice, contraignant à de multiples recapitalisations. L’exercice 2024-2025, marqué par le retour en National, s’est clos sur un déficit de 0,55 M€. Depuis sa création en 2017, la SAS n’a jamais connu d’exercice bénéficiaire.
Le rapport souligne surtout que ce fonctionnement repose largement sur les ressources que l’association lui apporte. Cette dernière a acquis 80 000 € d’actions de la SAS en 2024 malgré ses propres difficultés, lui accorde des facilités de trésorerie informelles, met gracieusement à disposition terrain et équipements, et rémunère des salariés travaillant en réalité pour la société. La chambre considère que l’ampleur de ce soutien fausse la séparation, pourtant requise par le code du sport, entre secteur amateur géré par l’association et secteur professionnel géré par la société. Elle préconise l’interruption d’une convention de mise à disposition de personnel dont la régularité n’a pas été établie.
Une gouvernance jugée insuffisamment rigoureuse
La chambre relève un manque de rigueur dans le fonctionnement des deux entités : procès-verbaux lacunaires, feuilles de présence introuvables, décisions stratégiques non retracées comme les transferts de joueurs. Elle pointe également le maintien d’une incompatibilité prévue par le code du sport : le cumul de fonctions dirigeantes au sein de l’association et de la SAS n’a pas été régularisé, le remplacement du président par le vice-président de l’association ne levant pas l’irrégularité.
Les réponses des parties
Dans sa réponse, la nouvelle municipalité, issue des récentes élections, dit prendre acte des observations et annonce plusieurs démarches : renforcement du contrôle des contreparties, recours systématique au marché public, refonte de la convention d’occupation du stade et révision du montant de la redevance, attendue pour le printemps 2026.
Les dirigeants du club font valoir de leur côté que la présence du club parmi les meilleurs clubs français constitue un facteur de notoriété pour la ville, et que la valorisation du terrain litigieux a été confirmée par leur notaire. Ils s’étonnent par ailleurs d’être présentés comme bénéficiaires d’une aide de près de 14 M€, qu’ils analysent comme un investissement de la ville dans un équipement sportif assorti d’un loyer.
Crédit photo : DR
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Une réponse à “Concarneau : la chambre régionale des comptes épingle la rénovation du stade Guy Piriou, passée de 3,6 à 14 millions d’euros”
A l’ouest rien de nouveau…bis repetita et je me répète retour aux édiles de jadis si besoin nommés par une autorité centrale Monsieur de…ou Monsieur de…nommés maires se souvenant des principes de jadis seront plus honnêtes!