Hôpital du Centre Bretagne : la Chambre régionale des comptes alerte sur une « spirale négative » financière

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Plus de 14 millions d’euros de déficit en 2024, des factures réglées en moyenne au bout de 150 jours, un report à nouveau déficitaire de près de 42 millions : le centre hospitalier du Centre Bretagne (CHCB), implanté à Noyal-Pontivy, est dans une situation que la Chambre régionale des comptes de Bretagne qualifie de « spirale négative ». Dans son rapport d’observations définitives délibéré le 18 mars 2026, portant sur les exercices 2020 et suivants, la juridiction financière dresse le tableau d’un établissement structurellement fragilisé, dépendant des aides de sa tutelle et confronté à un manque chronique de médecins.

L’établissement n’est pourtant pas un acteur secondaire. Né de la fusion des hôpitaux de Pontivy, Loudéac et Plémet voici près de quinze ans, le CHCB emploie 1 685 personnes en équivalents temps plein, dont 125 personnels médicaux, pour un budget annuel de 160 millions d’euros. Établissement de référence du territoire de santé n° 8, qui compte 140 000 habitants, il constitue le premier recours médical d’un bassin rural marqué par le vieillissement et par un déficit avéré de médecins libéraux.

Un territoire vieillissant et une activité qui s’effrite

Le contexte pèse lourd. La zone d’emploi de Pontivy-Loudéac plafonne autour de 120 000 habitants depuis la fin des années 2000, avec une densité très inférieure aux moyennes départementale et régionale et 31 % d’habitants de plus de 60 ans en 2022. Le territoire se situe défavorablement, selon l’ARS, en matière de maladies cardio-neurovasculaires, de diabète, de cancer et de pathologies neurodégénératives.

Dans ce cadre, l’activité de l’hôpital décline. Ses parts de marché reculent sur toute la période et dans tous les domaines : la médecine reste majoritaire mais sous la barre des 50 %, la chirurgie est nettement devancée par le secteur privé, et l’obstétrique s’érode continûment. Le nombre d’accouchements est passé sous les 750 dès 2023, très loin du seuil de rentabilité de 1 200 par an fixé par le ministère. Le capacitaire global a fondu de plus de 13 % entre 2020 et fin 2025, les baisses les plus fortes touchant les soins de réadaptation et les Ehpad, dont les taux d’occupation déclinent malgré la réduction du nombre de lits. La concurrence de la polyclinique de Kério, voisine immédiate, et celle d’établissements plus éloignés expliquent en partie ce retrait, mais la Chambre pointe aussi un « manque d’attractivité propre de l’établissement, même après sa reconstruction ».

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Un effet de ciseau et des comptes dans le rouge

Le cœur du diagnostic est financier. De 2020 à 2024, les charges consolidées ont progressé de 25,7 % quand les produits n’augmentaient que de 15,2 %. Cet « effet de ciseau » a creusé le résultat, qui passe d’un léger excédent en 2020 — dû aux aides liées à la crise sanitaire — à un déficit de 14,3 millions d’euros en 2024. La Chambre identifie un facteur central : depuis 2021, la valeur ajoutée de l’établissement ne suffit plus à financer des charges de personnel revalorisées par le Ségur de la santé, qui sont venues aggraver des faiblesses structurelles préexistantes.

Conséquence directe, la capacité d’autofinancement a purement et simplement disparu, laissant place à une insuffisance atteignant 7,4 millions en 2024. L’hôpital a perdu sa marge de manœuvre pour investir. À cela s’ajoute le poids de la dette héritée de la reconstruction de 2012 : un chantier à 105 millions d’euros qui maintient l’établissement endetté jusqu’en 2042, avec des indicateurs prudentiels dégradés au point que la Chambre parle de surendettement.

Des fournisseurs payés à 150 jours

La trésorerie s’est réduite à presque rien — de quoi couvrir 2,48 jours de charges courantes fin 2024, contre plus de 20 en 2020. Cette asphyxie se répercute sur les fournisseurs. Le délai global de paiement moyen a atteint 150 jours en juin 2024, alors que la réglementation impose 50 jours aux établissements publics de santé. Les dettes aux fournisseurs ont bondi de 7,5 millions en 2022 à 19,5 millions en 2024.

La Chambre est explicite sur les conséquences : l’hôpital « fait peser des risques économiques sur ses fournisseurs ». Certains, dans le domaine des denrées, des médicaments ou des ambulances, ont d’ailleurs cessé leurs prestations faute de paiement. Les dernières factures de 2023 n’ont été soldées qu’en décembre 2024. L’établissement, qui ne mandate pas non plus les intérêts moratoires et indemnités qu’il devrait à ses créanciers, fait depuis mai 2024 l’objet d’une veille active de l’ARS et de la direction régionale des finances publiques sur sa trésorerie.

L’intérim médical, un gouffre de 18 millions

Derrière la crise financière se cache un problème de fond : le manque de médecins. La présidente de la commission médicale a elle-même reconnu des difficultés d’attractivité « du fait de notre positionnement géographique et de la ruralité ». L’écart entre les effectifs médicaux prévus et réalisés atteint environ 40 % en 2024 et 2025, avec des spécialités sinistrées au-delà de 50 % : pédiatrie, soins de réadaptation, néphrologie, urgences, médecine polyvalente.

Pour combler ces trous, le CHCB recourt massivement à l’intérim. Son coût brut a représenté 37,5 millions d’euros sur cinq ans, et son surcoût — par rapport à des postes pourvus par des praticiens permanents — 18,3 millions. Le coût par équivalent temps plein intérimaire a presque doublé sur la période, atteignant près de 395 000 euros en 2024. L’établissement dépend ainsi de ses effectifs non permanents, qui représentent désormais la moitié de son personnel médical.

Une coopération avec Lorient qui commence à porter ses fruits

Tout n’est pas sombre. La Chambre relève des évolutions récentes encourageantes. La nouvelle direction, arrivée en 2024, a misé sur la coopération avec le groupe hospitalier Bretagne Sud (GHBS) de Lorient. Un groupement de coopération sanitaire signé en juillet 2024, destiné au recrutement de praticiens en postes partagés, montre ses premiers effets : 29 médecins lorientais intervenaient au CHCB en 2025, contre 18 en 2024. La coopération s’est même étendue au-delà des quatre spécialités initialement prévues, touchant la cardiologie, la gynécologie-obstétrique et l’oncologie. Deux exceptions notables demeurent toutefois : la pédiatrie et l’anesthésie, cette dernière conditionnant pourtant l’activité chirurgicale.

En revanche, l’espoir ancien d’un pôle de santé public-privé avec la polyclinique de Kério est définitivement enterré. Près de quinze ans après la constitution d’un groupement de coopération, le partenariat se limite à quelques conventions logistiques, et la clinique reste le premier concurrent de l’hôpital en chirurgie, et non l’allié escompté.

Un manque de vision stratégique pointé du doigt

Au-delà des chiffres, la Chambre adresse une critique de fond. Jusqu’en juin 2025, le CHCB était dépourvu de projet d’établissement, en dépit d’une obligation réglementaire déjà rappelée en 2017. Le document finalement adopté pour 2025-2030 reste imprécis sur les coopérations, sans indicateurs de mesure ni plan de financement. La juridiction formule cinq recommandations, portant notamment sur le volet financier du projet d’établissement, la régularisation des comptes d’attente, la tenue d’une comptabilité d’engagement exhaustive et l’adoption d’un budget en équilibre.

Les perspectives à moyen terme restent inquiétantes. L’établissement lui-même anticipe le maintien d’une marge brute fortement négative et un fonds de roulement qui pourrait s’effondrer jusqu’à -89 millions d’euros en 2029. Pour 2025, le déficit est espéré à 14,7 millions, l’ARS continuant d’abonder à hauteur de 6,8 millions.

Le constat final de la Chambre tient en une mise en garde : faute d’une stratégie claire sur son positionnement et ses activités, le CHCB « pourrait perdre la maîtrise de son avenir », malgré son statut d’établissement de référence d’un territoire de santé qui, lui, ne peut se passer de lui.

[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.

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