Un corps retrouvé dans un silo agricole à quinze kilomètres de Fleurance. Une fillette de 11 ans disparue depuis sept jours. Un suspect qui avait fait l’objet de deux plaintes pour viol sur mineures — classées, ignorées, enterrées. Et une question que personne ne veut vraiment poser : qui va payer pour ça ?
Ce que la justice savait
Jérôme Barella, 41 ans, père de famille, connaissait Lyhanna. Sa fille était son amie. Les parents de la fillette avaient pourtant fini par couper les ponts avec lui, après ce qu’ils décrivaient comme un « comportement inapproprié ».
Ils n’étaient pas les seuls à avoir des raisons de s’inquiéter. En 2022, une plainte avait été déposée contre lui au commissariat de Béthune pour viol sur mineure de moins de 15 ans, pour des faits remontant à 2020. Classée sans suite. En août 2025 — soit dix mois avant la disparition de Lyhanna — une mère dépose une nouvelle plainte pour des viols commis sur sa fille de 10 ans entre septembre 2024 et mai 2025. Neuf mois plus tard, au moment où Lyhanna montait dans sa voiture : le suspect n’avait toujours pas été entendu. Aucun témoin n’avait été auditionné. Rien.
Une troisième plainte a été déposée le mercredi 3 juin, soit le jour même où les gendarmes interpellaient un suspect dans une autre affaire, pendant que 170 militaires quadrillaient la campagne gersoise à la recherche d’une enfant.
Le septième jour, les gendarmes ont trouvé le corps dans un espace dissimulé d’une exploitation agricole à Puycasquier. Vêtu des mêmes habits que ceux que portait Lyhanna le vendredi de sa disparition. Le procureur a confirmé que l’autopsie devrait identifier formellement la victime et déterminer les causes de la mort — ainsi que d’éventuelles violences sexuelles.
Jérôme Barella, mis en examen pour enlèvement et séquestration, a gardé un silence total devant le juge d’instruction. Il n’a répondu à aucune question.
La famille de Lyhanna a appris la nouvelle dans la journée. Son avocat a parlé du « plus grand effroi ». De la colère des parents. Du deuil. Des remerciements aux forces de l’ordre mobilisées pendant une semaine. La famille a demandé qu’on respecte son intimité.
« Dysfonctionnement », « défaillance » : les mots qui ne coûtent rien
La réaction politique a été immédiate — et vide.
Le garde des Sceaux a dit être « terrifié par le dysfonctionnement ». La porte-parole du gouvernement a jugé la situation « insupportable ». Le ministre de l’Intérieur a ordonné une enquête administrative. Le Premier ministre a réuni en urgence ses ministres de l’Intérieur et de la Justice. Le porte-parole du ministère de la Justice a parlé de « dysfonctionnement global probablement de la chaîne de l’État » et de « constat d’échec pour tout le monde ».
« Pour tout le monde. » Cette formule mérite qu’on s’y arrête. Parce que dans les faits, le constat d’échec n’est pas « pour tout le monde ». Il est pour Lyhanna, qui est morte. Pour les autres petites filles qui ont subi des viols dont les plaintes ont été classées. Pour leurs mères qui ont déposé des signalements qui n’ont servi à rien. Et pour les familles qui vivent avec la certitude que le système était censé les protéger.
Pour les magistrats qui ont classé les plaintes, pour les fonctionnaires qui n’ont pas transmis, pour les responsables de la chaîne judiciaire qui ont laissé un homme signalé deux fois pour pédocriminalité circuler librement pendant des années — pour eux, « l’échec » sera une enquête administrative. Un rapport. Peut-être quelques sanctions disciplinaires, si le Conseil supérieur de la magistrature en décide ainsi.
La caste qui ne rend jamais de comptes
La magistrature française est peut-être la seule profession dans ce pays où l’on peut commettre des erreurs professionnelles graves — avec des conséquences mortelles — sans jamais être personnellement responsable devant la loi.
Un chirurgien qui opère en dessous des standards de soin peut être poursuivi pour faute médicale. Un architecte dont le bâtiment s’effondre répond de ses actes. Un comptable qui certifie des comptes frauduleux est passible de poursuites. Un gendarme qui fait un usage disproportionné de la force est traduit devant l’IGPN.
Un magistrat qui classe sans suite une plainte pour viol sur enfant, sans auditionner le suspect, sans entendre les témoins, pendant neuf mois — ne répond de rien. Ou si peu. La faute disciplinaire existe en théorie. Dans la pratique, le Conseil supérieur de la magistrature ne sanctionne que de manière exceptionnelle, et jamais pour des décisions juridictionnelles — la séparation des pouvoirs servant de bouclier permanent contre toute remise en cause.
Le maire de Fleurance l’a dit clairement : « Doit-on attendre en permanence que des preuves caractérisées soient fournies pour enfin faire quelque chose pour protéger nos enfants ? » C’est la bonne question. Mais elle en cache une autre : qui est responsable quand on attend, qu’on n’agit pas, et qu’une enfant meurt ?
Des « Grenelle » et des rapports. Toujours.
L’association France Victimes réclame un « Grenelle national sur les crimes commis contre les mineurs ». L’association Innocence en danger rappelle que ces défaillances « font partie du quotidien ». Depuis des années. Des rapports ont été produits. Des commissions ont siégé. Des plans ont été annoncés. Des gens ont palpé de l’argent à ne rien faire.
Lyhanna avait 11 ans. Elle voulait peut-être devenir quelqu’un. Elle montait dans une voiture.
Et derrière elle, dans les archives du parquet, deux plaintes dormaient depuis des mois — classées, oubliées, au nom du manque d’éléments suffisants. Personne n’avait jugé utile d’entendre le suspect. Personne n’avait jugé utile de vérifier. Personne n’avait jugé utile de protéger.
Et personne, demain, ne sera jugé pour ça.
Armand LG
Photo d’illustration : DR
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2 réponses à “Lyhanna, 11 ans, retrouvée morte dans le Gers : la justice savait, n’a rien fait…et ne rendra aucun compte ?”
Elle est belle le justice !
Dans ce pays où les génies politiques sont inspirés par leur science infuse nul besoin d’avoir une once d’intelligence. Qu’il s’agisse de la santé, de l’enseignement, de la justice ou de la recherche: passez il n’y a rien à voir ….. Nous avons d’autres priorité. Plutôt que de s’occuper des humains la priorité c’est la guerre, l’armement en fait la priorité c’est d’enrichir les financiers et les milliardaires.
Pour vous simple citoyens votre seul rôle est de mettre dans l’urne le bon bulletin après ….
Après allez mourir aux urgences, devenez un informé qui n’a pas besoin de réfléchir puisque les génies inspirés sont là, plus besoin de la recherche puisque les autres s’en occupent, plus besoin de justice …. tout cela coûte trop cher, on « réindustrialise » en fermant les entreprises ….
» Vous pensez mourir pour votre pays alors que vous mourez pour des financiers ».
» la guerre c’est des gens qui ne se connaissent pas et qui s’entretuent pour des gens qui se connaissent très bien et ne se feront jamais de mal ».
Alors les états d’âme de ces prédateurs devant le drame du Gers me rendent furieux car ce sont EUX les seuls responsables