La photographie de Benito Mussolini et de sa maîtresse Clara Petacci, pendus par les pieds sur la place Loreto de Milan, a marqué les esprits. Une bande dessinée nous fait découvrir les deux journées qui ont précédé cette exécution barbare.
Dans la France occupée, l’adolescent Folco, immigré italien, rêve d’éliminer Mussolini. A cette fin, il fuit sa famille et rejoint en Italie les partisans. Depuis 1943, à la tête de la République sociale italienne (dite république de Salo), cantonnée au nord et au centre de l’Italie, Mussolini fait face à l’avance alliée par le sud de la péninsule et à la guerre civile menée par les partisans antifascistes. En 1945, avec la percée des Alliés dans les dernières défenses allemandes, la situation de Mussolini devient intenable. Dans l’après-midi du 25 avril, le cardinal Schuster tenant le rôle de médiateur, accueille dans sa résidence les négociations de paix entre Mussolini et des représentants du Comité de libération nationale (CLNAI). Face à l’intransigeance des partis antifascistes, Mussolini décide de fuir Milan et se dirige vers la frontière suisse. Mais il est arrêté le 27 avril. Folco, devenu soldat, croise enfin le regard de celui qu’il s’était juré d’abattre…

Voici une troisième bande dessinée de l’éditeur Glénat consacrée à Mussolini. Dans le tome 39 de la collection Ils ont fait l’Histoire, les scénaristes Davide Goy et Luca Blengino dressaient son portrait, du 30 octobre 1922 à juin 1944. Les scénaristes se focalisaient sur la ville de Rome, laquelle subit à cette époque d’importantes transformations urbanistiques censées illustrer la réussite du nouveau régime fasciste. Le dessinateur italien Andrea Meloni, connu pour la série fantastique Carthago et sa participation à plusieurs autres tomes de la série Ils ont fait l’Histoire (Talleyrand, Cléopâtre, César, Mao Zedong, Elisabeth I, Soliman le magnifique) restituait par son trait fin le nouveau paysage urbain romain. Son portrait de Mussolini, aux postures si caractéristiques, était convainquant.
Dans La Dernière Nuit de Mussolini, le scénariste Jean-Charles Chapuzet révélait un homme rongé par ses contradictions. Au bord du lac de Côme, dans la nuit du 27 au 28 avril 1945, Mussolini, le Duce déchu, arrêté par des partisans italiens, partageait un ultime moment de répit avec sa maitresse Clara Petacci. Il ne savait pas qu’il passait sa dernière nuit… Pour cet album, Christophe Girard adoptait un style semi-réaliste classique.
Ce nouvel album, intitulé Mussolini Avanti popolo, se concentre sur les derniers jours de Mussolini. Son scénariste est Patrice Perna, né en 1966 en banlieue parisienne. Après des études littéraires et un BTS de publicité, il s’oriente vers le dessin en autodidacte et commence sa carrière d’illustrateur dans une agence de publicité. En parallèle, il devient journaliste, avant de se consacrer uniquement à la bande dessinée en 2010 à la suite du succès du Joe Bar Team tome 7. Depuis, il aborde des thèmes historiques sur le XXème siècle : Morts par la France, Kersten médecin d’Himmler, Forçats, Kosmos, Darnand le bourreau Français, Mercader l’assassin de Trotsky, La Part de l’ombre…
Patrice Perna a réalisé ce scenario sans doute en mémoire de son grand-père qui, pour fuir le fascisme, traversa les Alpes et se refugia en France. Pour révéler les derniers jours de Mussolini, il met en place dans ce premier tome son récit. Perna s’est livré à un important travail documentaire. Il reprend des propos authentiques issus d’entretiens accordés par Mussolini, notamment à la fin de sa vie. Il n’ignore pas que depuis la fin de la guerre, les circonstances de la mort de Mussolini et l’identité de son assassin continuent de faire l’objet d’une controverse en Italie. Certains pensent même que la mort de Mussolini faisait partie d’une opération des forces spéciales britanniques, dans le but de récupérer la correspondance secrète qu’il entretenait avec Winston Churchill. Le scénariste Patrice Perna ne dissimule pas cette hypothèse… Il ne caricature jamais Mussolini, le montrant même comme déterminé et réfléchi. Mais celui-ci est devenu un homme rongé, méfiant, persuadé que ses propres généraux le trahissent, bien loin du tribun du Palais Venezia.

Le dessinateur Malo Kerfriden, né en 1972 à Redon, est le petit-fils de l’écrivain Pierre-Jackez Hélias, auteur du Cheval d’orgueil. Fils d’un membre du fanzine de bande dessinée breton « frilouz », il se passionne dans sa jeunesse pour le dessin. Il rencontre à Rennes Stephane Duval, David Chauvel, Jérôme Lereculey, Fred Simon… Après des études en histoire de l’art à Rennes, il intègre en 1994 l’atelier des beaux-arts d’Angoulême. Parallèlement, il joue de la basse dans un groupe. Il commence par dessiner les séries Quarterback (scenario de David Chauvel) et KGB (scenario de Valérie Mangin). Puis il se consacre à des récits davantage politisés : Res Publica Cinq ans de résistance 2017-2021, Dans les oubliettes de la République Georges Ibrahim Abdallah, L’abolition le combat de Robert Badinter, Les aventures de François Ruffin député-reporter.
Dans cet album consacré à Mussolini, la construction des planches est très classique. Il restitue les paysages et bâtiments du nord de l’Italie, les véhicules, les uniformes italiens et allemands. Son trait précis, sans raideur, privilégie les regards expressifs. Sa palette de couleurs, qui tire vers le brun, le gris et le rouge, accompagne admirablement le crépuscule du fascisme.
Kristol Séhec
Mussolini, tome 1 Avanti popolo, 56 pages, 15,50 euros. Editions Glénat.
Illustrations : DR
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