Étudiants étrangers en France : un déficit de 2,18 milliards d’euros par an, selon Contribuables Associés

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Dans sa 53ᵉ Étude, publiée en juin 2026, l’association Contribuables Associés s’attaque à un sujet longtemps cantonné aux travaux spécialisés et devenu objet de débat public depuis le rapport de la Cour des comptes de mars 2025 : combien coûtent et combien rapportent les étudiants étrangers accueillis en France. Réalisée par Jean-Paul Gourévitch, consultant international sur l’Afrique et les migrations, l’étude confronte les sources disponibles — Campus France, Cour des comptes, Observatoire de l’immigration et de la démographie (OID) — et propose son propre bilan comptable. Le verdict est net : une dépense annuelle de l’État largement supérieure aux recettes, un déficit de 2,18 milliards d’euros, et un constat sévère sur l’orientation qualitative de la politique d’accueil.

450 000 étudiants, premier flux migratoire du pays

Pour l’année 2025-2026, la France compte environ 450 000 étudiants étrangers, soit 15 % de l’ensemble de la population étudiante. Le chiffre recouvre plusieurs réalités : 314 000 étudiants internationaux en mobilité diplômante venus poursuivre leurs études en France, 29 000 en mobilité d’échange de type Erasmus, et 107 000 qui résidaient déjà sur le territoire sans avoir demandé ou obtenu la nationalité française.

Surtout, l’immigration étudiante est désormais le premier flux migratoire du pays. En 2025, 117 970 premiers titres de séjour étudiants ont été délivrés, devant l’immigration humanitaire (92 610), l’immigration familiale (91 100) et l’immigration économique (51 190). Sur dix ans, la progression atteint 70 %. L’auteur extrapole à partir du chiffre officiel de Campus France (443 500 étudiants étrangers publié le 5 septembre 2025) en appliquant une progression tendancielle de 3 %.

Plus de la moitié de ces étudiants viennent du Maghreb et de l’Afrique subsaharienne francophone. Les dix premiers pays d’origine sont, dans l’ordre, le Maroc (42 015), l’Algérie (34 758), la Chine (26 327), l’Italie (22 044), le Sénégal (17 722), la Tunisie (15 949), l’Espagne (13 094), la Côte d’Ivoire (12 672), le Cameroun (12 291) et le Liban (10 576). En dix ans, le nombre de primo-titres accordés pour motif étudiant a quasiment triplé pour les ressortissants d’Afrique subsaharienne et doublé pour ceux d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient.

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Nicolas Pouvreau-Monti, directeur de l’OID, en tire une conclusion citée par Le Figaro : la structure de la population étudiante accueillie reproduit globalement celle de l’immigration classique. Autrement dit, la France ne mène pas de politique sélective sur les profils.

Des échecs qualitatifs cuisants

C’est le cœur du diagnostic de l’étude. Alors que les étudiants étrangers représentent près de 15 % des inscrits en formation diplômante, ils n’ont obtenu en 2023 que 8,5 % des diplômes décernés, tous niveaux confondus.

Au niveau licence, les écarts par origine sont considérables. Selon les chiffres du MESRE, le taux de réussite en quatre ans s’établit à 48,5 % pour l’ensemble des étudiants étrangers, mais tombe à 40,1 % pour l’Afrique subsaharienne et 37,5 % pour le Maghreb, contre 51,6 % pour l’Europe et 52,5 % pour l’Asie et l’Océanie. Au total, plus de la moitié des étudiants en mobilité venus suivre une licence n’en sont toujours pas diplômés après quatre années universitaires, avec près de 60 % d’échecs pour les Subsahariens et 62,5 % pour les Maghrébins.

Les étudiants étrangers sont par ailleurs les plus présents dans les filières aux débouchés professionnels limités, et sous-représentés dans les disciplines d’avenir comme la santé ou l’ingénierie, secteurs où la France manque pourtant de ressources humaines. À l’inverse, les résultats sont positifs au niveau doctorat — la France occupe le 4ᵉ rang mondial pour l’accueil des doctorants étrangers — et chez les boursiers du gouvernement français, dont les taux de réussite atteignent 95 % en licence et 88 % en master. Mais ces boursiers ne représentent que 1,8 % des étudiants étrangers en mobilité.

Une vie quotidienne précaire

L’étude documente la condition matérielle de ces étudiants à partir de l’enquête déclarative de Campus France. La dépense moyenne mensuelle s’établit à 867 euros hors inscription, largement au-dessus du plancher de ressources exigé. Pour combler l’écart, 48 % d’entre eux exercent une ou plusieurs activités rémunérées, contre 40 % des étudiants français.

Selon l’Observatoire de la vie étudiante, 41 % des étudiants étrangers déclarent ne pas avoir pu faire face à leurs besoins essentiels (alimentation, loyer, énergie), contre 16 % des étudiants français ; 26 % ont eu recours à une aide alimentaire, contre 6 % des Français. Le logement constitue le principal poste de dépenses. Selon une estimation du syndicat UNI relayée par Le Journal du Dimanche mais non confirmée par le CNOUS, 36,5 % des places des résidences CROUS seraient occupées par des étudiants étrangers, alors qu’ils ne représentent que 15 % des effectifs.

La bataille des chiffres : Campus France contre la Cour des comptes

C’est là que l’étude apporte sa contribution la plus originale. Sur le bilan coûts-bénéfices, les sources existantes parviennent à des conclusions opposées.

Campus France, dont l’étude de novembre 2022 avait été largement reprise par la presse, conclut à un impact positif de 1,35 milliard d’euros, avec 5 milliards d’apport économique pour 3,7 milliards de dépenses. La Cour des comptes critique frontalement cette méthode : l’estimation englobe l’ensemble des dépenses de consommation des étudiants, dont l’État ne récupère qu’une fraction sous forme de taxes. La Cour propose son propre décompte — 2,130 milliards de dépenses pour 1,131 milliard de recettes, soit un coût net d’environ 1 milliard d’euros par an.

Gourévitch dénonce l’« incohérence méthodologique » de Campus France, qui confronte des dépenses publiques payées par les contribuables avec des recettes de consommation profitant au PIB national. Cette mise en parallèle, écrit-il, relève « de l’idéologie plus que d’une approche scientifique », et s’explique par la position de Campus France, organisme subventionné qui a intérêt à afficher un solde positif.

Le bilan de l’auteur : 3,415 milliards de dépenses, 1,237 milliard de recettes

Face à l’impasse, l’étude reconstruit sa propre balance pour l’année 2025-2026.

Du côté des recettes directes (1,237 milliard d’euros), on trouve la taxe sur la consommation (447 millions), les cotisations salariales (411 millions), les frais administratifs (184,5 millions), les frais d’inscription (105,7 millions), l’apprentissage du français (83 millions) et le bénéfice des services de l’État (6 millions).

Du côté des dépenses directes (3,415 milliards d’euros), la dépense intérieure de formation domine très largement avec 2,438 milliards d’euros — salaires des enseignants, fonctionnement pédagogique, amortissement des infrastructures. S’y ajoutent les APL (259 millions), les bourses (250 millions), les aides médicales (229,5 millions), les aides au transport (135 millions), les aides aux repas (59,7 millions) et les aides d’urgence du CROUS (43,5 millions). À elles seules, les aides sociales représentent près d’un milliard d’euros par an.

Le solde est donc déficitaire de 2,18 milliards d’euros, soit 4 839 euros par étudiant étranger. L’auteur souligne au passage que la condition de ces étudiants reste plus précaire que celle de leurs homologues français, malgré ces dépenses.

Un retour sur investissement potentiel de 1,7 milliard

L’étude introduit toutefois un correctif. Une partie des étudiants restent travailler en France après leurs diplômes et contribuent à l’économie nationale. En retenant l’hypothèse de 100 000 anciens étudiants (22 %) employés dans l’économie formelle, avec un salaire net moyen de 30 000 euros et un multiplicateur de productivité de 1,3, leur apport au PIB atteindrait 3,9 milliards d’euros. L’État en prélevant 43,5 % récupérerait environ 1,7 milliard d’euros.

En intégrant ce retour sur investissement, le solde net pour les finances publiques se réduit à 477 millions d’euros, soit 1 061 euros par étudiant. Une donnée que l’auteur présente avec prudence, faute de statistiques officielles sur le devenir professionnel des anciens étudiants étrangers — une lacune qu’il dénonce depuis 2013 sans avoir obtenu, écrit-il, autre chose que « de belles paroles ».

« Bienvenue en France » : objectif quantitatif presque atteint, échec qualitatif

Lancée par Édouard Philippe en 2018, l’opération « Bienvenue en France » visait 500 000 étudiants étrangers en 2027. Sur le plan quantitatif, l’objectif est en bonne voie : +17 % d’étudiants étrangers entre 2018-2019 et 2023-2024, et même +34 % pour les originaires d’Afrique subsaharienne.

Mais selon la Cour des comptes, seuls 4 objectifs sur 28 ont été atteints. La stratégie interministérielle n’a pas été concertée avec les organismes de recherche ; les ministères du Travail et de l’Économie n’y ont pas participé ; il n’y a eu aucune priorisation de l’origine, du niveau ou des disciplines. Ce sont précisément les étudiants de niveau licence, où les taux d’échec sont les plus forts, qui ont connu la plus forte hausse. La France, résume l’étude, « a recruté les étudiants qui voulaient poursuivre leurs études et non ceux dont elle avait besoin ».

Le choix de l’excellence : huit recommandations

L’étude plaide pour un changement de cap : passer d’une mobilité étudiante subie à une mobilité choisie, faisant de la recherche de l’excellence le pivot de la politique française. Elle formule huit recommandations : contrôle effectif des demandes d’admission préalables ; relèvement du plancher mensuel de ressources de 615 à 900 euros ; développement des droits différenciés (que moins de 10 % des étudiants acquittent aujourd’hui) ; refus de renouvellement de visa pour les étudiants ne justifiant pas de leur assiduité et de leur réussite ; priorité donnée aux filières professionnelles courtes et aux parcours d’excellence ; orientation vers les disciplines où la France manque de ressources humaines ; lancement d’une recherche sur le devenir des étudiants ; et mise en place d’un mécanisme de défiscalisation pour encourager l’investissement privé dans leur formation.

L’auteur relève enfin une incohérence : la France est le seul pays de l’OCDE dont la part d’étudiants étrangers africains approche 50 %, alors qu’elle verse à l’Algérie et au Maroc des centaines de millions d’euros d’aides annuelles dans le domaine éducatif (990 millions pour le Maroc, 688 millions pour l’Algérie sur 2018-2023). Accorder à ces pays des traitements privilégiés relève, écrit-il, de l’incohérence.

Une facture pour le contribuable, une question ouverte

L’OID estime que les aides annuelles aux étudiants étrangers — qu’il chiffre à 492 millions d’euros, montant que Gourévitch juge sous-estimé — « pourraient avantageusement aider les étudiants français ». L’étude renvoie dos à dos les partisans de la priorité nationale et ceux attachés à la « vocation universelle » de la France, mais tranche sur le terrain économique : viser l’excellence plutôt que le volume servirait l’intérêt du pays comme celui des étudiants eux-mêmes.

Reste la question que pose le titre même de l’opération de Contribuables Associés : peut-on dépenser moins tout en aidant mieux ?

Crédit photo : DR (photo d’illustration)
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