En Irlande du Nord, la question des marches orangistes revient devant les tribunaux. Un recours d’urgence a été déposé devant la High Court pour faire annuler une décision de la Parades Commission — l’organisme chargé d’encadrer les défilés — concernant Drumcree. Selon le Belfast Telegraph, ce recours, porté par un orangiste de Portadown, doit être examiné par la haute juridiction ce vendredi.
Dans le même temps, dix membres de l’Ordre d’Orange, agissant à titre individuel, ont notifié à la Commission leur intention d’organiser un défilé supplémentaire : ces dix hommes prévoient de parcourir l’itinéraire dimanche matin. La Commission doit se pencher sur cette notification vendredi également. La marche est présentée par ses organisateurs sous l’appellation de « Drumcree Civil and Religious Liberty Memorial Walk » — marche commémorative pour les libertés civiles et religieuses.
Un itinéraire au cœur du contentieux
Le tracé prévu résume à lui seul un demi-siècle de tensions communautaires. D’après la notification déposée, les orangistes entendent défiler depuis l’église paroissiale de Drumcree, le long de la Garvaghy Road, jusqu’au secteur voisin de Parkmount. Or c’est précisément cet itinéraire qui cristallise le conflit depuis des décennies.
Le différend porte sur le défilé de retour traditionnel de l’Ordre d’Orange, depuis l’église de Drumcree à travers le quartier de la Garvaghy Road, à majorité nationaliste, à Portadown. Les résidents s’y opposent de longue date, estimant ce défilé indésirable et sectaire. L’Ordre d’Orange, de son côté, soutient qu’il ne fait qu’emprunter un itinéraire historique et exercer son droit de réunion pacifique. Deux lectures irréconciliables, qui se rejouent presque à l’identique chaque été.
Le retour d’un symbole des années 1990
Pour qui connaît l’histoire récente de l’Ulster, le nom de Drumcree évoque immédiatement l’une des périodes les plus explosives du processus nord-irlandais. Le défilé annuel de Drumcree fut l’un des événements les plus disputés d’Irlande du Nord dans les années 1990. Les affrontements autour de cette marche, notamment en 1996 et 1998, avaient à l’époque embrasé la province, provoquant blocages, émeutes et une crise politique majeure, au point de devenir le symbole du bras de fer entre l’ordre orangiste et les résidents nationalistes sur la question des marches.
Le retour du dossier devant la High Court, à quelques jours du défilé prévu ce dimanche et alors que la saison des marches bat son plein — les célébrations du Twelfth, le 12 juillet, se profilant avec dix-neuf rassemblements annoncés à travers l’Irlande du Nord —, rappelle que la question des défilés reste, près de trente ans après les accords de paix, l’un des points de friction les plus vifs entre les deux communautés.
Photo d’illustration : DR
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