La Fraternité Saint-Pie X sous le coup de l’excommunication : « Nous avons fait ce qu’il fallait » [Reportage]

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C’est au moment précis où le premier signe de croix ouvrait la « messe pontificale », ce jeudi 2 juillet à Écône, que la nouvelle est tombée. Le Vatican venait d’excommunier six évêques de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X (FSSPX), actant officiellement le « schisme » avec Rome. La veille, la Fraternité avait consacré quatre nouveaux évêques en Suisse, sans mandat pontifical et contre la volonté expresse du pape Léon XIV.

Sur la prairie d’Écône, siège historique du mouvement fondé par Mgr Marcel Lefebvre en 1970, le choc est rude. Fidèles, prêtres et religieux s’attendaient à une réplique romaine, mais pas à une frappe d’une telle sévérité. Car la particularité de cette sanction, par rapport aux premières excommunications de 1988, est d’atteindre non seulement les évêques, mais aussi le simple clergé et, surtout, les fidèles laïcs.

Ce que dit le décret

Le décret a été signé par le cardinal Victor Manuel Fernández, préfet du dicastère pour la Doctrine de la foi. Rome y constate que, malgré ses admonitions, Mgr Alfonso de Galarreta a accompli un « acte de nature schismatique » en consacrant quatre évêques sans mandat pontifical. S’appliquent dès lors, automatiquement (« ipso facto »), les peines prévues par le droit canonique : l’excommunication « latae sententiae » frappe les deux évêques consécrateurs, Mgr de Galarreta et Mgr Bernard Fellay, ainsi que les quatre nouveaux consacrés — Pascal Schreiber, Michael Goldade, Michel Poinsinet de Sivry et Marc Hanappier — nommément cités pour avoir « adhéré publiquement à l’acte schismatique ».

Le texte va plus loin qu’en 1988. Il avertit clercs et fidèles de ne pas adhérer au schisme sous peine d’encourir eux-mêmes l’excommunication. Une note explicative précise que les autorisations accordées jadis par le pape François aux prêtres de la Fraternité de confesser et de célébrer des mariages sont désormais caduques : selon Rome, ces prêtres administrent illicitement les sacrements, et les confessions comme les mariages qu’ils assurent seraient invalides.

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Reste la question sensible des laïcs. Le décret distingue les prêtres, considérés comme schismatiques, des fidèles, qui ne sont réputés « schismatiques et excommuniés » que s’ils « adhèrent formellement » à la Fraternité. Pour définir cette « adhésion formelle », le Vatican renvoie à une note de 1996 qui excluait la simple « participation occasionnelle » aux offices lefebvristes, et recommandait de juger au cas par cas, en tenant compte de l’intention de la personne.

À Écône, entre consternation et défi

Sur place, les réactions oscillent entre la douleur et la confiance affichée. Jérôme, fidèle suisse de 39 ans dont les grands-parents avaient assisté aux sacres de 1988, résume l’incompréhension ambiante d’une formule cinglante : il n’y aurait donc plus, dans l’Église, qu’une seule faute, celle de retourner aux racines. Il rappelle que les excommunications de 1988 avaient finalement été levées en 2009, et se dit persuadé qu’il en ira de même à terme.

Une jeune mère de famille venue de Tours pointe pour sa part un « deux poids, deux mesures » : le Vatican reçoit une archevêque anglicane, dit-elle, quand les fidèles de la Fraternité ne le sont même pas. Marc-André Mabillard, avocat et notaire dont le grand-père fut l’un des laïcs ayant acheté le terrain d’Écône, parle d’un « affront au peuple de Dieu » et d’un « abus d’autorité caractérisé » de la part d’hommes qui, selon lui, jugent sans connaître ceux qu’ils condamnent.

Du côté des responsables, on cultive la fermeté sereine. L’abbé Gabin Hachette observe que les fidèles sont moins perturbés qu’en 1988, faute de dérive vers une « Église parallèle », et martèle que sans évêque, tout se serait éteint. Il dit garder pour le Saint-Père une déférence, tout en espérant trouver chez lui « une porte vraiment ouverte, pas entrouverte ». Dans sa première homélie épiscopale, prononcée avant même qu’il ne connaisse la décision romaine, Mgr Pascal Schreiber affirmait que la Fraternité ne changerait pas et rappelait que, dans l’histoire de l’Église, ce sont souvent des minorités déterminées qui finissent par rallier la majorité.

« Nous sommes là pour sauver les âmes »

L’un des temps forts des sacres fut l’homélie de l’abbé Davide Pagliarani, supérieur général de la Fraternité. Reprenant les mots de Jean-Paul II sur « l’apostasie silencieuse » des sociétés contemporaines, il a appelé à cesser les querelles pour se recentrer sur l’essentiel : « Nous sommes là pour sauver les âmes », affirmant que le mouvement ne se plaçait ni dans la polémique, ni dans l’amertume, ni dans le ressentiment. Il a rappelé qu’en 1988, ceux qui condamnaient la Fraternité prédisaient sa dissolution — et que Dieu, selon lui, ne l’a pas abandonnée.

Dans les rangs traditionalistes, on relève aussi, non sans ironie, la personnalité du signataire du décret. Le cardinal Fernández est en effet l’auteur d’un ouvrage ancien aux connotations érotiques qui avait fait scandale, ce que certains fidèles opposent volontiers à l’autorité morale dont il se prévaut pour prononcer les excommunications. Le journaliste Armel Joubert des Ouches est notamment revenu, dans un reportage, sur cette journée d’Écône et sur les sanctions signées par le préfet romain.

Ces excommunications s’inscrivent dans un contentieux vieux d’un demi-siècle. Fondée en 1970 à Écône par l’évêque français Marcel Lefebvre, la Fraternité Saint-Pie X rejette en bloc les évolutions de l’Église issues du concile Vatican II (1962-1965). Ces réformes, destinées à moderniser l’institution et à la rapprocher des fidèles, ont notamment abouti à la célébration de la messe en langue vernaculaire plutôt qu’en latin — rupture emblématique que la Fraternité n’a jamais acceptée. Les sacres de quatre évêques par Mgr Lefebvre en 1988 avaient déjà entraîné des excommunications, levées par Benoît XVI en 2009. L’histoire, à Écône, semble se répéter — les fidèles pariant, comme en leur temps leurs parents, sur une nouvelle réconciliation à venir.

Photos : DR

[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.

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