PFAS dans l’eau : de Saint-Brieuc à Biarritz, ce que révèle la campagne de prélèvements de Surfrider

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Jusqu’ici, on savait les PFAS présents dans les sols, l’air, l’eau potable et l’alimentation. On ignorait presque tout de leur présence dans les eaux où l’on se baigne, où l’on surfe, où l’on rame. C’est ce vide que Surfrider Foundation Europe, associée au laboratoire Eurofins, entend combler avec une étude publiée le 3 juillet 2026, présentée comme la première campagne d’envergure consacrée aux PFAS dans les eaux récréatives.

Le dispositif repose sur une science participative : 80 bénévoles de l’ONG, formés aux techniques d’échantillonnage, ont réalisé 107 prélèvements entre juin et juillet 2025 sur 80 sites littoraux et 27 sites lacustres ou fluviaux, en métropole comme en outre-mer. Le laboratoire a recherché 58 molécules de la famille des PFAS dans chaque échantillon, pour un jeu de données de plus de 6 200 résultats. Ces substances per- et polyfluoroalkylées, surnommées « polluants éternels », désignent plusieurs milliers de composés synthétiques d’une persistance extrême dans l’environnement.

Une précision de méthode s’impose d’emblée, que le rapport lui-même met en avant : les données reposent sur des prélèvements citoyens et n’engagent que Surfrider et les auteurs de l’étude. Les conclusions, souligne l’ONG, sont susceptibles d’évoluer avec l’avancée des connaissances scientifiques et des cadres réglementaires.

Le PFOS au-dessus des seuils sur une majorité de sites continentaux

Pour juger de l’état chimique des eaux, Surfrider s’est appuyé sur la Directive-Cadre européenne sur l’Eau (DCE) et ses normes de qualité environnementale. Au moment de l’étude, le PFOS était le seul PFAS disposant d’un seuil réglementaire sous cette directive : 0,65 ng/L pour les eaux continentales, 0,13 ng/L pour les eaux côtières.

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Résultat : 78 % des sites continentaux et 44 % des sites littoraux dépassent ces valeurs maximales, et pourraient donc être considérés « en mauvais état chimique » selon ces standards. Le PFOS a été détecté dans 62 % des échantillons, malgré son interdiction ancienne au titre du règlement européen REACH et de la Convention de Stockholm. Les concentrations mesurées s’échelonnent de 0,1 à 26 ng/L, ce record étant relevé au Lac de Bordeaux.

Le TFA, présent dans 100 % des échantillons

L’autre enseignement, plus inquiétant encore, tient à la diversité de la contamination. Sur les 58 molécules recherchées, 23 ont pu être quantifiées, tous sites confondus, avec jusqu’à 19 substances différentes relevées sur un même site.

Une molécule ressort particulièrement : le TFA, détecté dans la totalité des échantillons, à des concentrations très supérieures aux autres PFAS. Sa moyenne atteint 707 ng/L, avec des valeurs allant de 180 ng/L sur un site côtier à 5 800 ng/L sur un site continental. Or ce composé a récemment été classé « toxique pour la reproduction » (catégorie 1B) par l’Agence européenne des produits chimiques (ECHA). Son omniprésence donne à l’étude une portée sanitaire directe.

La Bretagne relativement préservée, la façade méditerranéenne et l’Île-de-France plus touchées

Le détail des relevés dessine une géographie contrastée. Sur la façade bretonne, une majorité de sites côtiers affichent des concentrations de PFOS sous la limite de quantification. En Côtes-d’Armor, plusieurs plages d’Erquy, de Lancieux ou de Fréhel ressortent conformes ; dans le Finistère, la quasi-totalité des points testés (Lanvéoc, Landunvez, Bénodet, la Torche) le sont également. Quelques exceptions apparaissent toutefois : la plage Les Nouelles à Plérin (0,14 ng/L), la plage du Valais à Saint-Brieuc (0,42 ng/L), Sainte-Anne-du-Portzic à Brest (0,16 ng/L) ou la plage des Barges à Billiers, dans le Morbihan (0,62 ng/L), figurent parmi les sites non conformes au seuil côtier.

À l’inverse, les sites les plus dégradés se concentrent en eau douce et en région parisienne : le Lac de Bordeaux (26 ng/L), la Plage de la Baraka à Neyron (13 ng/L), la base nautique Bédane en Seine-Maritime (12 ng/L), ou encore l’étang d’Apigné à Rennes (5,9 ng/L). Sur le littoral méditerranéen et landais, plusieurs plages dépassent aussi nettement le seuil, comme la plage du Courant à Mimizan (4,1 ng/L) ou Jaï Nord à Marignane (2,7 ng/L).

Un seul site au-dessus du seuil sanitaire néerlandais

Reste la question la plus concrète pour le baigneur : ces niveaux présentent-ils un risque ? Faute de cadre européen dédié aux eaux de baignade, Surfrider a mobilisé un outil développé en 2024 par l’Institut national néerlandais de la santé publique et de l’environnement (RIVM), qui fixe une valeur guide de 280 ng PEQ/L (un équivalent toxique cumulé, pondéré par la toxicité de chaque molécule).

À cette aune, les résultats sont plus rassurants : tous les sites côtiers testés restent conformes, et un seul site sur l’ensemble des 107 dépasse la valeur guide néerlandaise, la base nautique Bédane en Seine-Maritime, avec 450 ng PEQ/L. Vingt et un sites affichent des concentrations comprises entre 10 et 105 ng PEQ/L, dont 80 % en eau douce. Autrement dit, si la contamination est générale, elle demeure, à ce stade et selon ce référentiel, sous le seuil d’alerte sanitaire sur la quasi-totalité des sites.

L’appel de Surfrider : couper la pollution à la source

Pour l’ONG, le constat justifie une réponse politique. Lucille Labayle, chargée de plaidoyer qualité de l’eau et santé, résume la position de Surfrider : la seule solution viable pour protéger durablement la santé humaine et les écosystèmes serait la prévention à la source. L’association formule trois demandes à la Commission européenne : l’adoption rapide d’une restriction universelle des PFAS couvrant tous les usages, y compris industriels, sur la base des conclusions attendues de l’ECHA ; le renforcement des réseaux de surveillance, en particulier en milieu marin, assorti du principe pollueur-payeur ; et l’établissement de protocoles harmonisés de suivi des PFAS dans les eaux de baignade à l’échelle des États membres.

L’étude a été menée dans le cadre de la campagne « Healthy Water » de Surfrider, soutenue par le programme européen LIFE. Le rapport complet est attendu dans le courant de l’été 2026.

Photo d’illustration : DR

[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.

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