Les yeux de nos adolescents ne devraient pas servir de laboratoire aux tendances TikTok

Publicité

Se raser les cils, tester des « astuces vue naturelle », acheter des lunettes de soleil bon marché repérées sur les réseaux : ce qui aurait semblé absurde il y a dix ans est aujourd’hui reproduit quotidiennement par des millions d’adolescents.

En tant qu’ophtalmologue, je vois émerger une nouvelle menace pour la santé visuelle des jeunes : la viralité.

Pendant longtemps, un adolescent inquiet pour sa vue consultait ses parents, son médecin ou son pharmacien. Aujourd’hui, il consulte d’abord son fil TikTok, et c’est précisément ce qui doit nous alerter.

Les réseaux sociaux ne sont plus de simples plateformes de divertissement : ils sont devenus des prescripteurs de comportements. Or leurs algorithmes ne récompensent pas la justesse d’une information, ils récompensent l’attention qu’elle génère. Plus un contenu choque ou surprend, plus il circule, qu’il soit vrai ou faux, anodin ou dangereux.

La tendance consistant à se couper ou se raser les cils illustre bien cette dérive. Elle cumule plusieurs millions de vues sur les principaux réseaux et continue d’être reproduite par de nombreux adolescents. Pourtant les cils ne sont pas un accessoire esthétique : ils constituent la première ligne de défense de l’œil, filtrent les poussières et limitent l’entrée de corps étrangers. Les supprimer n’apporte aucun bénéfice médical et augmente au contraire les risques d’irritation, d’inflammation et d’inconfort oculaire.

Même logique avec l’essor des lunettes de soleil contrefaites, achetées en ligne ou promues par certains influenceurs. Beaucoup de jeunes pensent protéger leurs yeux avec des modèles bon marché, alors que certaines de ces contrefaçons sont plus dangereuses que l’absence de lunettes. Un verre teinté sans filtre UV adapté provoque une dilatation de la pupille tout en laissant passer les rayonnements nocifs : l’œil se croit protégé alors qu’il est davantage exposé. C’est un danger invisible, donc particulièrement difficile à corriger une fois la confiance installée.

Au-delà de ces deux exemples, c’est une évolution plus profonde qui se dessine. Pour une partie croissante des adolescents, la première source d’information en santé n’est plus le professionnel de santé mais le téléphone : une vidéo de trente secondes pèse parfois plus lourd qu’une consultation, et un influenceur inconnu peut sembler plus crédible qu’un spécialiste, non parce qu’il est plus compétent, mais parce qu’il est plus visible.

C’est là que réside le vrai problème : la viralité est devenue, dans l’esprit de beaucoup de jeunes, un critère de confiance. Or une vidéo vue dix millions de fois peut rester fausse, et une tendance suivie par des milliers de personnes peut rester dangereuse. Quand il s’agit de santé oculaire, certaines erreurs laissent des séquelles durables.

Je ne plaide pas pour une guerre contre les réseaux sociaux : ce sont aussi des espaces d’expression, de créativité et d’apprentissage devenus incontournables pour cette génération. Je plaide pour la responsabilité, celle des plateformes qui laissent prospérer des contenus pseudo-médicaux, celle des créateurs qui diffusent des conseils sans en mesurer les conséquences, et la nôtre, collectivement, dans l’éducation à l’esprit critique des plus jeunes.

Concrètement, cela suppose trois choses : que les plateformes appliquent enfin sérieusement leurs propres règles de modération sur les contenus de santé, que les autorités sanitaires et les sociétés savantes produisent des contenus courts et visibles là où sont les adolescents plutôt que dans des espaces qu’ils ne consultent plus, et que parents et professionnels de santé posent, en consultation ou à la maison, une question simple face à toute tendance virale : qui parle, et sur quelle base ?

Nous avons appris à nos enfants à traverser la rue. Nous devons désormais leur apprendre à traverser les réseaux sociaux.  Contrairement à une vidéo virale, nos yeux ne sont pas remplaçables. Les tendances disparaissent des écrans ; leurs conséquences, parfois, restent toute une vie.

Dr Maxime Delbarre, Chirurgien ophtalmologiste basé à Montpellier

[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.

Breizh-info.com, 2026, dépêches libres de copie et de diffusion sous réserve de mention obligatoire et de lien do follow vers la source d’origine.

Publicité
Cet article vous a plu, intrigué, ou révolté ?

PARTAGEZ L'ARTICLE POUR SOUTENIR BREIZH INFO

6 réponses à “Les yeux de nos adolescents ne devraient pas servir de laboratoire aux tendances TikTok”

  1. Aristote dit :

    C’est un article tout à fait intéressant en théorie mais élude la question essentielle:comment obtenir un rendez-vous dans un délai raisonnable avec un médecin spécialiste et singulièrement avec un Ophtalmo.?

  2. Jean-louis Garnier dit :

    Il faudrait aussi que les spécialistes soient plus intéressés par la réalité organique de leur patient que par l’intérêt de réaliser une opération de plus; de la cataracte par exemple pour ne pas nommer un cas bien connu

  3. Verdier dit :

    Merci beaucoup Monsieur Delbarre pour cet éclairage tout à fait juste.

    Nos garçons, adolescents, passent exactement, en ce moment même, par les comportements stupides, moutonniers, qui dérivent de l’utilisation débilitante de ces plateformes informatiques prescriptrices, de type Toc Toc et compagnie, que vous décrivez : taille-épilage des sourcils (féminisation des corps masculins…), port de lunettes aux verres inadaptés, voire dangereux…

    Malheureusement tout est fait aujourd’hui pour fabriquer en série des « moules à gaufres décérébrés », taillables et corvéables à merci, qui, grosso modo, ne lisent plus une ligne d’un livre, ont un vocabulaire réduit à l’essentiel, et croient par dessus le marché tout comprendre de la marche du monde…

    Tout ces éclopés avancent en chantant, comme un seul homme, vers la fournaise, sans que nous ne sachions plus quoi faire pour les arrêter…

    J’admire votre candeur forcenée : « Nous devons leur apprendre à traverser les réseaux sociaux ».

    Je doute que cette intention louable, soit suffisante pour réveiller les cerveaux volontairement endormis, de ces générations à venir, dans cette guerre hybride au long cours, dont si peu de personnes sont prêtes à percevoir, ni même reconnaître, la puissance et la misère de ces desseins obscurs.

  4. Marie-Françoise CARBONNE dit :

    Merci à cet ophtalmo, je transmets aux parents de les petits -enfants

  5. RAYMOND NEVEU dit :

    Les intervenants Aristote et le sire Garnier n’ont que trop raison…Nous, nous avons les RDV mais…c’est l’industrie de l’exploitation du patient ou client? en effet clientèle acquise ou captée voire capturée ils passent en secteur I . Nous sommes loin de cet ancien lieutenant en Algérie devenu médecin qui acceptait de se lever en pleine nuit pour respecter la notion de Service à lui inculqué par ses parents! Mon frère aîné.

  6. Astuguevieille Helene dit :

    Je dis BRAVO à mon confrère pour son article…..

Publicité

LES DERNIERS ARTICLES

Kenleur

Culture, Guérande, GUINGAMP, Réunification

Saint-Loup 2026 : le triplé historique de Trescalan-La Turballe [Vidéo]

E brezhoneg, Immigration, Local, ST-NAZAIRE

Sant-Andrev-an-Doureier (44) : Ur familh albanad a dle bezañ skarzhet deus he lojamant ha deus Bro-C’hall met…

A La Une, International

Terrorisme jihadiste : une étude chiffre le poids des migrants dans les attentats en Europe (2015-2025)

loyalistes_uvf

International

Irlande du Nord : quand un élu du DUP envisageait la lutte armée contre la paix

sucre-blanc

Santé

Boissons sucrées : un risque d’hypertension qui se prépare dès l’enfance

Culture & Patrimoine, Histoire

Pourquoi le communisme séduit à nouveau une partie de la jeunesse aux USA

Culture, Culture & Patrimoine, Histoire

De Gaulle, Giraud et l’armée escamotée

ST-MALO

Université d’été de Bretagne Prospective : à Saint-Malo, le think tank veut faire émerger « l’intelligence actionnelle » des Pays de Bretagne

Culture, Culture & Patrimoine

The Dog Stars, L’Inconnue, Tad l’explorateur et la lampe magique, Face à la mer, Dégel, Bombonera, Toxic – A Fairy Tale for Grown-Ups : la sélection cinéma hebdo

Culture, Culture & Patrimoine, Religion

Jesus Festival : 7 500 festivaliers à Paray-le-Monial pour la cinquième édition

ARTICLES EN LIEN OU SIMILAIRES

Santé

Boissons sucrées : un risque d’hypertension qui se prépare dès l’enfance

Découvrir l'article

Environnement

Éclipse solaire du 12 août 2026 : comment l’observer sans risque pour les yeux ?

Découvrir l'article

Culture, Culture & Patrimoine

« L’académie » : la série de romans qui donne aux enfants le goût du foot… et de la lecture

Découvrir l'article

Vie Pratique

Vacances d’été : les parents français délaissent les écrans pour occuper leurs enfants sur la route

Découvrir l'article

International

Euthanasié à moins de 12 ans : les Pays-Bas appliquent pour la première fois leur loi sur les enfants gravement malades

Découvrir l'article

Sociétal, Vie Pratique

Un été sans écrans : le plus beau cadeau à offrir à nos enfants ?

Découvrir l'article

Environnement, International

Amsterdam interdit les fatbikes dans le Vondelpark : la capitale du vélo veut reprendre la main… sur ses espaces verts

Découvrir l'article

A La Une, Culture, Culture & Patrimoine, Patrimoine

De la sagesse populaire à la littérature, les contes de Charles Perrault sont plus que jamais nécessaires

Découvrir l'article

Environnement

Sécurité enfants. Le tee-shirt anti-noyade Floatee, invention française primée, à connaître absolument avant l’été

Découvrir l'article

Justice, Social, Société

Placements abusifs : le récit qui rend fou d’un avocat

Découvrir l'article

Nous utilisons des cookies pour vous garantir la meilleure expérience sur Breizh Info. Si vous continuez à utiliser le site, nous supposerons que vous êtes d'accord.