De la sagesse populaire à la littérature, les contes de Charles Perrault sont plus que jamais nécessaires

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Sous la plume d’auteurs contemporains, le grand méchant loup n’est plus à craindre mais à comprendre : il ne serait assoiffé de sang que parce qu’il est victime de préjugés. La Belle au bois dormant déciderait de rester endormie plutôt que d’accepter un baiser romantique mais non consenti. Et la sœur des Fées crachant des crapauds ne serait pas arrogante et médisante, mais une femme franche symbole de résistance contre une société qui exige des femmes une douceur artificielle (« toute ressemblance avec des féministes existantes serait purement fortuite ».) Puisqu’il faut tout détruire, inverser, en un mot, déconstruire, les contes pour enfants ne pouvaient échapper à la manœuvre. Pourtant les enseignements de Charles Perrault sont plus que jamais nécessaires. À l’occasion de l’anniversaire de sa mort, le 15 mai 1703, nous lui dédions ces quelques lignes.

Publiés en 1697 sous le titre Histoires ou Contes du temps passé, les contes de Charles Perrault sont autant d’outils pédagogiques indémodables pour l’enfance. Homme de lettres et homme d’État chargé de la politique artistique sous Louis XIV, il est l’inventeur d’un genre nouveau : le conte de fées. Bien qu’il soit le chef de file des Modernes lors de la célèbre Querelle, il sera fidèle aux Anciens par sa volonté de ne pas se limiter à divertir : à travers son oeuvre, il veut aussi instruire et guider. 

Ses récits et leurs morales explicites montrent, mettent en garde, expliquent, suggèrent. Parce que c’est ainsi que notre plus longue mémoire fonctionne : chez nous, pas de longues listes d’interdits ou autres obligations à heures fixes, on montre la voie par l’exemple. Ses contes ne sont pas de simples récits merveilleux, ils nous apprennent à anticiper les conséquences de nos actes, pour bien nous comporter en société. Chez nous, pas de main coupée pour le vol d’une pomme ou de lapidation pour idolâtrie, l’Européen a intégré l’autocontrôle des pulsions et des émotions par l’éducation. Les valeurs sont transmisses, parfois implicitement, sans même s’en rendre compte. C’est tout l’art et l’enjeu de notre tradition littéraire dont Charles Perrault est un archétype.

Massacrer ses morales n’est donc pas cool ou subversif, c’est réduire à néant des siècles d’éducation. Sur les contes, dans son  Histoire et Tradition des Européens, Dominique Venner écrivait :

« Sous l’apparence du divertissement, ils enseignent des leçons de vie. Ils disent les secrets qui feront que les demoiselles deviendront femmes et les garçons des hommes. Les contes disent les menaces à surmonter (le Chat botté), les limites à ne pas franchir (Barbe bleue), la ruse terrassant la force brutale (le Petit Poucet), la rançon de l’étourderie (le Petit Chaperon Rouge), le prix du serment (Grisélidis), l’effort soutenu triomphant d’une nature ingrate (Riquet à la houppe), les périls courus par la jeune fille et la virilité dévoyée (Peau d’âne). Les contes disent encore le courage, l’espoir et la constance des jeunes filles triomphant des épreuves (Cendrillon). Ils disent aussi la vigueur, l’audace, la vaillance et les ruptures par quoi les garçons sont ce qu’ils sont (Perceval). Les contes montrent qu’en s’appuyant sur les forces de la nature, la femme maintient ou restaure l’ordre du monde et de la communauté (Blanche Neige). Ces secrets sont nôtres, on pourrait parfois les croire perdus alors qu’ils ne sont qu’assoupis. Comme dans le conte de la Belle au bois dormant, ils se réveilleront. Ils se réveilleront sous l’ardeur de l’amour que nous leur porterons. » 

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Les déconstructeurs se demandent pourquoi respecter ces principes éthiques qui ne sont que le point de vue d’un homme blanc, cisgenre et patriarcal. Les plus avertis, eux, se souviennent que les contes de Perrault sont des adaptations de récits populaires qui ont traversé les âges. Leurs morales sont atemporelles : elles ont été validées par le temps.

Si certaines des adaptations contemporaines sont sympathiques, à l’instar des écrits de Roald Dahl – après tout, la littérature est le règne des possibilités – le problème est que l’enfant d’aujourd’hui est submergé d’informations et les versions originales se perdent dans ce flot d’ « infobésité ». Lorsqu’une infinité d’adaptations d’une même histoire est publiée chaque année, comment le jeune lecteur peut-il savoir quelle est la version structurante ? Celle qui enseigne et transmet quelque chose de plus que la simple subversivité ?

Les contes traditionnels préservent les coutumes, le patrimoine et la mémoire collective d’une communauté. Ils en constituent autant de piliers, offrant des repères structurants à l’enfant comme à l’adulte. À l’heure où la transmission au sein des familles n’est plus, la beauté, le merveilleux et le sens de nos contes traditionnels sont plus que jamais nécessaires. 

Charles Perrault 1628-1703

Audrey D’Aguanno

Photo d’illustration : DR

[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.

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4 réponses à “De la sagesse populaire à la littérature, les contes de Charles Perrault sont plus que jamais nécessaires”

  1. Turcan Isabelle dit :

    Merci pour ce bel article qui rappelle les valeurs fondamentales enseignées aux enfants grâce aux contes de la tradition orale de la vieille Europe !
    Charles Perrault a été un passeur mémoriel de valeur. Puissent les parents et grands-parents être vigilants dans le choix des livres destinés à leur descendance à la fois pour la fiabilité des textes, à la fois pour la qualité esthétique des illustrations !

  2. Durandal dit :

    Bonjour,

    Notez que la réhabilitation du loup est un appel à la prédation sur les enfants.

    Cdt.

    M.D

  3. Michel BERAUDO-MARCH dit :

    Pour ceux qui veulent se replonger dans l’univers des contes de Perrault, ne pas manquer une visite au château de Breteuil.

  4. Yvette dit :

    Oui, certes les contes de Perrault sont une vraie source d’éducation. Cela étant (car nuance est importante), se faire embrasser en étant endormie (Blanche Neige et Aurore) peut poser question. En lui lisant les contes, ma petite fille m’a dit « mamie, c’est bien ou pas un bisou sur la bouche quand on dort ? ». J’en suis restée bouche bée. À mes yeux ces deux images restent désormais condamnables, le reste des contes sont au contraire d’une haute valeur éducative.

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