Nous avons plusieurs fois évoqué les placements abusifs et la situation absolument épouvantable de l’aide sociale à l’enfance (ASE). Mais les articles ont quelque chose de froid qui rend peu compte des drames qui se jouent : avec leur langage sophistiqué, ils négligent largement l’aspect humain de l’argument abordé. C’est pourquoi nous rapportons les mots de Maître Michel Amas, l’avocat marseillais qui se bat comme un lion pour remettre de l’ordre dans ce chaos.
Dans son ouvrage « Chronique du mépris ordinaire, placements abusifs, ce que j’ai vu » (Editions du Panthéon, à commander ici), comme sur sa page Facebook, Michel Amas raconte la réalité crue qu’il affronte tous les jours avec ses clients dans le cadre de sa profession. On comprend comment, concrètement, du jour au lendemain, tout bascule pour des familles, des enfants, des mères, des pères, des grands-parents qui n’auraient jamais dû croiser le chemin tortueux des institutions. Des récits révoltants, emplis de colères et de tristesse. Humains.
« CHRONIQUES DU MÉPRIS ORDINAIRE – ACTE 52 – DE LA COLÈRE À LA HAINE.
Il restera de nous ce que l’on a donné. Pour Marjorie, que restera t’il ?Ce combat, cet engagement m’a fait traverser bien des vallées de désespoir, tant de mornes plaines au sol devenu stérile. Mon cœur s’est endurci et la colère est venue. Insidieuse, brutale et dévastatrice. Elle s’est insinuée, comme un parasite de film de John Carpenter. Elle a tout occupé, tout pris, tout corrompu.Avec courage, avec application, nous plaçons des tuteurs sur les âmes et remodelons les courbes, jusqu’à les rendre semblables à ce projet de vie, auquel nous aspirons tous et nous rendons les enfants.Et puis, il y a eux et puis, il y a elle. Ceux pour lesquels notre action a été stérile.J’aime à écouter ces illuminés des droits de la femme, ceux qui ne connaissent des situations, que la vitre de leur écran. Ceux qui mettent les pouces levés, des « c’est pas bien » rageurs. Ces notoriétés médiatiques en colère, qui n’ont jamais croisé les Marjories.La vraie vie des désespérés et tellement pire que celle fantasmée par les bien-pensant. Seule la colère apaise. La fureur peut être ? Une fureur étouffée, par tant de silence.En France on peut. En France on peut tout perdre, famille, maison, enfant de la pointe du stylo d’un incapable sous diplômé et omnipotent, parce qu’il a le crédit que l’on donne aux sots dans notre système.La colère.Marjorie est une jeune maman, prof d’anglais, propriétaire avec son compagnon. Léon, un petit garçon d’un premier lit. Lola, avec celui qui désormais la bat. Elle se sépare fuyant la violence. Mais lui ne l’entend pas de cette oreille.Ce sera les coups. Mais les coups en France, pour la femme c’est placement. Dès que l’on demande de l’aide aux services sociaux, c’est la sanction, la double peine. On prend Lola et Léon aussi. Pourquoi s’encombrer de délicatesse.Elle aussi aura madame Michu. Mais Michu c’est pas assez. C’est pas suffisant. Il faut détruire. Détruire encore. Le magistrat de Draguignan, (cela se passe en Draçénnie. Quel joli nom pour une zone de non droit ) ordonne une expertise psychologie de la maman battue. On devrait s’arrêter sur le principe même de cet acte, expertiser la victime, mais je ne le ferais pas. J’ai depuis longtemps admis que certains font de l’incompétence une orfèvrerie. On va désigner un psy, qui n’est même pas sur la liste des experts. Cela préoccupe qui ? Celui ci, la recevra 25 minutes et le sort de Marjorie est scellé. Comme celui de ce pauvre capitaine Dreyfus. Sa vie sera foutue, jetée à la poubelle. Elle va tout perdre et plus, même l’espoir.Le scientifique va la trouver pathogène, trop fussionnelle avec les enfants, trop en colère. J’aimerais souvent qu’ils souffrent. 25 minutes, 25 pages de rapport et la vie de cette femme va être livrée aux loups pour qu’ils s’en repaissent.Entre temps, les coups pleuvent. Le compagnon est condamné par trois fois par le Tribunal Correctionnel de Draguignan, pour violence sur elle et pourquoi se gêner, une fois aussi pour violence sur sa maman. Quand y’a de la gène y’a pas d’plaisir.La colère seule.Le magistrat agit comme GALACTUS, il broie. Confit chacun des enfants, à chacun des pères. Vous me direz : « … le violent aussi ? ». Oui, le violent aussi et cela n’a gêné personne. Ni les services, ( mais si l’empathie rimait avec aide sociale à l’enfance, je l’aurais détecté depuis 6 ans ) ; ni le juge correctionnel, ( il est vrai qu’elle ne vendait pas de drogue ) ; ni le juge pour enfant, ( pas la peine de parler d’elle, je lui ai suffisamment secoué l’honneur, qu’elle avait visiblement brulé, dès sa sortie de la fac ).La colère froide.Audience à la cour d’Appel. Marjorie nous désigne dans les quelques jours qui la précède. Je fais désigner un avocat de l’enfant. J’ai le droit de faire cela. Et ce d’autan plus que les enfants sont … y’a pas de mots pour dire leur désespoir. La encore, le système va passer la loi à la moulinette du mépris, comme la Cour d’Appel d’Aix en Provence sait si bien le faire. Le magistrat va refuser que l’enfant ne s’entretienne avec son conseil avant l’audience, madame Michu se plaignant de la présence de cette petite avocate arrogante, qui veut s’entretenir avec celui qui après tout, n’est que son client. À Aix, on peut faire cela. La cour va sucrer tous les droits de la mère. Léon partira chez son père à Quimper, Lola chez le violent à Nice. Elle restera à Hyere. Seule. Brisée.La colère sourde.Cela va s’installer dans la durée. Des années de solitude.Mais on peut toujours aller plus loin dans l’humiliation. À la kermesse de l’école, ou elle avait été autorisé à se rendre, devant tous les parents médusés, les enfants terrifiés, le père de Lola va rosser Marjorie. La battre, la gazer à la bombe lacrymogène. Dans une scène de violence dont les témoins diront, qu’elle était surréaliste. Ce sera pour une cinquième fois tribunal correctionnel. Cinquième condamnation pour le père violent. A t’on revue la situation ? Réexaminé les droits de la mère ? Non, bien sûr.De la colère à la haine, il n’y a qu’une gifle.La père de Léon s’y met aussi. Nous apprenons par sa nouvelle compagne, devenue ex compagne, qu’ils maltraite l’enfant, le met dehors de la maison sous la pluie en punition. Qu’il lui colle des tartes. Nous saisissons en urgence le juge pour enfants de quimper. Mais, … il y a tant de mais, cela ne l’a pas intéressé ; « … il y a ce rapport psy sur la mère, il y a 5 ans et … ».On ne peut gifler les gens. J’en souffre souvent.Le violent a voulu écraser, détruire. Il l’a fini à la baïonnette, en réclamant sa part sur leur appartement commun. Il a refusé toute proposition de paiement financé avec les parents. Mais avec un seul salaire, Marjorie, n’a pu le dédommager. Sa maison sera vendue aux enchères.Maintenant, … maintenant elle n’a plus rien. Ne reste que ses parents et les souvenirs.J’ai échoué. Je porte aussi une part de cette vie brisée. Rien de ce que j’ai pu mettre en oeuvre n’a résisté au rouleau compresseur de ce système et probablement des appuis du monsieur.Pourtant. Pourtant … J’ai fait faire deux expertises, l’une par un expert près la Cours d’Appel d’Aix et une autre par un second expert près celle de Paris, les deux parlent d’une femme merveilleuse, maternelle et sereine. J’ai placé cette femme depuis 4 ans dans un suivi psychologique bimensuel. 96 rendez-vous consécutifs pour travailler sur sa parentalité et le conflit avec les pères. Je lui ai fait débrieffer par écrit tous les droits de visites avec son fils ( elle n’a plus le droit de voir sa fille ), tous les rendez-vous avec les services. Pardon les quatre rendez-vous en quatre ans avec l’ASE. Rien n’y a fait. J’ai obtenu à de nombreuses reprises la condamnation du compagnon violent en correctionnelle.J’ai diligenté tant de procédures JAF, ou l’on m’a systématiquement opposé ce rapport initial, qui a figé la réalité de cette femme pour une vie.N’ayant plus d’armes, j’ai contacté la presse. Cela ne les a pas intéressé non plus. Une député est montée avec moi au créneau. Nous sommes allé en parler à L’Assemblée Nationale. La Républiques est sourde elle aussi.Face à nous, un mur gigantesque de mépris. Celui commun à toutes les victimes de l’ASE, mais en version adamamtium.Je pense souvent à ce roman de années 70 ; « moi Christiane F … » et puis marjorie me vient à l’esprit : « Moi marjorie T, 40 ans, désenfanté, battue, un enfant à Quimper que je ne vois plus qu’une heure par mois depuis trois ans, une autre que je n’ai pas revue depuis 2 ans, ayant perdu ma maison, n’ayant plus que mes parents brisés eux aussi, qui n’ont plus revu leur petits enfants depuis 4 ans. ».La seule faute de cette femme est de s’être rendue chez ce pseudo expert, quelques jours après la violence et d’avoir exprimé son amour inconditionnel de ses enfants et sa colère face aux coups qu’elle venaient de prendre. Ce péché originel a jeté sa vie aux oubliettes.
Ne reste que la haine. La haine seule. »
Audrey D’Aguanno
Photo d’illustration : Capture Facebook Michel Amas
[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.
Breizh-info.com, 2026, dépêches libres de copie et de diffusion sous réserve de mention obligatoire et de lien do follow vers la source d’origine.
3 réponses à “Placements abusifs : le récit qui rend fou d’un avocat”
Bonjour,
Vous en voulez de la haine. Dites à toutes les femmes victimes que leurs mères auraient dû y réfléchir à deux fois avant de légitimer ce système quand il broyait les pères. Dîtes leur que, lorsqu’on laisse tout faire à des femmes, parce qu’elles sont des femmes, le tout et le n’importe quoi finit par régner. Dîtes leur également que pour une femme victime qui saura s’exprimer et se défendre, il y a 100 hommes qui auront été incapables de le faire. Parce que pour 1 Marjorie, il y a 100 hommes qui ont vécu des situations identiques, ou pires, mais dans le silence le plus complet. Toutes les Marjorie de la terre savent pleurnicher et elles finissent toujours par être écoutées à défaut d’obtenir gain de cause. Aucun homme ne l’est dans cette société de la mièvrerie. La mièvrerie ne changera rien au monde. Les hommes, eux, le peuvent. Encore faut-il arrêter d’alimenter l’usine à couilles molles, qui systématiquement, s’attaque aux hommes, tout en évitant d’examiner les responsabilités des femmes dans le cautionnement de notre justice, notamment.
Cdt.
M.D
Un calvaire inimaginable, et sûrement vécu par beaucoup d’autres. Merci de nous le partager, mais que peut on faire sinon essayer de soutenir ceux qui se battent et prier le grand archange de la justice céleste qu’il vienne remettre de l’ordre dans notre pays où les petits sont les plus grandes victimes.
Que des hommes, des pères, à l’issue d’un divorce, soient pénalisés, c’est certain; mais il faut reconnaitre que statistiquement , il y a plus de féminicide que d’androcide