Une pétition lancée par un client du magasin GiFi de Trignac, en Loire-Atlantique, demande à l’enseigne de retirer de ses rayons les pièges à colle destinés aux rongeurs. Selon l’association PAZ, qui pilote la campagne, elle a recueilli plus de 15 000 signatures. GiFi n’a pas répondu à la sollicitation de l’association.
De quoi parle-t-on
Un piège à colle est une plaque de carton recouverte d’une substance adhésive. L’animal qui s’y pose reste immobilisé. Selon les documents transmis par PAZ, le rongeur s’épuise à tenter de se libérer, se déchire parfois la peau, et meurt de faim, de soif ou d’étouffement si le piège n’est pas relevé.
L’association s’appuie sur une étude publiée en 2022 dans la revue Animal Welfare par des chercheurs d’Oxford, qui attribue à cette méthode un score de 7 sur 8 sur l’échelle d’impact sur le bien-être animal, soit un niveau qualifié d’extrême.
Elle relève également que la réglementation européenne, via une décision d’exécution de 2017, qualifie ces dispositifs d’instruments de capture et non de pièges mortels, l’utilisateur étant censé relever les plaques deux fois par jour et procéder séparément à la mise à mort. Dans les faits, PAZ estime que cette consigne n’est presque jamais respectée.
Une campagne qui a déjà fait plier une grande partie de la distribution
Le rapport de force s’est nettement déplacé en deux ans.
PAZ revendique l’engagement de plus de 20 000 points de vente. Dans le bricolage : Leroy Merlin, Mr.Bricolage, Rural Master, l’Entrepôt du Bricolage, puis l’ensemble du groupe Les Mousquetaires en mars 2025, Bricoman en janvier 2026. Dans la jardinerie : TERACT pour Gamm vert et Jardiland, VillaVerde, Kiriel, Desjardins.
Deux engagements concernent directement la Bretagne. Le 9 décembre 2025, le groupe coopératif Eureden, qui exploite les enseignes Magasin Vert et Point Vert en Bretagne et en Vendée, a cessé la commercialisation de ces pièges et demandé à son réseau de les retirer. Euralis, pour le Sud-Ouest, a suivi quatre jours plus tard, puis le groupe Lorca pour le Grand Est.
Côté supermarchés, Carrefour s’est engagé après deux réunions et plusieurs pétitions, le groupe Casino a suivi en juin 2026 pour l’ensemble de ses marques.
Restent les récalcitrants, que l’association cible désormais : E.Leclerc en tête, mais aussi B&M, GiFi, Amazon, Shein ou Fnac Darty. Une mobilisation s’est tenue le 20 juin dernier devant le E.Leclerc de Guérande, et des dizaines de pétitions locales sont en cours dans toute la France.
Le point de blocage est politique
C’est là que le dossier se complique, et il faut le dire honnêtement : la mobilisation associative a convaincu la distribution, pas l’État.
Trois propositions de loi ont été déposées depuis 2025 pour interdire la production, la commercialisation et l’utilisation de ces pièges. Aucune n’a prospéré. Elles émanent du sénateur Bernard Jomier (SER, Paris) en mars 2025, du député Gabriel Amard (LFI, Rhône) en avril 2025, et du député Emmanuel Mandon (Les Démocrates, Loire) en novembre 2025.
Une trentaine de questions écrites ont par ailleurs été déposées, de tous bords, du Rassemblement national à La France insoumise en passant par Les Républicains et les socialistes. Le député du Morbihan Paul Molac en a posé une le 11 mars 2025.
Le gouvernement a répondu à l’ensemble de ces questions par un texte unique, publié au Journal officiel le 17 mars 2026. Sa position est claire : aucune interdiction n’existe aujourd’hui, ni en France ni au niveau européen, et ces produits ne relèvent pas de la réglementation applicable aux biocides.
Sur l’argument central de PAZ, celui de la capture d’espèces protégées comme les hérissons ou les rouges-gorges, la réponse ministérielle est plus tranchante encore. Elle reconnaît que le risque mérite d’être évalué plus finement, mais ajoute qu’à ce stade, aucune étude ne fait état d’un impact avéré sur ces espèces.
Le gouvernement rappelle enfin que la décision du Conseil d’État du 24 mai 2023, qui a conduit à l’abrogation des arrêtés sur la chasse à la glu le 17 juillet suivant, ne visait que les pièges à usage cynégétique. Les pièges anti-rongeurs n’étaient pas concernés.
Ce qui pourrait débloquer la situation
L’association compare la France à ses voisins. La Suisse, l’Irlande, l’Angleterre, l’Écosse, le pays de Galles, l’Islande, la Wallonie, la région de Bruxelles-Capitale, la Nouvelle-Zélande et plusieurs États indiens ont interdit ou strictement encadré ces dispositifs.
Elle a également fait publier une tribune dans Le Monde le 10 février dernier, cosignée par des associations et des centres de soins pour la faune sauvage. Une eurodéputée, Emma Fourreau, a interrogé la Commission européenne.
Pour Amandine Sanvisens, cofondatrice de PAZ, les animaux piégés meurent de faim, de soif, de suffocation ou d’épuisement après de longues heures d’agonie, et la France doit rejoindre les pays qui ont légiféré.
En attendant, le retrait des rayons continue de se jouer magasin par magasin, sur la base du volontariat des enseignes.
[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.
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