Les destins d’un professeur de botanique, d’un jeune soldat et d’un vieil éleveur de yaks se rejoignent lors d’une catastrophe dans le Sikkim. Une bande dessinée ethnographique nous fait découvrir cet ancien royaume de culture tibétaine, rattaché à l’Inde en 1975.
Sur le quai d’une gare du Punjab, le jeune soldat Jaspreet, fils unique, fait ses adieux à sa mère. Il est affecté dans une garnison lointaine au Sikkim, un territoire au Nord-Est de l’Inde coincé entre le Népal et le Bouthan. Il apprend de sa mère par téléphone que sa nouvelle condition de militaire plait : elle lui a trouvé une fiancée avec qui il va pouvoir communiquer par SMS. Au même moment, Sangay, vieil éleveur nomade de yaks au Sikkim, arrive à New Delhi participer à un séminaire dans l’espoir de faire perdurer son activité traditionnelle. Il découvre que les organismes officiels ne tiennent pas compte des difficultés réelles de son métier. Parallèlement, Pema, professeur de botanique à New Delhi, s’apprête à prendre un avion pour Bagdogra. Elle abandonne ses étudiants pour une quinzaine de jours, afin d’aller régler la succession de son père récemment décédé à Gangtok, capitale du Sikkim dont elle est originaire. Elle n’est pas revenue au Sikkim depuis longtemps. Elle va découvrir l’absurdité des démarches administratives, comme la nécessité de montrer un certificat de « non-mariage ». Elle est véhiculée par un homme qui a perdu son emploi à cause d’un rapport qu’il avait rédigé sur un barrage peu résistant. C’est à l’occasion d’une catastrophe que ces trois personnages vont être amenés à se croiser. Alors qu’un gros orage fait brusquement monter le niveau de l’eau, ce barrage cède…
Le scénariste et dessinateur Simon Lamouret, né à Toulouse en 1987, suit des études d’illustration à l’école Estienne (Paris), aux Beaux-Arts d’Angoulême et aux Arts Décos de Strasbourg, dont il sort diplômé en 2010. En 2013, il s’installe à Bangalore pour y enseigner le dessin. En 2017, il publie Bangalore, un premier roman graphique. Il revient vivre en France en 2018. En 2020, dans L’Alcazar, il raconte le quotidien d’ouvriers indiens du bâtiment. Il vient ainsi de sortir un troisième roman graphique consacré à l’Inde. Il nous entraîne dans le Sikkim, petit État himalayen situé entre le Népal, le Bhoutan et le Tibet.
Pour ce projet, Simon Lamouret s’est associé à Pema Wangchuk Dorjee. Celui-ci, enseignant à Gangtok en 1992, se lance dans le journalisme, couvrant l’actualité de la région du Sikkim depuis 1994. Au cours de sa carrière, il a été rédacteur en chef de plusieurs journaux et revues anglophones à Katmandou et à Gangtok. Il est le coauteur de Khangchendzonga Sacred Summit, un ouvrage consacré au Kangchenjunga, plus haute montagne de l’Inde que les habitants du Sikkim vénèrent comme la demeure de leur divinité protectrice.
Cette chronique nous fait découvrir, à travers trois personnages, le Sikkim. Cet ancien royaume de culture tibétaine, rattaché à l’Inde en 1975, est bordé à l’ouest par le Népal, au nord et à l’est par la Région autonome du Tibet, et au sud-est par le Bhoutan. La montagne est un lieu de vie, de travail et de croyances. La principale religion est l’hindouisme. Les habitants du Sikkim sont d’origine népalaise. On découvre ainsi les problèmes de cette minorité ethnique du Sikkim. Ce territoire montagneux connait des tensions fortes avec le voisin chinois.
Dans cet album, les trois fils narratifs se rejoignent à la fin de ce long récit de 216 planches, lors de l’effondrement d’un glacier en une vague géante emportant tout sur son passage… Cet album est sorti le 2 septembre 2026, soit quatre jours après qu’une catastrophe similaire se soit produite au Népal, à 200 km à l’Est, causant plusieurs milliers de morts.
Par un trait épais et une colorisation en bichromie (jaune et bleu), Simon Lamouret nous fait découvrir sous tous ses aspects cette région méconnue. Ses grandes cases détaillées, magnifiques, donnant envie de voyager. Le rythme est posé. Des scènes sans parole peuvent s’étaler sur trois à quatre planches. Grâce à son regard profondément humain, une douce poésie apparaît au fil des pages.
Kristol Séhec
Sikkim Stories, 216 pages, 29 euros. Editions Sarbacane.
Illustrations : DR
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